logogastSi vous dites à Lou Millour qu'elle et ses copines sont devenues une « référence » dans le Finistère, ça la fait rire. « J'ai l'impression, oui – reconnaît-elle – et même plus large que le Finistère ! »

C'est qu'il aura fallu moins de trois petites années pour que le collectif GAST s'impose sur les questions de féminisme et d'égalité femmes/hommes.

Moins de trois ans depuis que Lou a rencontré Camille qui a invité une amie qui en a parlé à une autre, etc. Elles sont désormais une quinzaine de femmes à peine trentenaires - et quelques « gars » - qui multiplient les actions et parachèvent ensemble une culture féministe qu'elles n'avaient pas du tout au début de l'aventure.

Depuis quelques mois, l'une d'elle, Cécile, est même devenue salariée de l'association. L'objectif du moment : trouver des financements pour pérenniser son poste et mettre en place des interventions, en priorité auprès des jeunes.

 Un jour, Lou en a eu marre d'être « la seule nana sur les photos ! ». Directrice de la radio en langue bretonne Kerne, elle a à peine vingt-sept ans quand elle prend conscience qu'elle travaille dans un milieu très largement masculin. Séduite par la célèbre affiche américaine qui dit que « the women who think are dangerous » elle entreprend de la reprendre à son compte pour une campagne de communication en langue bretonne. Comme elle n'est pas graphiste elle fait appel à Camille qui passe sur les ondes ce jour-là. De cette collaboration a priori éphémère naîtra le collectif GAST quand elles découvrent qu'elles auraient « plein d'autres choses à faire ensemble » et qu'elles décident d'inviter des amies à les rejoindre.

« C'était fin 2013 – se souvient Lou - et très rapidement, on s'est retrouvées embarquées dans plein d'actions. » Aujourd'hui, qu'il s'agisse du 8 mars, du 25 novembre, de l'affaire Baupin ou de toute autre actualité en lien avec les droits des femmes, c'est vers elles que se tournent les médias de Quimper et d'ailleurs. Un succès qui ne les étonne même pas ; « c'est une thématique dans l'air du temps - estime la jeune femme – je pense qu'on s'inscrit dans un mouvement qui était nécessaire et urgent » même si elle dit rester surprise de « la force et de l'ampleur du collectif. » « On y met tout notre cœur, on essaie de faire le job correctement, alors on est fières et émues mais au final, pas vraiment étonnées ! »

 

« Ils sont bien les gars,

ils nous laissent faire le truc à notre sauce ! »

 

Bien que pour la plupart « issues du milieu breton », les filles de GAST ont voulu dès le début faire un groupe « bilingue et mixte ». Mais reconnaît Lou Millour, « ils sont bien les gars, ils nous laissent faire le truc à notre sauce ! » N'ayant selon elles « aucune culture féministe » les membres de GAST décident de « s'auto-éduquer ». « On a regardé des films, lu des livres, on a discuté - énumère la jeune femme – et on a affiné notre réflexion par rapport aux différentes écoles du féminisme. »

GAST2Et puis, très rapidement, elles découvrent les différents talents des unes et des autres et décident de les valoriser. Certaines sont graphistes, d'autres photographes ; certaines savent partir à la recherche de financements, d'autres s'avèrent des « geeks de haut niveau » ; il y a les sportives et celles qui le sont moins... « Il y en a qui sont plus rock'n roll et d'autres qui sont plus sages – résume Lou – mais le casting nous plaît bien ! »

Sur la base du do il yourself et de l'empowerment, elles se lancent donc dans les ateliers vidanges de voitures ou sérigraphie, les stages de breton ou d'autodéfense féminine, et organisent des soirées dans les bars pour parler de la place des femmes dans la musique et le spectacle vivant. Leurs copains de la brasserie artisanale Tri Martolod leur fournissent une bière qu'elles revendent au profit du collectif ; les établissements scolaires, notamment ceux du réseau Diwan, leur demandent d'intervenir sur les thèmes du respect, de la sexualité et du consentement. Enfin, l'an dernier, elles organisent avec succès Clitorik, le festival des plaisirs et des sexualités, qui reviendra au printemps 2017 non plus sur deux mais sur dix jours en partenariat avec un collectif d'artistes de Brest, CoNNe ActioN.

 

« Le kilomètre le plus chaud

de la Redageg »

 

Un peu provoc – en breton, « gast » signifie « putain » tout de même ! - les filles participent également à la course de défense de la langue bretonne, la Redageg et achètent le kilomètre 69 « C'est le kilomètre le plus chaud de la course – s'amuse Lou, qui précise – cette année, on a couru avec des godemichés ! »

En peu de temps, donc, le collectif GAST est devenu incontournable à Quimper et plus largement. Parce qu'elles ne peuvent renouveler l'expérience réussie du stage d'autodéfense féminine faute de disponibilité de l'association nantaise qu'elles ont fait intervenir, parce qu'elles ne peuvent répondre favorablement à toutes les demandes des établissements scolaires faute de temps, les filles de GAST décident de salarier l'une d'elles. Cécile vient de commencer une formation en Belgique et sera en capacité dans un an d'animer elle-même des formations d'autodéfense.

GAST1Mais ce qui est une chance pour le collectif devient aussi un problème. « Jusqu'à présent – explique Lou - on vendait des badges, des bières et quelques bidouilles qui suffisaient pour la vie du collectif, mais avec une salariée c'est plus compliqué. » Alors pour pérenniser l'emploi de Cécile, GAST vient de lancer une campagne de financement participatif qui devrait lui permettre de « trouver des sous pour bosser sereines » et notamment développer les actions en direction des jeunes dans les écoles, les collèges et les lycées.

 

« Une énergie assez dingue

qui nous dépasse nous-mêmes »

 

La co-directrice de Radio Kerne défend bien évidemment les actions en langue bretonne mais insiste sur la volonté du collectif d'être bilingue. « L'égalité femmes/hommes est un débat tellement nécessaire – dit-elle – devant l'urgence de la situation, on ne va pas se fermer à la langue française ! »

De même, Lou et ses copines entendent « ne pas trop se radicaliser » et apprécient de « rencontrer toutes les autres femmes qui bossent pour l'égalité et pour les droits des femmes en Bretagne ; on se sent proches de tous les mouvements et d'aucun en particulier » estiment-elles.

Et concrètement, c'est aussi au travail que les filles défendent leurs convictions. Radio Kerne, radio associative comptant cinq salarié-e-s est devenue beaucoup plus féminine tant dans l'équipe qu'au conseil d'administration et applique l'égalité salariale. Si elle reste un média généraliste de proximité, la co-directrice s'assure qu'elle garde « un regard ouvert » sur les questions des femmes et de l'égalité. « Il y a dans ce collectif, une énergie assez dingue qui nous dépasse nous-mêmes » s'enthousiasme-t-elle.

Geneviève ROY

Pour participer à la campagne de financement de GAST : cliquer ici

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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