Après « l'avortement de confort », le frottis de luxe ? Pour nombre de femmes d'Ille-et-Vilaine s'offrir un dépistage du cancer du col de l'utérus génère désormais une dépense.

Depuis que le laboratoire en charge de la majorité des analyses a décidé d'augmenter ses prestations sans pour autant que les remboursements soient modifiés.

Un passage en secteur 2 autorisé par la Sécurité Sociale et dénoncé par le collectif l'Utéruse – soutenu par Osez le Féminisme 35 - qui appelle toutes les personnes concernées – patientes mais aussi professionnel-le-s de la santé – à se mobiliser contre cette décision du laboratoire.

Ou à changer de laboratoire...

 

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En Ille-et-Vilaine, le laboratoire Atalante Pathologie analyse la quasi totalité des frottis permettant le dépistage du cancer du col de l'utérus. Un dépistage qu'il est recommandé de faire tous les trois ans pour toutes les femmes de 25 à 65 ans. Depuis le 1er février, et pour la première fois en Bretagne, certaines de ces femmes ont reçu une facture de 23€ pour cette analyse alors qu'elles ne seront remboursées qu'à hauteur de 15€ 40.

logoLa raison de cette différence est simple : le laboratoire a décidé d'augmenter ses tarifs. Autrement dit, dans la nomenclature de la Sécurité Sociale, il est passé en secteur 2 ce qui lui permet le dépassement d'honoraires. Un changement bien évidemment autorisé par l'organisme payeur puisqu'il nécessite la signature d'une nouvelle convention entre les deux parties.

« Des frottis pour les nanties, des cancers pour les précaires »

Voilà quelques semaines déjà que le collectif l'Utéruse a pris les choses en main. « Nous sommes un collectif de femmes » répètent celles qui ne tiennent pas à se nommer individuellement, des patientes ayant dû s'acquitter des frais d'un frottis ou simplement interpellées par des proches du monde la santé. C'est devant les locaux de la Sécurité Sociale qu'elles abordaient les passant-e-s ce jeudi 27 avril à l'heure du déjeuner. « C'est important que les femmes soient informées – disent-elles – et qu'elles aient des éléments pour argumenter face aux professionnel-le-s. »

Une information qui s'accompagne d'une invitation à boycotter le laboratoire Atalante Pathologie. « D'autres structures existent qui ne pratiquent pas le dépassement d'honoraires » défend le collectif qui insiste sur le fait que chaque patiente peut interpeller son médecin, gynécologue ou sage-femme. De son côté, l'Utéruse a déjà adressé un courrier à tous-toutes ces acteurs et actrices du monde de la santé afin d'obtenir leur soutien.

utruse2« La santé des femmes est en danger » rappelle le collectif dans ses tracts et ses actions de terrain. Si un plan national de lutte contre le cancer a été adopté pour la période 2014/2019, les gynécologues alertaient déjà voilà quelques mois sur la mauvaise prise en charge du cancer du col de l'utérus, dénonçant un retard considérable de la France dans ce domaine. On sait par ailleurs que nombre de femmes ont difficilement accès aux services de santé pour des questions socio-économiques. Les slogans de l'Utéruse sont sans ambiguïté ; « Des frottis pour les nanties, des cancers pour les précaires » peut-on y lire ou encore « nos ovaires avant leurs honoraires ».

Le collectif croit savoir que d'autres situations semblables ont déjà été relevées notamment à Caen et à Nantes sans grandes réactions semble-t-il. L'Utéruse espère que ses actions montreront la voie et considère qu'il n'est pas inutile de reprendre la résolution du Conseil National de la Résistance, fondateur de la Sécurité Sociale en 1945 : « chacun donne selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. »

Geneviève ROY

 

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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