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On la présente comme une artiste engagée. Zara Moussa, elle, déclare : « le micro, c'est mon arme ! » Et son mode d'expression, un hip-hop teinté de musiques traditionnelles d'Afrique.

En tournée en Bretagne en décembre dernier, la chanteuse nigérienne a profité de ses différents concerts pour entrer en relation avec les femmes d'ici et faire résonner les luttes de ses sœurs du Niger avec celles des Françaises.

« Si on se sent mal dans son corps, dans son âme, dans la société, ça vaut le coup de réagir ! » dit celle pour qui le combat est un mode de vie.

 

Quand elle parle, Zara Moussa a plutôt une voix douce et un débit modéré ; quand elle est sur scène, c'est toute la rage qu'elle exprime dans des textes écrits pour dénoncer les injustices, toutes les injustices, mais surtout celles dont souffrent les femmes. « Polygamie, excision, exploitation – énumère-t-elle en musique – la femme que je suis ne l'a pas choisi. »

« Ce concours, je vais le faire

et je vais le remporter »

 

Pour Zara Moussa, l'histoire commence un peu par hasard. Elle a toujours vécu avec la musique qui est son mode d'expression ; son oncle, musicien d'un grand groupe connu au Niger répète à la maison et la petite Zara aime le regarder et l'écouter. Mais en 2000, c'est un hasard qui conduit Zara à participer à un concours de rap. Enfin, le hasard conjugué à un caractère déjà bien affirmé.

zara1Le centre culturel français de Niamey organise un concours et les copains de l'adolescente ont tous l'intention de concourir. « Ce concours, je vais le faire et je vais le remporter » lance Zara ce qui les fait tous bien rigoler. « Tu n'as aucune chance » lui disent-ils.

Naturellement, c'est le plus sûr moyen de la convaincre d'y aller. Le défi lancé aux copains devient défi personnel. Zara se présente et... remporte le premier prix !

La jeune fille découvre alors la puissance d'un micro. « Pour moi, c'est une arme » dit-elle reconnaissant que « tout le monde ne sait pas la tenir ». « Le micro est une façon de se faire entendre très loin – dit-elle encore – quand on le tient il faut avoir des choses à dire. Beaucoup de gens ont l'occasion de tenir un micro et n'en profitent pas pour informer, éduquer, attirer l'attention. Je trouve ça dommage ! »

 

« Vous pouvez vous exprimer ;

libérez-vous de vos chaînes »

 

Pour Zara, les choses sont claires. Ce « pouvoir » que lui donne la chanson, et le rap en particulier, elle le mettra au service des femmes. « Mon objectif – dit-elle – est de m'exprimer pour toutes les femmes qui ne peuvent pas le faire à cause de la tradition, de la culture, du poids de la société ou de la religion »

Alors, ces femmes, elle en parle dans ses chansons et elle va les voir à travers des tournées dans les villages du Niger. « Quand j'ai commencé à faire du rap, je ne connaissais pas les villages – reconnaît-elle – j'avais grandi dans une grande ville où j'avais accès à l'eau, à l'éducation, à beaucoup de choses et je ne connaissais pas la vie des femmes rurales. » C'est en accompagnant une ONG dans les villages que Zara découvre celles pour qui elle écrit : « Ma rage, ma peine, ma haine, ce n'est pas d'être femme mais de devoir me taire quand je vois mes sœurs à qui on a tout pris. »

afficheSon engagement dès lors est d'écrire en leur nom mais aussi de s'adresser à elles. « J'essaie de donner l'exemple – dit-elle – de leur dire : vous pouvez vous exprimer, libérez-vous de vos chaînes. » Mais elle sait aussi que pour beaucoup de ses sœurs, les priorités sont ailleurs. « Elles travaillent beaucoup, se couchent tard et se lèvent tôt, mangent mal et ont beaucoup de problèmes de santé ; elles n'ont pas assez de temps pour elles, pour s'informer, pour s'instruire. »

 

« Je suis la voix des sans-voix »

 

L'engagement de Zara prend aussi une forme active notamment avec des ONG qu'elle accompagne au Niger dans le cadre de campagnes de sensibilisation sur les maladies sexuellement transmissibles ou les grossesses précoces. « Les gens ont besoin qu'on soit près d'eux – dit-elle – pour se reposer, poser leur tête sur une épaule. » Zara, qui scande sur scène « je suis la voix des sans-voix » accepte parfois d'être cette épaule secourable.

Ses chansons et ses tournées, notamment en France, sont pour Zara les meilleurs vecteurs pour attirer l'attention sur ces femmes oubliées et leurs conditions de vie difficiles. « En tant que femme et nigérienne, c'est important pour moi de développer des sujets tabous autour de la violence, des droits des femmes, des conditions de vie précaires mais aussi de l'éducation ou de la santé ou encore du choix du mariage ou de la contraception ; chez nous, l'avortement est interdit et il y a encore beaucoup de femmes qui commettent des infanticides. »

Autant de sujets que Zara aime faire résonner avec les luttes des autres femmes dans le monde. « On a des cultures différentes mais quand une voix se lève c'est qu'il y a des raisons pour cela - dit-elle évoquant les combats féministes occidentaux – je ne trouve rien de dérisoire ; si on se sent mal dans son corps, dans son âme ou dans la société, çà vaut toujours le coup de réagir ! »

Geneviève ROY

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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