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Rennes a été une des premières villes de France à s'en doter. C'était, au début des années 2000, une idée fortement défendue par le maire de l'époque, Edmond Hervé.

Aujourd'hui, le Bureau des Temps est connu de tous et son efficacité n'est plus à remettre en cause.

C'est Katja Krüger, adjointe à la petite enfance, qui en a la délégation après Jocelyne Bougeard, en charge des droits des femmes jusqu'en 2014.

Et ce n'est pas un hasard car quand on parle de temps on parle aussi d'inégalités et en particulier entre les femmes et les hommes !

 

 Il n'y en a pas encore partout même si de nombreuses villes et quelques départements en sont pourvu-e-s. A Rennes, le Bureau des Temps existe depuis 2002. Il fut créé par l'ancien député-maire Edmond Hervé, auteur d'un rapport parlementaire sur la question des temps de la ville. « Au début, on nous disait, notamment dans les médias : c'est un gadget – se souvient Katja Krügeraujourd'hui on sait que c'est très utile ! » Pour elle, ce service est à la fois « concret voire terre à terre » et revêtu d'une « dimension philosophique ». Il permet de régler des problèmes quotidiens et de se poser les bonnes questions sur la politique de la ville.

Surtout, insiste l'élue rennaise, « c'est un levier pour lutter contre les inégalités. Quand on a de l'argent, on peut "s'acheter du temps" – dit-elle – c'est-à-dire choisir son logement en fonction de son lieu de travail, embaucher quelqu'un pour les tâches ménagères par exemple et donc avoir du temps pour soi. Quand on a moins d'argent, on subit le temps ! »

« Ce n'est plus par magie que les bureaux sont propres »

La première mesure concrète prise par le Bureau des Temps à Rennes est tout à fait parlante. Constatant que les employé-e-s chargé-e-s de l'entretien des bureaux des services municipaux étaient à 90% des femmes et qu'elles subissaient des horaires décalés et morcelés inadaptés à une vie de famille harmonieuse, le BDT a proposé un réaménagement de leurs horaires.

Depuis 2005, ces employé-e-s travaillent aux mêmes heures que les autres salarié-e-s de la ville et du coup note Katja Krüger « ce n'est plus par magie que les bureaux sont propres ; on voit que ce sont des gens qui les nettoient ! »

BDT1Une mesure qu'elle juge « très efficace » et qui a non seulement permis d'augmenter la productivité mais aussi de réduire le turn-over des employé-e-s à l'entretien qui ont pu ainsi obtenir des emplois à temps plein sur des horaires compatibles avec la garde de leurs enfants notamment. Dans la foulée, la Fédération des Agences d'Entretien du bassin d'emploi rennais a signé une charte s'engageant à réaménager ses horaires de travail.

Cette question du temps au cœur des politiques de la ville est d'ailleurs née en Italie dans les années 70/80 lorsque les femmes sont arrivées en nombre sur le marché du travail. « En tant que femmes on cumule les inégalités » insiste Katja Krüger qui rappelle qu'aujourd'hui encore près de 75% des tâches ménagères reposent sur elles et que les familles monoparentales sont très majoritairement composées des mères et de leurs enfants. Née du constat des inégalités entre les femmes et les hommes, la réflexion autour du temps s'est élargie aujourd'hui à toutes les inégalités sociales.

« On a fait le choix d'ouvrir le dimanche des bibliothèques plutôt que des commerces »

Dernièrement, le Bureau des Temps de Rennes a largement participé aux actions Rennes 2030 visant à construire la ville de demain. « C'est à nous de faire le nécessaire par exemple pour rendre la ville " marchable" - dit Katja Krüger – c'est-à-dire faire une ville où l'on peut marcher pas seulement pour se balader mais dans la vie quotidienne, rendre accessibles tous les services de premières nécessités ». Il faut, dit-elle encore, se poser les bonnes questions : est-ce qu'on veut une ville ouverte 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 ? A Rennes, explique-t-elle « on a fait le choix d'ouvrir le dimanche plutôt les bibliothèques que les commerces et de permettre aux gens de se rencontrer autour d'événements culturels ! »

Pour elle, réfléchir sur le temps de la ville, c'est répondre à « un besoin actuel de ralentir » mais aussi prendre en compte des besoins spécifiques. Et cette notion rejoint sa seconde délégation : la petite enfance.

Aujourd'hui, à Rennes, certaines crèches proposent des horaires élargis, de 6h à 21h 30. « Est-ce qu'on ne passe pas un peu à côté des besoins de l'enfant ? » se demande Katja Krüger qui précise que « finalement, il y a très peu d'enfants tôt le matin et tard le soir ». Avec le Bureau des Temps, elle veut prendre un peu de distance pour construire une ville « apaisée ».

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Le Bureau des Temps de Rennes Métropole organise régulièrement des conférences en partenariat avec les Champs Libres dans le cadre des « Jeudis du temps ».

Katja Krüger est aussi présidente du réseau Tempo Territorial, association nationale qui regroupe tous les Bureaux des Temps (Lyon, Lille, Montepellier, Dijon, Paris, Poitiers, etc.) et se réjouit de l'intérêt toujours renouvelé que suscite cette question au sein des collectivités territoriales.

 

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