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L'une parle de « transformation sociale » ; l'autre estime qu'on ne « pourra s'en sortir que si l'on est uni-e-s ».

L'une croit dans « le collectif » quand l'autre déclare que les choses doivent changer « par le peuple ».

Toutes deux ont choisi de militer auprès de la Cimade et de donner du temps pour susciter questions et réflexions sur un sujet qui leur tient à cœur : les migrations.

Avec Migrant'scène , festival annuel qui se déroule fin novembre, Catherine, l'artiste, et Chann, l'organisatrice, conjuguent leur militance !

 

Son engagement date de l'année dernière, lors du précédent festival de la Cimade. Une occasion que Chann Lavigne a saisi pour s'investir auprès des personnes migrantes, envie qu'elle nourrissait depuis longtemps. Aujourd'hui, c'est elle co-organisatrice de l'édition 2017 de Migrant'scène à Rennes. Comme dans plus de soixante villes de France, c'est un moment destiné à donner la parole aux personnes migrantes. « L'objectif, c'est de leur donner leur place, d'entendre leurs voix – insiste Chann Lavigne en détaillant le programme – je ne suis que la passeuse, je permets juste que ça ait lieu ! » Son rôle à la Cimade : sensibiliser le grand public, par la culture, à cette question essentielle : comment vit-on ensemble ?

Migrant2Si la jeune femme ne souhaite pas se mettre en avant, cette aventure occupe tout son temps et toute son énergie depuis plusieurs mois. Pour elle, pas question de « charité » ; le temps donné c'est aussi celui qu'elle passe à chercher les réponses à ses propres questions. « S'investir auprès des personnes migrantes, c'est être militant – défend-elle – C'est nécessaire de se rencontrer si on veut avancer. Je me pose beaucoup de questions, notamment sur le racisme, j'ai aussi besoin d'avancer personnellement. »

Même si ses engagements doivent lui « compliquer la vie ». Jeune militante, Chann Lavigne reconnaît non sans humour : « le féminisme, le rapport aux animaux, la façon dont je m'alimente, celle dont je vis en couple... toutes ces questions politiques arrivent en même temps dans ma vie. Ça me fait du bien, mais ça remet un peu tout en question ! »

 

« La position de l'artiste est par nature militante ;
je me missionne moi-même (...)
Je me questionne et peut-être que c'est ça qui fait se questionner les autres »

 

Pour Catherine Macé, aussi, l'engagement est total et touche l'ensemble de son existence. Musicienne, auteure, « femme de projets » comme elle se définit elle-même, elle ne conçoit pas l'art autrement. « La position de l'artiste est par nature militante » déclare-t-elle avant de préciser : « je me missionne moi-même pour faire avancer les choses. Je me pose des questions et peut-être que c'est ça qui va faire se questionner d'autres personnes et qu'on va pouvoir avancer ensemble. En tout cas, je ne le ferais pas si je ne le faisais pas pour les autres, ceux et celles qui vont lire ou écouter ! »

Migrant3Migrant'scène cette année, lui donne l'occasion de faire vivre son livre Lisa et Nouh, l'histoire de deux petites filles, l'une Française, l'autre Syrienne, séparées lorsque la deuxième est arrêtée avec sa famille et envoyée en centre de rétention. Publié en 2016, par un éditeur belge, ce premier roman-jeunesse de Catherine Macé a déjà reçu un accueil chaleureux du public et de la critique et participé à de nombreux prix.

« Ça m'a échappé et c'est ce que je voulais – dit l'auteure – ce livre est avant tout un prétexte pour aborder des questions compliquées, un peu existentielles ; je l'ai écrit pour que le plus grand nombre d'enfants possible puisse se poser ces questions ». Il lui a été inspiré par sa présence régulière aux côtés de la Cimade pendant un an et demi chaque semaine au centre de rétention de Saint-Jacques de la Lande.

« J'ai eu un agrément spécial de la Préfecture – explique Catherine Macé – je pouvais même aller discuter avec les gens dans leur chambre ou m'installer dans la cour où ils tuent le temps en tapant dans un ballon. Je les ai vraiment rencontrés et j'ai consigné toutes ces rencontres. »

Le jour où elle a décidé de ne plus y retourner, elle avait noirci dix cahiers de ses notes et réflexions. De quoi entreprendre une écriture documentée. D'abord un récit puis, faute d'éditeurs intéressés, l'histoire des deux fillettes. L'artiste est heureuse de susciter la réflexion des enfants, mais ne souhaite pas en rester là avec son autre projet. « Quarante cinq jours, récit de rétention » devrait faire l'an prochain l'objet d'une adaptation radiophonique.

En attendant des extraits figureront au programme de la lecture musicale qu'elle propose pour Migrant'scène. « La musique, c'est le lien dans ma vie – dit l'ancienne musicienne de groupes rock des années 70/80 – ça m'a amenée à faire plein de choses différentes. Avec mes engagements actuels auprès des enfants malades à l'hôpital ou auprès des personnes migrantes, j'ai trouvé un sens à ma pratique musicale. »

Pour Chann Lavigne, Migrant'scène n'a pas pour but « de remplacer des préjugés sur les migrant-e-s par une image fabriquée » idéalisée, mais bien de « ramener les personnes à leur identité humaine plutôt qu'à une identité sociale », de montrer les difficultés de la migration, les parcours semés d'embûches, mais aussi de dire que « la migration peut être une force ».

Catherine Macé, de son côté, se souvient de son premier contact avec la Cimade. « J'avais envie de faire quelque chose mais je ne pouvais faire que des actions ponctuelles ; alors je leur ai dit : je veux bien faire un travail d'écriture. » Quelques années plus tard, « ça fait sens » de participer au festival avec son livre. Une façon pour elle d'être « militante à [sa] sauce ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : le festival Migrant'scène de la Cimade se déroulera à Rennes du 22 au 25 novembre. Les principaux rendez-vous : lecture musicale (à partir de 7 ans) le 23 novembre à la MJC du Grand Cordel où se déroule également une exposition photo ; bibliothèque vivante aux Champs Libres le vendredi 24 novembre de 15 à 18h ; documentaire « La mécanique des flux » le 24 novembre à 20h ; navettes pour le centre de rétention le samedi 25 novembre. Tout le programme sur le site.

A lire : « Lisa et Nouh » Alice Editions (2016) – déjà traduit en Coréen et bientôt en anglais

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