Un jour, Virginie Hellegouarch a voulu changer de vie parce que la pression qu'elle subissait en tant que commerciale la poussait tout droit au burn-out. De son côté, Mélinda Harmoniaux s'épuisait à mener seule « tambour battant » sa petite entreprise d'événementiel.

La rencontre entre les deux femmes a donné naissance à Mystère et Bigoudi , un drôle de nom « qui sonne et qu'on garde en tête » pour des coffrets pas comme les autres, respectueux de l'environnement et plein de surprises.

Elles viennent d'en souffler la première bougie et si leur entreprise est encore à dimension très humaine, elles n'en demandent pas beaucoup plus. « Le train est en marche – dit Virginie – et il prend tranquillement sa vitesse ».

 

mystere1

 

Virginie Hellegouarch est originaire de Lorient. Mélinda Harmoniaux est Belge et a suivi son mari dans sa Bretagne natale. La deuxième, un jour, a poussé la porte de la première pour faire imprimer des cartes de visite. Depuis elles sont devenues amies et quand Virginie décide de « tout arrêter » et que Pôle Emploi lui a fait comprendre qu'à 45 ans passés, on devient senior et que retrouver du travail « c'est pas gagné », c'est Mélinda qui trouve les mots pour l'accompagner. « Mélinda a été très bienveillante » se souvient aujourd'hui Virginie. « Lâche prise – lui dit-elle – fais-toi du bien et tu vas voir, ça va repartir ! »

Quelques mois plus tard, elle fait part à son amie toujours sans emploi d'une envie qui l'anime : créer sa propre entreprise de diffusion de coffrets à destination des femmes. Virginie est emballée par l'idée. « J'avais le goût d'entreprendre – reconnaît-elle – mais je ne voulais pas être seule ». C'est à côté de Rennes, à Saint-Grégoire, qu'elles fondent ensemble Mystère et Bigoudi le 4 juillet 2016.

On les regardait comme « d'aimables rigolotes »

« Nous sommes complémentaires – dit Virginie – je suis dans le relationnel, le commercial et elle est plus dans la création, la recherche d'idées. » Virginie devient la « première testeuse » des trouvailles de Mélinda. Et les voilà parties à deux sur le chemin semé d'embûches de la création d'entreprise. Virginie se souvient qu'on les regardait « comme d'aimables rigolotes » malgré leurs expériences antérieures dans différents domaines (agroalimentaire, imprimerie, services, communication, etc.) et leurs acquis professionnels.

mystere2« Quand vous n'êtes pas dans les nouvelles technologies de l'information ou dans l'industrie, quand vous ne créez pas d'un seul coup vingt, trente ou cinquante emplois, on ne vous prend pas en considération » déplore la jeune femme qui ajoute : « mais c'est très formateur parce que le fait de casser une femme, ça la renforce ! » Entre temps, elle a fait la connaissance du réseau Force Femmes qui la soutient « partant du principe que vous n'êtes pas finies quand vous arrivez à l'âge fatidique de cinquante ans ! »

En septembre 2016, Mystère et Bigoudi met sur le marché son premier coffret. « Nous avons voulu un concept qui rappelle un peu les pochettes-surprises de notre enfance » explique Virginie qui insiste sur le fait qu'elle préfère parler de coffret plutôt que de box, un mot un « peu galvaudé ». Derrière le mot bigoudi, les deux jeunes femmes ont mis une partie de leur féminité mais aussi l'ancrage breton qu'elles revendiquent. On n'est pas loin des bigoudènes ; tout près aussi du « be good » anglais (sens-toi bien!).

Chez Mystère et Bigoudi, « on a jeté la poubelle »

Dans le coffret de Mélinda et Virginie, on trouve des « un concentré de bonheur » constitué de produits fabriqués par leurs soins (notamment des bijoux et des bougies) ou découverts chez des artisans locaux ou régionaux, toujours des petites, voire très petites, structures « qui rentrent dans la philosophie de Mystère et Bigoudi ».

Pas de produits industriels, « encore moins de plastique », les coffrets répondent à des normes précises : « on veut – dit encore Virginie – être dans le développement durable et le zéro déchets ». Chez elle, « on a jeté la poubelle » et même le coffret peut être réutilisé lorsqu'il est vide !

« Un pari osé » reconnaît la co-fondatrice de l'entreprise puisque l'acheteur-euse ne sait pas ce que contient son achat. « Les gens nous font confiance – estime-t-elle– ils savent simplement qu'il y a dedans trois univers : la gourmandise, le bien-être et la déco créative ». Tous les deux mois, sous le joli papier de soie en couleur se cachent cinq à six produits : savon, brosse à dent en bambou, fleur de sel aux épices, broches à fabriquer soi-même, guimauve aux fruits frais, etc. « L'idée c'est de surprendre à chaque fois – précise Virginie – et de mettre en avant des jeunes sociétés très prometteuses ».

Pas d'abonnement ou d'engagement chez Mystère et Bigoudi. Les coffrets s'achètent à l'unité sur Internet ou lors de marchés de créateurs et depuis cet été elles ont inventé le coffret pour hommes Mister Be Good. Les deux jeunes femmes se réjouissent au fil des mois de devoir les expédier de plus en plus loin, et même jusqu'à l'étranger.

S'épanouir et « être débrouillardes »

« Au début, on était un peu fofolles – sourit Virginie – on croyait pouvoir faire un coffret par mois. Finalement, en 2018, on passera sans doute à un par saison, soit quatre par an, parce que ça prend du temps de découvrir les produits, de les tester, d'être constamment à l'affût de choses différentes ».

mystere3« J'aurai cinquante ans l'année prochaine et aujourd'hui je suis plus détendue, plus sereine et c'est important - avoue Virginie – je crois qu'une femme doit s'épanouir dans son travail, elle a déjà tellement de casquettes, tellement de poids sur les épaules ! ». Ce projet est pour elle « une satisfaction de tous les jours ». Même s'il a fallu aussi faire quelques sacrifices. « Il y a un autre stress, un autre rythme de vie aussi ; c'est un projet de famille, finalement » dit-elle.

Ses enfants de onze et quinze ans tout comme son mari sont parties prenantes, car son changement de vie professionnelle n'est pas sans conséquences personnelles. Pour l'instant, Mélinda et Virginie n'ont pas les moyens de s'octroyer de salaires. « Ce sont des sacrifices financiers – dit Virginie – mais ce n'est pas grave, on peut vivre avec moins ; il suffit d'être débrouillarde ! »

Ne pas être au CAC 40, mais pouvoir « se rémunérer juste ce qu'il faut »

Elle privilégie désormais les bourses aux vêtements, les secondes mains et les circuits courts. « La philosophie de Mystère et Bigoudi, finalement, on l'applique aussi à la maison » dit-elle, comme une envie de « revenir à des chose simples qui ont du sens » parce que les deux jeunes femmes se disent « citoyennes du monde » et que précise Virginie : « on n'a qu'une planète, il faut en prendre soin ».

Parce qu'elle veut pouvoir « couvrir le prêt de la maison et assurer le fait de bien manger à [ses] enfants » Virginie envisage de se « rémunérer juste ce qu'il faut ». « On ne veut pas être demain au CAC 40 – argumente-t-elle – on veut juste commercialiser nos coffrets intelligemment sans être dans une logique de productivité. On avance lentement mais sûrement et je crois que ce n'est jamais bien de partir sur les chapeaux de roues. »

Une sagesse doublée de l'envie de partager ce développement futur. Quand les commandes seront trop importantes pour être préparées à deux dans l'atelier de Mélinda, les deux cheffes d'entreprises envisagent de faire appel à des ESAT pour le conditionnement parce que « ça aurait du sens d'un point de vue humain ».

Geneviève ROY

Powered by CoalaWeb

 

On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.