La pièce avait été créée en 2015 dans le Finistère. Les 14 et 15 mars prochain, Mélanie Giotto et la compagnie Paritito présentent Privezioù Publik à Rennes.

L'action se déroule dans les toilettes publiques d'une galerie marchande. Drôle d'endroit pour parler des femmes et des violences qu'elles subissent.

Mais ça marche ; les temps de débats proposés après chaque représentation montrent qu'il existe « un besoin et une envie très forte » d'aborder ces questions.

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Depuis qu'elle nous avait présenté sa pièce, alors à l'étape des premières lectures publiques, en mai 2015, Mélanie Giotto reconnaît que le projet a un peu changé. « On continue – dit-elle – à améliorer le spectacle en fonction des réactions du public ». L'objectif, lui, reste le même : « faire émerger les paroles sur les violences faites aux femmes » parce que la comédienne/auteure estime que malgré un réel « besoin » d'en parler « la culture reste assez pauvre » sur ce sujet y compris quand il s'agit « d'aider une personne proche » elle-même victime.

Des spectateurs qui ont du mal à se quitter

Le spectacle, donc, se déroule en deux temps. A l'issue de la représentation théâtrale, les cinq comédiennes remontent sur scène pour échanger avec le public. « C'est toujours un moment très étonnant parce qu'ils n'ont pas tous vu la même pièce ! – s'amuse Mélanie Giotto – Ce n'est pas une pièce militante qui dit ce qu'il faut penser ». Du coup, chaque spectateur a sa propre vision ; « certains ont vu une pièce drôle et assez légère, d'autres ont vu des rapports de pouvoir assez terribles ! » Mais dans tous les cas, les comédiennes apprécient de « pouvoir mettre ensemble dans une ambiance chouette des gens très différents pour discuter de ce qu'ils ont vu et de ce qu'ils n'ont pas vu ! »

Et chaque fois, la sauce prend. « Les gens repartent avec beaucoup de questions ! - dit encore Mélanie Giotto – on a du mal à les faire quitter le théâtre parce que même s'ils ne se connaissent pas, ils ont envie de se parler après ! »

La jeune femme est ravie de voir ainsi le public s'emparer de son texte. Comme elle se réjouit de l'édition récente de Privezioù Publik aux éditions Goater. « Il est important que le texte puisse être accessible à d'autres, je ne voulais pas que ça se perde parce que le théâtre c'est volatile ! – dit-elle – Si on a de la chance, on peut tourner une quinzaine de fois avec une pièce et puis après, elle n'est plus là ». Et Mélanie Giotto tient à ce que ce collectage de témoignages de « plein de femmes », poursuive son chemin, même sans elle. Une façon, estime-t-elle, de « redonner ce que d'autres m'ont donné en me laissant les écouter ! »

Une pièce drôle, féministe et ... bilingue !

Et puis, la jeune femme se dit « fière » d'entamer ainsi une nouvelle collection féministe chez l'éditeur rennais. « C'est le genre de projets dont beaucoup de gens ont besoin – assure-t-elle – quand on parle breton, quand on vit en breton, on peut être un peu encombrés des fois par une certaine idée des traditions. Ça fait toujours du bien dans une culture minorisée d'avoir accès à des choses qui trimbalent un peu plus d'oxygène ».

Car, en effet, avec un titre pareil, Privezioù Publik se joue partiellement en langue bretonne. Un choix artistique qui pour ses créatrices ne doit pas rebuter un public de langue française. Le spectacle est surtitré et nous dit on « de façon à ce qu'on ne passe pas son temps à essayer de lire pour comprendre ». La pièce vise en réalité deux types de public, ceux et celles qui y verront « une pièce féministe et drôle » et celles et ceux qui en diront que c'est « une pièce bilingue et jeune ! »

A Rennes, au mois de mars, Mélanie Giotto et sa troupe entendent bien réunir ces deux publics qui ne se croisent pas forcément d'habitude. Parce que la question des violences faites aux femmes dépasse largement les limites d'une langue.

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :
Privezioù Publik (Toilettes Publiques) pièce de Mélanie Giotto jouée par la compagnie Paritito ; prochaines représentations au théâtre de Guingamp le 10 mars à 20h et à Rennes les 14 et 15 mars à 20h au 4bis, Cours des Alliés.

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