Dans la salle d'un petit bar du centre-ville, Hélène Brethes anime une discussion comme chaque premier mardi du mois.

Au programme ce soir : la place des femmes en agriculture avec une vidéo sur les interventions d'AVSF en Afrique et le témoignage de Thérèse, agricultrice en Ille-et-Vilaine.

La raison de ce choix, c'est bien sûr la proximité de la journée internationale des droits des femmes. Mais pour la jeune Toulousaine adoptée par la Bretagne, les droits des femmes, c'est plus qu'un sujet incontournable du mois de mars. Etudiante en communication et bénévole (très) active à AVSF, elle est fière de se dire issue d'une lignée de femmes !

 

 Helene

Hélène Brethes parle avec beaucoup de tendresse de cette arrière-grand-mère, morte voilà quelques années à l'âge de 104 ans, qui l'a élevée avec sa mère et sa grand-mère. « On vivait toutes les quatre dans la même maison - se souvient-elle - J'ai toujours eu des modèles de femmes admirables autour de moi. » Née en 1900, l'arrière-grand-mère d'Hélène dirigeait seule un café dès l'âge de 23 ans. « Autant vous dire – assure l'arrière-petite-fille – que c'était une femme qui savait gérer les choses. » Elle ne cache pas une même admiration pour sa mère « infirmière libérale » et « mère célibataire » très « investie dans l'agriculture bio » qui lui a permis de « baigner dans une culture un peu alternative. »

 

« Je suis l'OVNI d'AVSF,

mais j'ai pratiquement carte blanche

pour monter les événements que je veux. »

 

C'est armée de tous ces bagages, qu'Hélène quitte Toulouse d'abord pour Bordeaux puis pour Rennes où, à 23 ans, elle termine ses études en communication. A l'heure du mémoire de Master 1, l'an dernier, c'est assez naturellement vers la communication des ONG de développement que la jeune femme commence ses recherches. Et c'est « par hasard » qu'elle découvre Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, une association à « taille humaine » et à « l'ambiance très familiale » qui répond parfaitement à son envie de travailler sur des organismes « qui agissent sur du long terme avec les populations. »

« Je suis l'OVNI d'AVSF » s'amuse Hélène qui raconte avoir découvert l'association sur Wikipédia. Après son mémoire, séduite par les actions de l'ONG, elle décide de s'y engager. Arrivée à Rennes entre-temps avec son compagnon Sacha, originaire de la région, elle consacre désormais tout son temps libre, et même plus, à l'association. « On est devenus tous les deux correspondants à Rennes – précise-t-elle – ça me prend autant de temps que mes études, sinon plus, mais ça en vaut la peine. Et puis, on m'a fait confiance, j'ai pratiquement carte blanche pour monter les événements que je veux. »

Avec AVSF, la jeune femme apprend à recruter des bénévoles et à les former, assure des interventions en milieu scolaire pour sensibiliser aux questions d'environnement, gère les actions de collecte de dons et bien sûr de communication autour de Rennes. Elle a aussi été à l'origine de la mise en place des Mardis Sans Frontières.

AVSFChaque premier mardi du mois, la petite équipe d'AVSF Rennes (des filles en grande majorité) s'installe à l'étage du bar le Petit Bacchus, rue Vasselot, et propose un temps d'échange et de discussion. « L'idée est qu'il y ait une ambiance sympa et que ça puisse discuter – explique Hélène – On cherche des questions qui font un peu débat pour ne pas être tous d'accord, et on met toujours une dimension sociale. On a parlé du TAFTA, de la Cop 21, d'agriculture biologique. »

Si le public est souvent composé de personnes déjà informées sur les questions d'environnement et de développement durable, le lieu permet aussi de toucher des consommateurs un peu curieux qui viennent voir ce qui se passe à l'étage.

 

« J'aime beaucoup Rennes,

une ville bouillonnante

avec une vie culturelle impressionnante »

 

En mars, journée des droits des femmes oblige, c'est le thème « femmes, agriculture et développement » qui était au programme. Mais Hélène tient à préciser que pour AVSF, ce n'est pas une question secondaire. « AVSF travaille énormément pour que les femmes soient reconnues dans le monde agricole et dans le développement durable, principalement en Afrique, et s'engage en faveur des femmes pour monter des filiales de commerce équitable » dit-elle, exemples à l'appui. L'objectif des débats du mardi : « faire prendre conscience à des gens que leurs actions en France, à Rennes, ont un impact sur des personnes qui vivent à l'autre bout du monde ! »

Hélène profite des vacances scolaires pour retrouver Toulouse. Mais si sa ville lui manque parfois - « surtout le soleil » - elle n'envisage pas de quitter la Bretagne prochainement. « J'aime beaucoup Rennes – confie-t-elle – c'est une ville bouillonnante avec une vie culturelle impressionnante. J'aime me perdre dans les rues et découvrir des quartiers que je ne connais pas encore. »

Au sein d'AVSF, elle s'est donnée pour mission de sensibiliser surtout les étudiant-e-s pour leur faire comprendre que « même si on n'est pas donateurs, on peut avoir un impact ne serait-ce qu'en faisant attention à nos déchets, aux produits qu'on utilise, à la consommation d'eau, etc. » Dans cette France où l'agriculture est en crise, elle défend l'idée que « justement, il faut se tourner vers une agriculture plus responsable et créer du lien avec les pays du sud. »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Lire le témoignage de Thérèse Fumery, agricultrice, membre de la Confédération Paysanne, invitée aux Mardis sans Frontières du mois de mars : Elle n'aimait pas ce métier qu'elle défend aujourd'hui.

AVSF est une ONG de solidarité internationale qui agit depuis 1977 et intervient aujourd'hui dans plus de 80 pays. Elle compte environ 300 salarié-e-s dont 28 en France.

Pour des raisons d'organisation, les prochains Mardis Sans Frontières n'auront pas lieu le premier mardi du mois comme d'habitude. La prochaine rencontre est fixée au 19 avril en présence de Maxime Pfohl du Jardin des Mille Pas. La suivante le 26 mai avec un producteur de cacao venu d'Haïti. Pour avoir plus d'informations sur ces programmes, consulter la page facebook des Mardis Sans Frontières.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.