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Avec sa voix douce et posée et son look bon chic bon genre dont elle se moque avec beaucoup d'humour, Florence Montreynaud bouscule, malgré elle, les préjugés sur les militantes féministes. « Je suis née comme ça, mais à l'intérieur, je suis une révolutionnaire ! » dit-elle.

C'est en effet une militante acharnée, membre et/ou fondatrice d'associations et de collectifs aussi actifs que le MLF, les Chiennes de Garde ou la Meute.

Autant d'expériences qu'elle raconte dans son dernier livre « Chaque matin, je me lève pour changer le monde ».

Après quarante ans de défense des droits des femmes, elle a choisi depuis quelques années de « s'occuper des hommes ». Pas n'importe lesquels.

Dernièrement à Rennes, Florence Montreynaud est venue présenter son action du moment : le réseau Zéromacho.

 

« Il y en a marre de présenter les hommes comme des brutes avinées ! Les hommes sont des femmes comme les autres ; ils ont des émotions et de la sensibilité ! » Voilà le nouveau credo de Florence Montreynaud : être la voix de ces hommes, une grande majorité en réalité qui refusent la prostitution et dont on ne parle jamais.

Pendant vingt ans, Florence Montreynaud a travaillé sur le sujet de la prostitution et milité pour son abolition en France. Un sujet difficile qui l'atteint personnellement ; « franchement -avoue-t-elle – c'est parfois à désespérer de l'humanité ! » Alors, elle décide d'aborder la question sous un autre angle. « Un jour -dit-elle – j'ai eu une illumination ; je me suis dit : les hommes qui paient pour ça sont loin d'être majoritaires ! Et ce jour-là ma vie a changé ! »

En effet, on estime qu'en France, les clients de la prostitution ne représentent qu'entre 5 et 10% de la population masculine. Comme de plus en plus souvent les courants abolitionnistes, Florence Montreynaud emploie un autre mot : « prostitueur ». « Je considère – explique-t-elle – que désigner cette action par le même mot que pour aller s'acheter du chocolat ou des chaussures, c'est avaliser une conception complètement commerciale et uniquement marchande de la prostitution qui est pour moi un système de violence, où il y a toujours une des deux qui ne désire pas. Les hommes n'achètent pas un acte sexuel, mais un moment de domination ! »

« Je croyais que tous les hommes l'avaient fait ou pouvaient le faire... »

Montreynaud2Le calcul est vite fait, si ceux qui paient sont moins de 10%, plus de 90% des hommes ne sont pas « prostitueurs ». Pourtant, ce sont les autres qu'on entend et qu'on voit dans tous les médias constate Florence Montreynaud ; ce sont les 19 signataires du manifeste « Touche pas à ma pute » et Philippe Caubère en tête qui ont tribune ouverte dans les émissions de télévision et dans la presse quand le débat sur l'abolition arrive à l'Assemblée Nationale !

A ce moment-là, la jeune association Zéromacho reçoit de nombreux témoignages d'hommes disant : je ne me reconnais pas dans cette image de l'homme. « Grâce à eux, Zéromacho a doublé ses effectifs ! » s'amuse aujourd'hui Florence Montreyanud qui regrette aussi que ces hommes, pourtant largement majoritaires ne prennent pas davantage la parole. Le réseau Zéromacho leur propose de signer un manifeste et d'être leur voix.

Depuis plusieurs années, Florence Montreynaud voyage dans toute l'Europe pour collecter des témoignages qui alimenteront son prochain livre sur ces hommes qui disent « non ».

« Je croyais – dit-elle encore – que tous les hommes avaient fait ou pouvaient faire ou en tout cas se réservaient la possibilité de... et puis, j'ai découvert que ce n'était pas le cas. » Même si pour la chercheuse les raisons principales invoquées ne sont pas à proprement parler de « bonnes » raisons c'est-à-dire des raisons « nobles ». Celle qui revient tout le temps, c'est : la peur des maladies ! Suivie de près par : la peur qu'on leur vole leur porte-feuille et la peur que leur femme l'apprenne. Un tableau peu glorieux, certes, mais que Florence Montreynaud nuance par des raisons plus éthiques également, notamment celles de ces hommes qui imaginent que la jeune personne prostituée pourrait être leur fille !

« Tu es un homme, tu peux payer pour ça »

Dans son combat, Florence Montreynaud, bien sûr, n'oublie pas les femmes, qui auraient tout intérêt également à voir disparaître cette violence, la dernière dit-elle qui reste impunie par la loi. Parce que dit-elle « la prostitution en France est un des droits de l'homme et dans la mesure où existe la prostitution toute les femmes peuvent être des prostituées ! »

livreFMDepuis vingt ans, Florence Montreynaud voyage beaucoup et notamment observe les évolutions en Suède et en Allemagne, deux pays d'Europe totalement opposés dans leur façon d'aborder la prostitution. « En Suède – explique-t-elle – les garçons grandissent en sachant qu'on n'achète pas le corps d'un autre être humain alors qu'en Allemagne, la fille de quatorze ans qui est là sera peut-être apprentie au bordel dans deux ans ; c'est une mentalité complètement différente ! »

Florence Montreynaud a constaté que c'est à l'âge de l'adolescence, que les garçons se font leur image de la prostitution quand ils sont confrontés à cette évidence : tu es un homme, tu peux payer pour ça. Dans les établissements scolaires, elle va à la rencontre de ces ados et c'est avec les hommes de Zéromacho qu'elle réfléchit à des outils pédagogiques. « Quand je leur demande : que diriez-vous à des jeunes garçons pour les dissuader de payer pour ça ? Ils me disent des choses auxquelles je n'aurais jamais pensé, comme par exemple : tu seras un mauvais amant, trop rapide, pas assez attentif à l'autre et tes partenaires seront déçu-es. J'essaie d'être leur voix. »

Fin mars, le Sénat devrait enfin se pencher sur une loi de lutte contre le système prostitutionnel, validée par l'Assemblée Nationale en 2013. Florence Montreynaud raconte qu'avec les hommes du réseau Zéromacho, elle s'amuse régulièrement à imaginer une société sans prostitution. « Je trouve ça fascinant comme ça libère l'imagination – dit-elle – La plupart des hommes disent : l'argent n'aura pas la même place ; les relations entre les sexes seront différentes. » Comme un parfum d'égalité !

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Le réseau Zéromacho fondé en 2011, est présent dans 55 pays et est membre du collectif français Abolition 2012. La charte signée par les membres du réseau est disponible sur le site. Zéromacho est aussi présent sur facebook.

Florence Montreynaud sera l'invitée des Champs Libres à Rennes le dimanche 29 mars à 16h pour un débat sur le sexisme dans la publicité suite à la projection du film "Femmes, objets de pub" - réservation conseillée au 02 23 40 66 00

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.