Lorsqu'ils deviennent (trop) visibles, les actes homophobes peuvent parfois susciter des réactions ; le CSA a reçu plus de 20 000 plaintes en quelques jours pour les derniers dérapages d'un animateur de la chaîne télévisée C8.

Mais, le plus souvent ils font partie du quotidien secret et douloureux des personnes LGBT.

A l'occasion de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie, le 17 mai dernier, SOS Homophobie a produit son rapport annuel. Des chiffres qu'il faut prendre pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire non pas une étude scientifique mais le reflet des témoignages recueillis par l'association, en hausse de près de 20% après deux ans de baisse.

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 Ce vendredi soir au local du CGLBT de Rennes, une vingtaine de personnes ont pris place autour de Véronique, Aymeric et Laurent, les bénévoles de la délégation bretonne de SOS Homophobie. Pour une intervention « qui bouge », les participant-e-s sont invité-e-s à se positionner physiquement dans la salle en fonction des items du rapport annuel de l'association.

A la question « qui pense avoir déjà été victime au cours de sa vie d'actes ou de propos de discriminations LBGTphobes ? » seules deux personnes répondent « non ». Une entrée en matière idéale pour les intervenant-e-s dont le propos est de « mettre en évidence la nécessité d'agir ». Et la première façon d'agir lorsque l'on est victime – ou témoin – de ce type de comportements c'est bien sûr le témoignage. D'ailleurs, à la question suivante - « qui a déjà témoigné auprès de SOS Homophobie ? » - une très petite minorité du public (deux personnes à nouveau) répond ne l'avoir jamais fait.

« Etre, aimer et vivre librement »

Il n'existe aucune statistique officielle sur cette question, rappelle l'association et seules les données récoltées par les différents témoignages et durant les interventions publiques peuvent permettre d'alerter sur les violences subies. Chaque année, c'est ainsi qu'est alimenté le rapport remis aux différents ministères, aux député-e-s, aux maires des 50 plus grosses villes de France, ainsi qu'aux partenaires, à de nombreuses associations et aux médias.

homophobie2Depuis vingt-et-un ans, cette analyse qui se veut à la fois « qualitative et quantitative » est devenue une référence. C'est la partie la plus visible du travail des dix-huit délégations régionales et des 420 bénévoles de l'association qui veut « construire un monde ouvert dans lequel chacun-e pourra être, aimer et vivre librement quelle que soit son orientation sexuelle et son identité de genre ».

Créée en 1994, SOS Homophobie fut d'abord une ligne téléphonique et un numéro d'écoute anonyme. Aujourd'hui, l'association assure trois missions : soutenir les victimes, parfois jusqu'en justice ; prévenir les actes homophobes notamment par des interventions en milieux scolaire et festif et des formations de professionnel-le-s de la santé, de la justice, des entreprises, etc. ; et militer soit par des prises de position publiques soit par la publication de rapports et d'enquêtes.

« Une haine virtuelle, une souffrance réelle »

Le rapport 2017 montre une augmentation de près de 20 % des témoignages de victimes. L'homophobie « au quotidien » est notamment très présente dans certains médias où elle est banalisée par un « soi-disant humour » et bien sûr sur Internet qui représente 22,5% des témoignages. « Une haine virtuelle, mais une souffrance réelle » soulignent les intervenant-e-s alors que le rapport parle de « haine qui s'amplifie et s'ancre dans la société ». SOS Homophobie rappelle que si les chiffres annoncés sont déjà terrifiants et les conséquences sur les personnes victimes souvent considérables, le rapport n'a pas valeur d'un travail scientifique. « Ce n'est absolument pas la réalité – commentent les bénévoles – ce sont juste les gens qui ont osé nous dire ». Et on sait combien il peut être difficile de raconter des choses aussi personnelles !

Il faut plutôt voir dans ces données, la présence plus ou moins active des délégations. En Bretagne où les actions sont encore embryonnaires, ce sont « seulement » trente-deux témoignages qui ont été recueillis pour l'année 2016 dont 50% traitaient de violences subies au sein de la famille ou du milieu de travail. On peut, hélas, craindre que la réalité soit bien plus importante.

« Est-ce qu'un rapport annuel peut permettre de faire reculer les LGBTphobies ? » s'est interrogée l'assistance. Peut-être s'il permet d'en parler et d'initier des actions concrètes, ont répondu les personnes présentes. « Des chiffres chocs interpellent ; et après on se pose des questions sur ce qu'on vit qu'on soit directement concernés ou pas ». De son côté, SOS Homophobies en appelle aux responsables politiques se disant « particulièrement attentive à la mise en œuvre par celles et ceux qui nous gouvernent de mesures concrètes » avant de lister les nombreux combats qu'il reste à mener : changement d'état civil libre et gratuit pour les personnes trans, ouverture de la PMA à toutes et tous ou encore reconnaissance de la diversité des modèles familiaux.

Geneviève ROY

Pour consulter l'intégralité du rapport : le télécharger sur le site de SOS Homophobies.

Photos : 1 - Marche des Fiertés Rennes, 4 juin 2016 - 2 - Hommage aux victimes de l'attentat d'Orlando, Rennes, 13 juin 2016

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