Darani, Geneviève, Sophie, Anne et les autres veulent, aujourd'hui, aller plus loin. Adhérentes au club Parents Solos de la CAF de Rennes, ces femmes en situation de familles monoparentales, ont participé à des ateliers d'écriture pour exprimer leurs joies et leurs difficultés d'être des « mono-parents ».

Leurs textes ont fait l'objet d'une lecture publique sur la Péniche Spectacle en mars dernier, dans le cadre des journées des droits des femmes de la ville de Rennes, et seront prochainement publiés sous la forme d'un livret.

Cette aventure a donné de l'oxygène à des femmes habituées à mettre de côté leur propre ressenti et à se fondre dans leur rôle de mères. Elles souhaitent désormais pouvoir partager cette expérience avec d'autres.

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Ce sera d'abord un petit livret mis en forme et diffuser à faible tirage. Mais Darani et ses amies espèrent aller plus loin. Parce qu'elles ont apprécié la façon dont le comédien Hugues Charbonneau a lu leurs textes en mars dernier, elles rêvent d'un CD où l'on entendrait leurs paroles à elles, avec sa « voix grave », à lui.

La sociologue Véronique Vasseur, présente lors de la lecture publique, a souligné l'importance de la créativité pour chaque être humain. « Notre identité a deux aspects – dit-elle – le "je" et le "moi ". Le "moi" c'est notre part de conformité pour vivre en société, qui fait de nous des êtres dociles ; le "je" c'est notre part de créativité, qui fait que nous sommes tous différents les uns des autres. La difficulté est de maintenir l'équilibre entre les deux. »

Devant un public, certes bienveillant, ce groupe de femmes a donc accepté de livrer ce qui lui est le plus intime : sa vie de femme, son « je » plus que son « moi ». C'est ce qu'a exprimé Darani, mandatée par le groupe pour présenter le travail : « En tant que maman, je ne me consacre pas suffisamment de temps pour me connaître, assouvir mes besoins et mes envies. Mais l'atelier d'écriture m'a permis de voir que la femme en moi était bien toujours là ! »

peniche2« On s'est détachées de nos textes – reconnaît Anne de son côté - En les entendant, j'ai même ressenti une certaine sensibilité que je n'avais pas éprouvée en les écrivant. » Les personnes présentes ont salué le courage des auteures des témoignages et autres poèmes. « On est hors les murs de l'entre-soi – a notamment souligné Véronique Vasseur – et c'est une grosse prise de risque. Le groupe de parole protège du jugement mais il peut aussi enfermer. Ici, on est en marche vers la réhabilitation du "je" ! »

Changer l'image pour que tout le monde aille mieux

C'est d'abord la solitude et le besoin de partager des expériences de vie qui attirent les femmes en situation de famille monoparentale au club Parents Solos, soulagées d'entendre les « témoignages des autres qui ressemblent à [leur] histoire. »

Pour ces femmes culpabilisées par les représentations qu'on leur renvoie et influencées par une image idéalisée de la famille « classique », le club est l'occasion de « rencontrer les autres » parce que finalement comme l'exprime Anne, maman de trois adolescents, « ailleurs, ça tourne toujours autour des mômes ! »

Les travaux de Véronique Vasseur leur rappellent cruellement que l'image attribuée aux familles monoparentales peine à évoluer au fil des années. Comme nombre d'autres, ces femmes se sentent responsables voire coupables de leur situation.
L'atelier d'écriture, animé par Céline Feillel, leur a permis d'aller plus loin que le simple partage d'expériences. S'appuyant sur le thème des journées des droits des femmes, « prendre la parole et agir », les participantes ont été invitées à s'exprimer sur leur vie de « parents solos au quotidien pour dépasser l'étiquette » que leur donne la société.

Dans les textes, les difficultés ne sont pas occultées. On y parle de « prendre des décisions seules » de « compenser la chaleur de son lit par une bouillotte » ou encore de « ne pas pouvoir confronter ses idées ». Mais sont aussi évoqués ces moments de complicité avec les enfants, « l'indépendance psychique » et la possibilité d'organiser des repas de famille en trouvant « plus facilement des compromis ». On y entend surtout résonner la vie.

« Je me suis rendu compte – dit Darani après l'échange avec les auditeurs de la Péniche – que nous pouvions toucher du monde en racontant nos histoires de conditions de femmes monoparentales. » Désormais, elle souhaite avec ses amies du club partager cette expérience. « Peut-être – dit-elle encore – que c'est nous qui allons faire changer les choses pour nos enfants ! Aujourd'hui, ma situation me prend la tête et m'empêche d'avancer ; j'ai le choix entre laisser courir les choses ou au contraire faire en sorte que pour tout le monde, ça aille mieux. »

Elle espère que les témoignages de femmes comme elle, qui se battent au quotidien, pourront améliorer le regard de la société.

Geneviève ROY

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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