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C'est LE sujet du moment. De plus en plus émergent des questionnements sur la (les) parentalité(s). En effet, lorsque l'on devient maman, on se rend compte que les inégalités entre les femmes et les hommes s'accentuent. Et pour les trentenaires concernées, c'est l'heure d'en parler !

Pour la première fois depuis son avènement, le féminisme s'empare de cette thématique où tout reste à explorer.

Lorsque Amandine et ses copines ont fondé voilà quelques années Parents & Féministes elles étaient précurseures. Aujourd'hui, l'association est présente dans plusieurs villes et s'apprête à vivre à Rennes son premier rendez-vous public.

 

 

Questions à Amandine Hancewicz, présidente et co-fondatrice de Parents & Féministes

Comment est née votre association ?

L'origine de Parents & Féministes c'est la souffrance des mères en post-partum. Souvent, en devenant mères, les femmes se rendent compte de façon inattendue et violente de toutes les injonctions qui pèsent sur elles et des inégalités provoquées par l'organisation actuelle de la parentalité. C'est ce que j'ai vécu ainsi que quelques autres femmes de région parisienne où j'habitais à l'époque avec lesquelles nous avons décidé de nous regrouper en association pour mettre ces questions-là dans le débat public. Parce qu'on n'est pas sur des problématiques individuelles, mais sur des problématiques sociales qui jusque-là on été vécues dans l'individualité. Même les jeunes mères qui ont grandi dans un relatif sentiment d'égalité acceptable se rendent compte au moment de la parentalité que finalement les rôles sociaux sont toujours très forts. De plus, c'est un angle mort du féminisme ; en tout cas il y a quatre ans, quand on a commencé à se rencontrer et à réfléchir, ce n'était pas encore posé dans le débat militant.

Quels sont vos objectifs ?

On sait qu'il y a un pic d'inégalités au moment de l'arrivée d'un enfant dans un couple. Notre idée est de mettre dans le débat public les conditions actuelles de la parentalité, de demander un congé pour l'autre parent qui soit aligné sur celui du parent qui accouche et par ricochet on espère plus d'égalité dans la sphère professionnelle.
On met en place des groupes de parole pour les mères isolées en post-partum, pour les pères aussi et pour les parents ensemble. Nous voulons être sur le terrain dans des moments de la vie où on est souvent isolées et vulnérables, on veut rompre l'isolement et faire réfléchir aux rôles parentaux. Ensuite on souhaite proposer des rencontres thématiques pour problématiser ces sujets et décoller des situations individuelles. Enfin, on veut avoir une action de plaidoyer, de sensibilisation des médias et des politiques, notamment sur le congé du second parent. On se trouve dans plusieurs villes. A Paris, on a un lieu depuis peu à la Cité Audacieuse ; à Rennes, on cherche un lieu qui permette la confidentialité des échanges.

C'est une question qu'on commence à entendre beaucoup ; il y a des choses qui bougent notamment en Bretagne où se prépare le festival Very Bad Mother...

C'est intéressant parce que quand on regarde l'histoire du féminisme et des luttes féministes, on comprend que c'était finalement notre génération qui allait mettre les questions de la maternité et de la parentalité dans le débat féministe et dans le débat politique. Ce n'est pas étonnant que ce soient les trentenaires qui disent : « ça suffit de souffrir en silence ; ce n'est pas acceptable ! La société telle qu'elle est construite nous met en difficulté et on veut construire autre chose ! » Dans les années 70, il y avait un combat tellement important, tellement vital, pour disposer de son corps et avoir droit à la contraception et à l'avortement que la maternité était considérée comme complètement choisie. Pour les féministes, à partir du moment où on choisissait d'être mère, ça passait dans le domaine privé, ce n'était plus un sujet, ce n'était pas encore l'heure. C'est l'heure aujourd'hui !

Même si on est féministe avant d'être mère, on se laisse surprendre par ce qui arrive à la naissance de l'enfant ?

Complètement, c'était tellement absent des débats publics ! On vit ça avec un sentiment de violence, de trahison, de colère. Effectivement, on a été surprises ! J'ai plein de témoignages de femmes qui disent qu'elles sont devenues féministes en devenant mères. Moi, je suis professionnelle de l'éducation à l'égalité depuis quinze ans, je suis féministe depuis un peu plus de quinze ans et malgré tout j'ai été complètement surprise. On se rend compte avec la parentalité à quel point en tant que femmes ou en tant qu'hommes on a été élevés de façon distincte et opposée, les femmes à l'intérieur et les hommes à l'extérieur, et là, c'est d'une violence pour les couples ! Et surtout pour les mères, parce que c'est elles quand même qui ont le plus à perdre ; et on ne s'y attendait pas !

Et les pères trentenaires, qu'en disent-ils ?

Ça bouge aussi mais moins vite ! On est une association mixte, on a des pères avec nous qui se rendent compte de l'impact pour leurs conjointes et qui sont en train de travailler sur une pétition pour demander l'allongement du congé de paternité avec des arguments féministes. On est vigilant-es aux beaux discours sur « les droits des pères à profiter de ». En fait, on ne veut pas prendre la question tout de suite sous cet angle-là parce qu'elle ne se pose pas comme ça pour les femmes et c'est assez injuste ; on ne parle pas du droit des mères à profiter de leur maternité. On est plus sur le partage et sur les devoirs même s'il y a aussi des droits à passer de bons moments en famille.

Le 21 mars à Rennes, vous proposez votre premier événement public...

Oui, dans le cadre de la programmation du mois de mars, nous invitons Titiou Lecoq pour parler de l'arrivée d'un enfant et de ce que ça implique, de tout ce que ça vient modifier dans la vie de couple, dans la vie de famille, le partage des tâches et tous les impacts pour les femmes. Et on aura une invitée surprise qui a développé un outil très concret pour travailler sur le partage des tâches.

Propos recueillis par Geneviève ROY

Pour aller plus loin :
Féminisme et famille : une alliance (im)possible ? Le samedi 21 mars à 16h 30 à la Maison Internationale de Rennes

Retrouver l'association sur son site et sa page facebook

ATTENTION - Suite aux mesures prises pour enrayer l'épidémie de Covid 19 à compter du 12 mars, la conférence du 21 mars a été annulée

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