Dans le cadre des journées des droits des femmes, l'association Al Houda organisait le 16 mars à Rennes une soirée sur ce que vivent les femmes de la région Est de RDC.

Marie-Léonie Kingansi, pour l'association ACB, a retracé les grandes lignes du pillage en règle de cette région riche en matières premières, notamment le fameux coltan. Pour mieux s'approprier ces richesses tant convoitées par les multinationales occidentales, des groupes armés déciment la population des villages s'attaquant d'abord aux femmes et utilisant le viol comme arme de guerre.

 

SoireRDC

 

L'association VUDO a présenté les différentes actions qu'elle met en place en faveur de ces femmes et des enfants souvent issus des viols ; les unes et les autres étant rejetés par le reste de la population locale.

 

Avec l'appui des forces armées venues du Rwanda voisin et de quelques groupes rebelles locaux, sous le regard - au mieux indifférent, au pire bienveillant - des forces de l'ONU, plus de quatre-vingts grands groupes industriels, notamment belges et anglo-saxons, s'attribuent les richesses de la République Démocratique du Congo et détruisent les populations locales.

Au premier rang des victimes : les femmes, violées, mutilées, transformées en esclaves sexuelles. On estime le chiffre à une quarantaine de femmes victimes chaque jour depuis de nombreuses années. Chiffre qui inclue toute population féminine quel que soit son âge, des plus jeunes (parfois des bébés) aux plus âgées.

Des associations, notamment en Bretagne, se sont regroupées au sein du collectif de soutien à l'appel des femmes du Kivu pour la paix. Certaines interviennent concrètement sur place pour apporter leur aide aux victimes. Isabelle Lema est elle-même originaire de cette région. Fille d'un chef de village, elle a créé l'association VUDO dans son village natal. Elle témoigne.

« Je suis la fondatrice de l'association VUDO, volontaires unis pour la dignité des opprimés, qui a commencé au sud Kivu en 2010. Je suis allée là-bas pour voir ce qui se passait et je me suis rendue compte qu'il n'y avait plus personne dans le village. C'était une population qui vivait de l'agriculture et de l'élevage, mais tout avait disparu ! C'était le chaos !

VUDOJ'ai quand même retrouvé des gens auxquels j'ai demandé des nouvelles de toutes les femmes que je connaissais et on me disait : elle a été violée, elle a été lapidée par sa famille ou par son mari. Parce que chez nous quand une femme est violée, c'est comme si elle avait la lèpre ! Plus personne ne veut l'approcher et tout le monde se moque. Donc, ce sont des femmes qui se cachent.

Ce village est situé à 65 kilomètres de la ville de Bukavu et il y a eu souvent des affrontements de Maï-Maï qui descendaient pour piller, incendier des maisons, violer les femmes de tous âges ; ils incendiaient même les écoles et tout ce qui est nécessaire dans le village. La population a fui pour aller en ville et quand la population a fui, ce sont les rebelles qui ont occupé le village.

J'ai fini par rencontrer quelques femmes avec qui j'ai grandi qui avaient été aussi violées et qui se cachaient. J'ai eu de la compassion pour elle et j'ai décidé avec ce groupe de commencer quelque chose. On a mis VUDO en place pour aider ces femmes et leur permettre de réintégrer la société. »

Soigner, alphabétiser, financer

« Dans les viols, il y a toujours des enfants. Mais on ne voulait pas simplement s'occuper de ces enfants-là parce que même à l'école on les écarte, on les critique et ils ne sont pas à l'aise avec les autres. C'est pourquoi on accueille ensemble tous les enfants, les orphelins et ceux qui sont nés des viols. VUDO prend en charge trente de ces enfants.

Quand les femmes sont violées, elles sont complètement détruites et elles doivent être soignées. L'hôpital où travaille le docteur Denis Mukwege se situe à 65 kilomètres du village ; alors VUDO les aide à se rendre dans cet hôpital.

Nous sommes une toute petite association, mais dans notre centre qui se trouve à côté de la forêt, on nous amène régulièrement des femmes ou des adolescentes rescapées. On les prend en charge mais des fois c'est difficile parce qu'elles sont très nombreuses. Un jour, on nous a amené soixante-dix femmes en même temps ! Certaines allaient tellement mal qu'on ne pouvait même pas les faire transporter à l'hôpital. Parce que si les soins sont gratuits, il faut quand même payer le voyage et les transports sont difficiles ; il n'y a pas de route et il faut trouver des motos ou des voitures et parfois on doit garder les femmes une ou deux semaines à notre centre avant de pouvoir les acheminer en ville.

Quand elles ont été soignées, on commence d'abord par leur apprendre à lire et à écrire parce que la plupart n'ont pas eu la chance d'aller à l'école. Or, une femme alphabétisée peut plus facilement se défendre ; quand elles savent lire et écrire, elles peuvent dénoncer ce qui se passe. On a commencé par l'alphabétisation des femmes les plus vieilles parce qu'après ce sont elles qui éduquent ; les plus jeunes peuvent apprendre avec leurs mamans.

Ensuite, on cherche comment leur permettre de réintégrer la société et notamment grâce à des micro-crédits. Chacune achète ce qu'elle veut pour faire du commerce. »

Propos recueillis par Geneviève ROY

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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