D'ici 2020, la région Bretagne s'est fixé un objectif : que 40% des créateurs d'entreprises soient des créatrices.

Au moment de lancer le troisième Plan d'Action Régional en faveur de l'entrepreneuriat des femmes , les différents partenaires dont principalement l'Etat, la Région et la Caisse des Dépôts ont voulu faire un état des lieux avec le réseau d'accompagnement mais aussi les créatrices elles-mêmes.

Plusieurs rencontres ont déjà jalonné ce parcours ; les femmes témoignent de leur bonheur à monter un projet mais aussi de leurs difficultés à créer voire à pérenniser leurs entreprises.

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C'est avec une certaine fierté qu'Annaïck Morvan, déléguée régionale aux droits des femmes et à l'égalité, entame le troisième PAR de la région Bretagne, seule région de France arrivée à ce niveau. Le premier plan fut lancé en 2010, le second vient de s'achever et le troisième concernera la période 2017/2020 avec un objectif affiché : plus de femmes créatrices et plus de partenaires pour les aider à concrétiser leurs projets.

Invitées à témoigner de leurs propres expériences, quelques créatrices Bretonnes étaient en mars à la Préfecture tandis que les associations partenaires notamment Femmes de Bretagne, Entreprendre au Féminin ou Force Femmes entre autres tentaient fin juin de faire le point sur les forces et les faiblesses du réseau d'accompagnement dédié.

Première étape : trouver une banque

AnnePatault« Ce qui est évident, c'est l'appétence des femmes à la création » rappelait, en mars, Anne Patault, vice-présidente de la Région en charge de l'égalité et de l'innovation. Pour elle, « l'objectif des 40% de créatrices est atteignable pourvu qu'on sache les accompagner » mais aussi qu'on parvienne à intervenir sur tout le territoire et dans tous les métiers. « Ne renforçons pas les stéréotypes – défend-elle – en évitant certains secteurs considérés plus masculins ou réputés plus difficiles » et restons conscients qu'il existe « des zones blanches en matière d'accompagnement sur le territoire. » Pour l'élue, ce sont là les deux enjeux principaux du futur PAR.

Les témoignages des créatrices font apparaître des manques dont il faudra également tenir compte. Pour elles, le principal obstacle, qu'elles ne franchissent parfois qu'avec beaucoup de difficultés, reste le financement. Les relations avec les banques même évoquées avec humour, semblent toujours compliquées. « J'avais tout – se souvient Aïcha Landrain, responsable d'une structure d'analyse des risques professionnels dans le BTP - le projet, l'expérience, les garanties, tout, sauf une banque ! » A tel point que lorsque enfin un banquier accepte de la suivre, elle s'en étonne et lui demande pourquoi. « C'était un 24 décembre – plaisante-t-elle aujourd'hui - depuis je l'appelle mon Père Noël ! »

« Des banques, on en a fait six pour en trouver une qui accepte de nous suivre » explique de son côté Nathalie Godet. Mais, témoigne-t-elle, le combat n'était pas terminé pour autant. Devenue cheffe d'entreprise, la jeune femme doit alors être sur tous les fronts et « porter toutes les casquettes ».

Deuxième étape : se former et savoir se développer

« On a l'aide à la création, mais on n'a pas d'accompagnement pour nous aider à la pérennité » souligne-t-elle alors que son entreprise n'existe plus aujourd'hui. « Ce qu'il faudrait – dit-elle encore – c'est pouvoir se former à la comptabilité, au commercial, etc. à tous les rôles qui font d'un créateur quelqu'un capable de tout maîtriser. » Aïcha Landrain le reconnaît aussi : « un chef d'entreprise doit pouvoir être aussi commercial ; personnellement, je suis sur le terrain, je suis technicienne. »

PAR21-06En écho, Marie-Hélène Le Jeune, créatrice de Direct Solutions, entreprise d'assistance administrative auprès des TPE et PME, dit manquer d'un « accompagnement plus spécifique pour savoir identifier les besoins des prospects ou des futurs clients et pouvoir élaborer une stratégie pour monter en compétences. » Là encore, c'est bien de pérennité que l'on parle. Et de formation.

« On n'a pas de témoignages de femmes qui n'ont pas réussi à créer - a déploré Anne Pataut – il faut aussi qu'on s'y intéresse pour garantir un bon dispositif. (...) Si on veut que 40% de femmes créent leur entreprise, il faut donner envie, il faut impulser et dire que c'est possible. »

Et pour mettre toutes les chances de réussite de son côté, la Région par la voix de Frédérique Pondemer, cheffe du pôle égalité des droits, insiste sur le fait que chaque création – et donc chaque créatrice – est un cas unique et que toutes n'ont pas « vocation à rentrer dans le même tuyau » ; en Bretagne dit-elle « il y a de la place pour tout le monde » et les possibilités d'être accompagnées ne manquent pas mais « on ne veut pas faire sans écouter les femmes elles-mêmes ! »

C'est pourquoi ce troisième PAR prendra son temps pour voir le jour et se nourrira des expériences passées. « Tant que nous n'aurons pas autant de femmes que d'hommes à la tête d'entreprises productives, nous n'aurons pas atteint la plénitude de notre capacité à développer notre économie » soutient avec force Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne.

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Le salon annuel Entreprendre dans l'Ouest se tiendra à Rennes les 16, 17 et 18 octobre prochains et comme chaque année il proposera un espace dédié à l'entrepreneuriat féminin avec notamment de nombreux ateliers.

Quelques chiffres publiés par l'INSEE en mars 2017 :
La Bretagne est une des régions de France (avec la Nouvelle Aquitaine) où l'entrepreneuriat féminin est le plus vivant avec un taux de 29% d'entreprises créées par des femmes (moyenne de 28% en France). Les créatrices y sont plutôt jeunes (50% ont moins de 40 ans contre 47% pour les créateurs) et diplômées ; 56% des créatrices sont diplômées de l'enseignement supérieur contre 42% pour les hommes. Peu de surprises dans le choix des secteurs d'activités : 35% dans le commerce et la restauration ; 25% dans la santé ; 12% dans le service et les soins à la personne. Les professions libérales représentent 30% des créations féminines. Avant de créer leur propre entreprise, 40% des femmes en Bretagne étaient salariées, 27% étaient au chômage et plus de 8 fois sur 10, la création d'entreprise a d'abord pour objectif d'assurer son propre emploi. D'ailleurs 20% seulement envisagent de développer leur entreprise et notamment de créer des emplois (contre 34% chez les créateurs). Trois ans après leur création, 73% des entreprises de femmes sont toujours en activité, une proportion égale à celle des entreprises créées par des hommes.

Photos:

n°1 - Journée de travail à la Préfecture de Région le 8 mars 2017

n°2 - Anne Patault, vice-présidente de la région Bretagne

n°3 - Journée de réflexion avec le réseau d'accompagnement le 21 juin 2017

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.