C'est l'heure du confinement aussi au CIDFF 35. Pourtant, pas question de suspendre l'activité. C'est donc, chacune à son domicile que les conseillères et juristes du centre d'information des femmes et des familles d'Ille-et-Vilaine poursuivent leur travail.

« On continue à faire nos accompagnements à distance par téléphone et par mail ; on a dû arrêter tout ce qui est collectif et on est en télétravail » résume Solenn Degabriel, la directrice.

Et depuis quelques semaines, si le téléphone sonne un peu moins souvent qu'avant, les appels concernent le plus souvent des violences conjugales.

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Trop tôt pour donner des chiffres. En revanche, comme le craignaient de nombreuses associations, Solenn Degabriel le constate : les violences conjugales se sont inévitablement invitées dans les foyers confinés. « Dans les appels que l'on reçoit, la part des violences a augmenté » dit-elle, tenant à préciser aussitôt : « on n'a pas plus d'appels que d'habitude, beaucoup de choses sont en stand-by notamment les divorces puisqu'on ne peut plus déposer de requêtes au tribunal, mais parmi les appels qu'on reçoit la part concernant les violences est plus importante ».

Durant ce temps de confinement, le CIDFF 35, comme les autres centres de France, poursuit son travail d'accompagnement dans tous les domaines habituels : droits de la famille, emploi, formation, veuvage, etc. Si les groupes de parole ont dû être suspendus, les informations et autre accompagnement téléphonique restent en place. Et tient à rappeler la directrice rennaise, « on répond rapidement pour mettre en lien les personnes avec notamment des juristes ».

Parmi les appels reçus, le CIDFF recense des personnes qui bénéficient déjà d'un suivi et de nouvelles victimes, mais semble-t-il pas de nouvelles violences. « Les violences dont on a connaissance – explique la directrice – ne sont pas déclenchées par le confinement. Ce sont plutôt des cas de violences préexistantes qui s'aggravent ». En jeu bien sûr, le temps plus long passé ensemble mais aussi les « outils de gestion du stress » qui disparaissent : faire du sport, parler aux collègues de travail, voir des amis, se ménager des temps de solitude... toutes ces « béquilles habituelles ». « Ils n'ont plus leur soupape et les violences deviennent plus fréquentes ou plus graves » analyse Solenn Degabriel.

Appeler sans attendre l'urgence et penser aux enfants

afficheCIDF« Il faut envoyer un message rassurant aux victimes – dit-elle encore – tous les dispositifs existants perdurent. Il est toujours possible d'entrer dans un logement d'urgence ou d'avoir des nuitées d'hôtel, l'accompagnement social s'il n'existe pas encore peut se mettre en place, la gendarmerie et la police continuent à intervenir aux domiciles. » Pour elle, dès le début du confinement, « ça a été une priorité de penser aux victimes de violences conjugales et tous les services territoriaux (département ou région) se sont complètement investis. Les tribunaux ont une moindre activité mais priorité est donnée au traitement de ces violences ; il est toujours possible de porter plainte et il y a des comparutions immédiates et des évictions de conjoints violents du domicile familial ».

Dans l'ensemble, Solenn Degabriel se dit « toujours inquiète » mais plutôt satisfaite des mesures spéciales annoncées par le gouvernement. « Se faire connaître dans les pharmacies, c'est une bonne idée – reconnaît-elle – mais bien sûr, la communication se fait pour tout le monde. Les victimes peuvent entendre mais les auteurs de violences aussi savent que le code d'alerte c'est "masque 19" et peut-être qu'il arrivera un moment où les victimes n'auront plus du tout le droit de sortir ».

Enfin, la responsable du CIDFF de Rennes souhaite que les femmes n'attendent pas l'urgence pour chercher du secours. « Il ne faut pas qu'elles aient l'impression qu'elles ne peuvent appeler qu'en cas d'urgence et que d'autres victimes en ont plus besoin qu'elles – insiste-t-elle – elles ont besoin d'échanger, de connaître leurs droits. Nous appeler c'est un premier contact et ensuite, après le confinement, nous pourrons envisager un suivi si elles le souhaitent. Cet échange téléphonique nous permet aussi de les alerter sur les conséquences pour leurs enfants ; durant cette période ils entendent et voient plus de choses que d'habitude, ce sont des co-victimes et nous nous préoccupons aussi de savoir s'ils sont en sécurité ».

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : autour du collectif Nous Toutes 35, 18 associations, syndicats et partis politiques rennais-es appellent Nathalie Appéré, maire de Rennes, à prendre "des mesures et des moyens pour les femmes et enfants victimes de violences et pour le droit au logement pour tous·tes" ; voir le clip : ici

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