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Elles sont bien présentes dans les exploitations et même dans les manifestations, et ce depuis longtemps. Pourtant, dans les instances professionnelles agricoles, les femmes se font rares ; très rares.

Et cette situation déplaît profondément à Nabila Gain Nachi, chargée de mission à la Chambre d'Agriculture des Côtes d'Armor.

En prévision de la mise en place de la loi faisant obligation à toutes les organisations professionnelles d'atteindre la parité pour 2025, avec le groupe Egalité/Parité d'Agriculture au Féminin de Bretagne, elle a entamé une réflexion sur le sujet.

Début décembre un colloque unique en son genre réunissait à Rennes des acteurs régionaux mais aussi nationaux voire européens pour relever le défi en Bretagne.

« Les femmes ont toujours été présentes quand il fallait aller manifester mais toujours absentes pour aller négocier. Je ne dis pas que les hommes les ont exclues, ça s'est fait naturellement ; elles n'y sont pas allées parce qu'elles pensaient que c'était trop technique ! » En quelques phrases Nabila Gain Nachi résume une situation qui la met en colère. Et mesure en même temps le chemin parcouru à la veille de l'obligation de parité dans les organisations professionnelles agricoles (OPA).

La jeune femme s'indigne que « pendant des années, cette question n'a pas été prise en compte ». Avec son groupe de travail, dans les Côtes d'Armor d'abord puis au niveau de la région, elle a pris une longueur d'avance. Un tel groupe constitué en 2008 autour des questions d'égalité et de parité, porté par des élu-e-s des chambres d'agriculture, est unique en France. « Ce n'est pas toujours facile – reconnaît la jeune femme - parce qu'on nous considère comme des féministes ; moi, ça ne me gêne pas mais ça empêche certaines femmes de s'engager dans nos actions ». Pour elle, pourtant, « le féminisme a force d'humanisme » et les idées qu'il véhicule sont bonnes pour toute la société notamment en termes d'innovation. « Un groupe – dit-elle – où il n'y a qu'un seul homme pour une vingtaine de femmes » ça ne marche pas non plus !

2025, c'est demain !

On l'aura compris Nabila porte des convictions très fortes et les répand autour d'elle. Aussi se réjouit elle après des années de travail lorsqu'elle voit ses collègues masculins chercher des femmes pour intégrer les différents groupes de travail, qu'il s'agisse d'actions sur les bassins versants ou de groupe technique d'éleveurs. « Ça me fait plaisir – s'enthousiasme-t-elle – ils ont compris en quoi la mixité et l'égalité sont une richesse ! »

Ce n'est sans doute pas un hasard non plus si c'est dans les Côtes d'Armor que l'on trouve l'une des trois seules femmes présidentes d'une chambre départementale d'agriculture de France. Danielle Even, élue en début d'année, a selon Nabila Gain Nachi permis de montrer que c'était possible.

Mais dit-elle « maintenant, ce n'est plus suffisant ! 2025, c'est demain et il faut travailler sur la question des renouvellements. On ne devient pas responsable du jour au lendemain, c'est une acquisition de compétences qu'il faut préparer pour qu'en 2025 personne ne puisse dire : je ne peux pas avoir de femmes dans mon organisation ». A cette date en effet, la loi de 2014 sur l'égalité réelle prévoit que toutes les organisations doivent être paritaires dans la composition de leurs instances de gouvernance.

L'exemple d'une réflexion collective

photolecoqEt c'est dans cet esprit que le groupe Agriculture au Féminin de Bretagne a organisé début décembre à Rennes un colloque qui devrait faire date. Pour « la première fois dans le monde agricole » on a clairement mis en avant l'importance de l'engagement des femmes. Autour de Marie-Jo Zimmermann, rapporteuse de la loi sur la parité de 2012, de Danièle Bousquet, présidente du Haut-Conseil à l'Egalité, de Xavier Belin, président de la FNSEA ou encore de Katrine Lecornu, présidente d'un groupe laitier européen, plus de 120 personnes se sont posé les bonnes questions sur la mise en place de la parité dans les OPA. Sans se cacher les difficultés à venir notamment le risque que les organisations demandent des dérogations ou qu'on leur propose de payer une amende plutôt que d'atteindre les objectifs fixés !

Et en s'appuyant sur les travaux de Clémentine Comer, une jeune doctorante de Rennes 1. « Avec ses chiffres et ses mots – explique la chargée de mission – elle nous a montré que l'accès aux responsabilités ne se ferait pas naturellement. Les femmes représentent 32% des actifs agricoles en Bretagne, on doit pouvoir les retrouver dans notre façon de communiquer, de porter le conseil mais aussi dans nos formations ».

C'est le décret de 2012 qui a permis d'avoir une représentativité des femmes à hauteur de 30% dans les chambres d'agriculture. Pour les autres organisations notamment les syndicats le chemin est encore semé d'embûches. Mais selon Nabila Gain Nachi, c'est « en forçant les portes que les choses se mettent en place ». Du côté de la Bretagne les acteurs et les actrices du monde agricole veulent montrer que c'est ensemble qu'ils et elles construiront l'avenir.

Geneviève ROY

photo du forum  : Didier Lecoq

Pour aller plus loin sur l'engagement des femmes dans l'agriculture en Bretagne, on pourra consulter les travaux de Clémentine Comer et notamment sa thèse

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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