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Dans les manifestations agricoles, elles portent des foulards noirs pour attirer l'attention sur les conditions de vie difficiles des agriculteurs et de leurs familles.

Elles sont quatre à l'initiative de ce groupe - « les Foulards Noirs » - qui fit l'objet d'un documentaire télévisé, toutes les quatre originaires du Calvados.

L'une d'elles, Ludivine Le Monnier, est l'invitée mardi de l'association Agriculture au Féminin à Plérin pour la journée départementale des Côtes d'Armor.

 

 

Depuis quelques années la vie de Ludivine Le Monnier a été bousculée. Cette épouse d'agriculteur du Calvados, responsable du rayon décoration d'un magasin de bricolage, a créé une association (2015), écrit un livre avec son mari (2017), participé au tournage d'un documentaire (2018), enchaîné les manifestations... A l'occasion de la journée annuelle d'Agriculture au Féminin 22, elle sera le 18 septembre présente à Plérin pour partager son parcours avec les agricultrices des Côtes d'Armor.

Elles ont voulu « essayer autre chose »

« On a été les premières surprises » raconte-t-elle avec simplicité, évoquant le succès des Foulards Noirs. A l'origine de cette association, quatre femmes, Ludivine femme d'agriculteurs et trois amies, Astrid, Charlène et Stéphanie, agricultrices elles-mêmes. Leurs histoires font l'objet d'un documentaire, « Les Champs de la colère » diffusé sur France 5 en janvier et aujourd'hui disponible en DVD.

Les quatre jeunes femmes se revendiquent « apolitiques, asyndiquées et pacifiques ». Féministes ? Pas forcément, elles ne se posent pas vraiment la question ; mais « femmes indépendantes » oui ! « Quand on parle du malaise agricole, on voit quoi ? - s'interroge Ludivine – on voit des hommes qui manifestent avec leurs gros tracteurs parce que leur métier manque de considération, mais on oublie les répercussions sur la vie de famille et la vie de couple ! »

foulards1Avec les Foulards Noirs, Ludivine et ses amies ont voulu « essayer autre chose ». Et elles ont réussi au-delà de leurs espérances. Même Catherine Deneuve a été de l'aventure ! Parce que l'actrice avait dédié son Prix Lumière aux agriculteurs en 2016, les jeunes Normandes lui ont écrit pour la remercier et on reçu le meilleur des accueils lors d'un rendez-vous à Paris.

« On s'attendait à un temps assez court ; ça a duré deux heures et demi et elle a été très ouverte et très concernée » se souvient Ludivine qui retient surtout de cette expérience les « belles rencontres ». Catherine Deneuve propose même de prêter sa voix pour le commentaire du film alors en préparation.

Elles ont osé « dire ce qui se passe derrière le rideau »

« Au niveau politique, je crois que c'est très compliqué parce qu'on est entendues mais on n'est pas écoutées » analyse Ludivine. Mais, la jeune femme se réjouit d'avoir « touché la population française ». « Notre principale cible – dit-elle encore – c'étaient les gens dans la rue, devant leur télévision et je crois qu'on a réussi à modifier l'image des agriculteurs ! Les gens ont pris conscience que l'agriculture ce n'est pas que des gars qui ronchonnent et jettent du fumier sur les routes, mais qu'il y a des hommes, des familles, et surtout beaucoup de détresse ! »

Et Ludivine pense qu'être femmes leur a permis d'être mieux écoutées. Dans ce métier encore largement masculin, « que des femmes osent ouvrir les portes de chez elles et dire ce qui se passe derrière le rideau » a permis estime-t-elle de faire bouger les représentations en faveur de leur cause.

foulardslivreAujourd'hui, nos quatre Normandes rêvent d'un mouvement plus large se développant sur le territoire national. Mais pour ça, il faut du temps, et elles en ont peu entre le travail (à la ferme ou ailleurs), la maison, les enfants... « C'est compliqué, il faudrait dégager du temps et on n'en a pas » regrette Ludivine. En attendant, elles portent la parole de toutes les autres. « Merci d'être là pour parler à ma place » leur écrit notamment Elodie, une éleveuse de chèvres, sur leur page facebook.

Dans les manifestations, elles portent des foulards noirs. Des foulards « comme ceux que nos grands-mères se mettaient sur les cheveux pour aller traire » explique la jeune femme, et noirs « pour le deuil ». Malgré cette marque extérieure de tristesse, ces femmes n'ont rien de sombre dans le discours ; elles seraient plutôt dynamiques, déterminées. A leur place, donc, dans cette journée départementale d'Agriculture au Féminin élaborée pour aider les agricultrices à « prendre de la hauteur ».

Autour du thème de la communication bienveillante, les organisatrices ont pensé un programme qui permette de « prendre conscience de ses émotions, de libérer la parole et de prendre de la hauteur face aux difficultés afin de ne pas s'isoler » dans les moments difficiles. Tout à fait l'esprit des Foulards Noirs !

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Journée d'Agriculture au Féminin 22 le 18 septembre à Plérin sur la Communication bienveillante avec Jean-Luc Sauge, formateur à la régulation non violente des conflits

Un livre « Le jour où on a vendu nos vaches » de Ludivine et Christophe Le Monnier avec Bérengère Lepetit – éditions Flammarion (2017)

Un documentaire : « Les Champs de la colère » de Anne Gintzburger

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