Derrière un nom qu'on pourrait croire breton, Aroéven , se cache tout simplement un sigle : Associations Régionales des Œuvres Educatives et de Vacances de l'Education Nationale. Un mouvement fondé voilà plus de soixante ans par quelques enseignants d'établissements professionnels soucieux de proposer des vacances à leurs élèves les moins favorisés.

Emancipée du ministère, les Aroéven s'imposent aujourd'hui dans le champ socio-éducatif en intervenant notamment dans les établissements scolaires, la formation des professionnels et toujours auprès des jeunes en formation BAFA ou lors des vacances. En Bretagne, chaque année près de 1000 jeunes et enfants de 6 à 19 ans partent en séjours en France ou à l'étranger avec cette association.

Depuis près d'un an, un groupe de l'Aroéven Bretagne réfléchit à la manière d'introduire dans les outils pédagogiques de l'association la notion de genre. Une volonté de faire évoluer non seulement les pratiques mais toute une culture.

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Cinq questions à Geoffrey Vigour, coordinateur de projets, et Alexis Auffret, responsable de la communication de l'Aroéven Bretagne

Qu'est-ce que l'Aroéven ?

Association d'éducation populaire, l'Aroéven Bretagne est une entité régionale dont le siège est basé à Rennes, rattachée à une fédération nationale. Il existe une Aroéven dans chaque académie, mais chacune travaille en toute autonomie, avec de fortes identités régionales. Le mouvement a été fondé par des enseignants ; en Bretagne, c'était en 1952. Aujourd'hui, nous sommes huit salarié-es et une trentaine de bénévoles. Nos première actions historiques sont les séjours de vacances ; en effet, les enseignants à l'origine des Aroéven étaient partis du constat que leurs élèves n'avaient pas les moyens de partir en vacances. Et ils s'étaient demandé : qu'est-ce qu'on pourrait faire avec nos gamins cet été ? Ceux qui avaient des internats ont commencé à s'appeler pour faire des échanges ; les Auvergnats venaient ici et les Bretons allaient en Auvergne. Et puis petit à petit ça s'est développé et la Bretagne a été une des premières régions actives.
La deuxième action historique des Aroéven c'est tout le champ de l'éducation formelle en milieu scolaire puisqu'on est une association complémentaire de l'école publique ; on intervient dans des actions de médiation, de gestion de conflit dans les établissements scolaires, ou encore à l'ESPE avec les futurs CPE. Et puis, bien sûr, nous assurons aussi les formations BAFA.
Le ministère de l'Education Nationale et les Aroéven sont restés très liés. Tout ce qui touche à l'éducation demeure très présent dans notre culture et notre travail au quotidien. Nous sommes aussi à l'origine des Maisons des Lycéens.

Qu'est-ce que le projet XYZ auquel vous réfléchissez aujourd'hui ?

Dans nos valeurs, nous disons que c'est en partant de l'individu que nous voulons construire la société. A l'occasion d'un travail où nous nous interrogions sur de nouvelles thématiques à faire évoluer dans nos projets pédagogiques à destination des adolescents, ont émergées assez vite les questions de genre. On a fait le constat qu'on ne traitait pas du tout ça dans nos orientations pédagogiques, ni en tant qu'association ni dans nos équipes éducatives. Et que nous n'avions aucune expertise sur cette thématique. Bien sûr, il y a des choses qui sont faites, mais ce n'est pas pensé, ce n'est pas organisé ; les équipes éducatives qui partent en séjour n'ont aucun outil pour ça. Donc, nous avons décidé de creuser cette piste. De l'idée très générale du genre, nous avons affiné notre travail pour cibler plus précisément les discriminations sexistes auxquelles sont confrontés les jeunes dans leur environnement : au collège, dans les activités périscolaires, dans nos séjours, etc. Et nous sommes partis enquêter sur ce qui existe déjà.

Quelles ont été les étapes de votre travail jusqu'à maintenant ?

Nous avons cherché à rencontrer assez vite différents acteurs issus de différentes sphères éducatives mais aussi de la sphère militante. Nous nous sommes rendu compte de la richesse des acteurs rennais en rencontrant des personnes ressources ou des associations ressources, plus compétent-e-s sur ces questions-là, comme le CGLBT de Villejean, Questions d'Egalité ou Liberté Couleurs ou encore la médiatrice culturelle du festival des Bouillants. Mais aussi les institutionnel-le-s de la ville de Rennes ou du Rectorat. Petit à petit nous nous sommes enrichis en partageant des supports, des lectures, en débattant entre nous etc. Et est venue l'idée de créer des outils et des formations pour les encadrants jeunesse.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous ne voulons pas réinventer ce qui existe déjà mais nous en inspirer pour l'adapter à nos réalités éducatives. Nous souhaitons mettre en place des partenariats au niveau local mais aussi plus largement. Nous avons lancé un appel à participation au niveau européen dans différents réseaux. Nous terminons la phase de prises de contacts. Certains travaillent déjà sur cette thématique-là, sont déjà investis, ont déjà de la matière ; d'autres sont comme nous, en phase de réflexion. Notre objectif est de créer un groupe de travail de cinq ou six partenaires et de proposer à l'automne prochain une première rencontre pour construire un programme d'amélioration de pratiques soit à travers la formation soit à travers des outils ou du partage d'expériences.

Qu'est-ce qui peut changer le plus rapidement dans vos pratiques?

Pour nous, l'idée reste bien que l'association évolue à travers ça, donc avec des changements de pratiques pour ses acteurs principaux même si ça doit prendre du temps, parce que c'est tout un changement de culture. Nous voudrions aussi arriver à des échanges de volontaires, des échanges de jeunes, pour investir aussi ce public cible. Il n'est pas au cœur des premières réflexions mais il faut qu'il soit aussi au cœur du projet,
Il y a aussi toute la façon dont on présente les choses ; nous avons réécrit le projet avec une écriture épicène, c'est un petit exemple mais si nous arrivons à faire ça dans l'ensemble de nos publications ça change aussi une culture ! Nous allons passer par la base pour faire remonter les choses, c'est comme ça que nous fonctionnons ici ! Sans doute que l'été prochain, des expériences seront menées par quelques équipes volontaires dans nos séjours de vacances sur la façon de vivre l'égalité dans la vie quotidienne ou les activités proposées, suivies sûrement d'applications dans nos futures formations BAFA fin 2016.

Propos recueillis par Geneviève ROY

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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