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Elles ne savent pas à quel endroit elles s'installeront, ni quand leur projet sera réalisable (le plus tôt possible) mais elles savent bien ce qu'elles veulent y faire. Et elles sont venues du Québec pour réaliser leur rêve.

Avec Sarah, Larose et Virginie, Douarnenez deviendra courant 2017 un lieu de culture incontournable ; « on a hâte – disent-elles – parce que la programmation, on peut la faire demain si on a les moyens pour ça ! »

En attendant, elles prospectent pour trouver le lieu idéal et faire reconnaître leurs compétences, le point de départ pour faire venir les financements nécessaires. Quelques partenaires acceptent déjà de les suivre. Leur énergie devrait faire le reste !

« On s'est rencontrées à Montréal, à la Centrale, un centre d'artistes féministes non hiérarchique. Je travaillais en tant que coordinatrice d'expositions, Larose était membre du conseil d'administration et Sarah est venue travailler sur des projets ponctuels durant l'été 2014. » En deux phrases, Virginie a tracé l'historique du groupe. Aujourd'hui, les trois copines sont en France ; Sarah a retrouvé son Finistère natal ; Virginie est provisoirement installée à Nantes et Larose, la québécoise de l'équipe, circule entre la France et les Pays-Bas où elle termine son Master en pratiques artistiques et travaille « sur le genre et les questions LGBT avec la vidéo comme médium principal ».

Quand les trois filles parlent de culture, il faut entendre « pratiques contemporaines » : arts visuels, performance, installations, sculptures, vidéos... Le tout sous-tendu par des convictions fortes sur « les enjeux d'égalité, d'équité, de justice sociale avec un ancrage et une grille d'analyse féministes ». C'est ce qu'elles ont pratiqué à Montréal et ce qu'elles souhaitent développer de ce côté-ci de l'Atlantique.

Une ville centrée sur les femmes et leur travail

« On est devenues non seulement amies – poursuit Virginie – mais en plus, on a perçu une envie commune de travailler ensemble et de développer notre propre projet. » Une visite à Sarah, installée à Douarnenez, a fait le reste. « On a eu la chance de découvrir cette ville et il y a eu une espèce de coup de cœur mutuel ! »

De son côté, la Finistérienne analyse le choix de cette ville en lien avec son Histoire. « Douarnenez a un fort passé lié au matriarcat – explique Sarah – toute une vie centralisée autour des femmes et de leur travail, sardinières et femmes de marins. » Un passé communiste, aussi, dont elle pense qu'il a marqué culturellement la ville.

Une chance pour celles qui souhaitent non seulement y parler culture mais aussi action sociale. « Même si on est chanceuses, privilégiées et qu'on a fait des études – dit encore Sarah – notre but est aussi de faire valoir d'autres savoirs et notamment les savoirs de l'expérience ; ce qu'on veut c'est décloisonner et créer le débat dans le milieu artistique. » L'axe de ses recherches, c'est la non discrimination des personnes en situation de handicap appuyé sur son travail de traduction de ce qu'on appelle en Amérique du Nord, les disability-studies.

Maintenir le dialogue entre étudiant-e-s, chercheur-e-s et artistes

Difficile de cerner dans un premier temps de quoi parlent Sarah, Larose et Virginie quand elles décrivent leur « projet ». Les trois filles, passionnées, savent exactement ce qu'elles veulent. « On veut donner une identité forte et particulière à ce lieu-là » dit Virginie. « Le but n'est pas de faire ça l'été mais d'implanter quelque chose de pérenne » renchérit Sarah. « On veut faire venir les gens et accueillir des groupes – poursuit Larose – faire un lieu où ça mijote avec pas mal d'échanges. »

Le lieu qu'elles imaginent ne sera pas uniquement un lieu d'exposition et elles ne veulent pas non plus travailler seulement avec des artistes. « C'est un projet assez spécifique sur les questions d'égalité hommes/femmes et les questions de discrimination – rappelle Virginie – on veut travailler avec différents champs de recherches, maintenir le dialogue entre étudiant-e-s, artistes et chercheur-e-s ; on veut que se soit un lieu de vie, un lieu qui brasse des idées que les gens vont apprécier et où ils auront envie de revenir. »

 

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Dans la phase une de leur projet, pour lequel elles en ont identifié quatre, les trois filles, organisées en association, la Collective Commune, se consacrent aujourd'hui aux rencontres qui vont leur permettre de se faire connaître. Leur priorité est de trouver un local dans cette ville où pourtant, les bâtiments vides, type ancienne conserverie ne manquent pas. Qu'importe s'il faut le mettre aux normes ; déjà une association d'ouvrières du bâtiment s'est portée volontaire pour venir donner un coup de main !

De l'autre côté de l'océan, le Canada

« Evidemment, il faut qu'on fasse nos preuves ici – admet Larose – mais on a déjà de nombreuses expériences ; le bagage est là et maintenant, on a hâte de s'en servir ! » Les jeunes femmes sont déjà prêtes, non seulement pour l'année « pilote », mais elles estiment non sans humour qu'elles pourraient dores et déjà « faire une programmation sur dix ans ! »

Une programmation qu'elles veulent riche de diversités et d'ouverture, localement bien sûr mais aussi de façon beaucoup plus large vers toute l'Europe et l'Amérique du Nord notamment le Canada. Le hasard leur a fait choisir Douarnenez pour vivre leur aventure ; n'est-ce pas finalement la ville française la plus proche de Montréal ? « Plus loin, c'est la mer et en face, c'est le Canada ! » s'amuse Sarah.

Geneviève ROY

Pour soutenir le projet : le site de la Collective Commune

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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