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Dans ce « paysage désolant » du monde de la culture par temps de covid, l'Imprimerie Nocturne à Rennes se console avec notamment le beau succès du salon des éditeurs locaux Shifumi organisé en partenariat avec les éditions Goater au sein de la Rennaise d'édition voilà quelques jours.

Autre sujet de réjouissance, la parution d'une petite publication engagée, réalisée par et sur des femmes.

Marie Karedwen, une des autrices, revient sur F comme Fièr.e.s et Féministes qui dresse un panorama de femmes inspirantes (nées entre 1797 pour la plus ancienne et 1995 pour la plus jeune) et donne quelques références pour réviser ou développer ses connaissances en matière de féminisme. « Entre exploration et vulgarisation ».

Interview de Marie Karedwen, coordinatrice du projet

Comment est né le projet « F comme... » ?

Il y a quelques années, l'Imprimerie Nocturne avait fait une exposition à l'Hôtel Pasteur à partir d'un alphabet en guise de panorama culturel. Fin 2019, lorsque nous avons décidé de mettre fin à la parution de La Revue, nous avons eu envie de reprendre ce travail pour le remanier. Nous devions participer au festival A La Marge consacré au féminisme, programmé en mars et annulé pour cause de confinement. Dans cette perspective on a travaillé sur une version exposition et une version papier à partir de la lettre F, F comme Fièr.e.s et Féministes !

Quels étaient vos objectifs ?

On ne voulait pas faire quelque chose de déjà vu mais on n'est pas non plus des spécialistes de ces questions. Donc on a choisi l'entre-deux : à la fois un peu de recherche et la poursuite de ce qu'on faisait déjà pour La Revue c'est-à-dire de la création artistique avec illustrations et photos.

S'agit-il de la même équipe ?

Principalement trois personnes qui travaillaient déjà pour La Revue ont réalisé cette publication. Alice Bertrand a fait toute la BD sur le female gaze et le mythe de la Méduse. Isabelle Giboni a illustré certains portraits que j'ai rédigés à partir de recherches que nous avons faites toutes les deux, j'en ai illustré d'autres ; cette section a été faite à quatre mains... Ensuite, il y a eu quelques coups de pouce notamment de Karine Baudot et d'une amie animatrice aux CEMEA qui a bien voulu ouvrir sa bibliothèque pour la sélection des livres jeunesse. Je me suis chargée personnellement de toute la partie musique et des photos.

Fieres2On trouve des mini portraits d'une trentaine de femmes et de quelques collectifs ; comment les avez-vous choisi-es ?

Ça a été très difficile de sélectionner. Au début, on a tout bêtement jeté sur le papier les noms de celles qu'on connaissait déjà, genre « quand on dit féminisme, à qui on pense ? » Des noms sont venus assez facilement : Simone Veil, Gisèle Halimi, Louise Michel... Mais on ne voulait pas non plus présenter que des femmes militantes qui nous inspiraient, qu'on avait envie de dessiner. Alors, on a fait un éventail thématique par exemple la question du corps, les femmes racisées ; la musique, la littérature... On voulait aussi évoquer la question du voile, les pays du Maghreb... Enfin, des noms nous ont été suggérés et j'ai moi-même découvert des femmes que je connaissais pas comme par exemple Alice Milliat dans le domaine du sport. De même on n'a pas voulu se limiter dans le temps. Des combats de femmes des 19ème ou 20ème siècles peuvent faire écho à des choses très actuelles. Ça permet d'aborder un sujet et d'y agréger des éléments d'informations contemporains.

A qui s'adresse cette publication et où peut-on la trouver ?

J'espère qu'elle s'adresse à tout le monde ! Si on connaît déjà la question on peut prendre plaisir à y retrouver des choses connues et en découvrir de nouvelles, peut-être ; si on n'y connaît rien ça se veut un mille-feuille d'exploration. Nous y avons mis de nombreuses références de livres, films, des citations, des slogans, différentes ressources... F comme Fièr.e.s est vendu en ligne sur notre site Internet et à Rennes on le trouve à la Librairie La Nuit des Temps, à l'Etabli des Mots, la nouvelle librairie du Blosne, et au café librairie le Papier Timbré ainsi qu'à l'Atelier Bonjoure. On a limité le premier tirage pour voir comment s'était reçu ; prochainement nous ferons un deuxième tirage et de nouveaux points de vente seront identifiés sur notre site.

Et c'est aussi une exposition donc ?

Nous souhaitions décliner une partie des illustrations et du contenu de cette publication sous forme d'exposition avec les originaux des dessins, des tirages grand format de certaines pages mais aussi avec toute une animation pour accompagner, des jeux, des lectures de textes, etc. Nous pouvons nous adapter à toute demande de festival ou de cycles de conférences par exemple. L'idée c'est de faire une sorte de va-et-vient entre les deux supports.

Fieres3D'autres numéros suivront-ils ? Avez-vous déjà commencé l'exploration d'une nouvelle lettre de l'alphabet ?

Oui, pour le printemps nous préparons R comme Répressions. Encore un sujet engagé ! Mais le but du jeu ne sera pas de faire tout l'alphabet sur des sujets engagés ; on aimerait bien travailler aussi sur L comme Livres par exemple...

Et l'avenir de l'Imprimerie Nocturne ?

Comme pour tout le monde, 2020 c'est un peu compliqué ! On est moins nombreux-ses et on continue à alimenter le site avec des articles, des interviews d'artistes, etc. ; on veut continuer aussi à s'impliquer sur des sujets qui nous tiennent à cœur comme ce projet d'alphabet sans avoir la pression d'une deadline ; on ne refera pas de périodique, c'est sûr ! En ce moment, l'univers du spectacle vivant, des concerts, c'est très compliqué. Ça fait des années que je suis cette actualité, ce n'est pas évident de se retrouver confrontée à ce cauchemar éveillé avec une répétition permanente des mots « annulation » ou « report ». J'ai un peu l'impression que la rentrée n'a toujours pas eu lieu depuis le confinement ; c'est un paysage un peu désolantet je pense évidemment à tous les artistes et structures que j'ai pu rencontrer ces dernières années !

Propos recueillis par Geneviève ROY

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