S'il fallait définir le théâtre de Marine Bachelot, c'est le mot « militant » qui viendrait à l'esprit. Pour cette féministe impossible d'écrire ou de mettre en scène en faisant abstraction de ses convictions.

« Mon expérience militante, les réunions tous les quinze jours puis les soirées où des amPhotoMB 2itiés ont commencé à se développer, tout ça a rapidement contaminé mon travail » explique-t-elle, se souvenant de cette marche de nuit dans les rues de Rennes, un soir d'octobre 2007 où elle a vraiment pris conscience que les femmes devaient encore se battre au quotidien pour occuper leur place dans la société.

« Pendant dix ans – dit-elle encore – j'ai fait des recherches sur le théâtre d'intervention et j'ai toujours voulu faire du théâtre politique, engagé. Il y a donc eu une rencontre entre mon théâtre et mon engagement militant. Le féminisme est aujourd'hui un des axes principaux de mon travail. »

Ses lectures des théoriciennes du féminisme mais aussi l'actualité et l'histoire impulsent et nourrissent son écriture. D'abord à partir de lectures-débats de manifestes féministes, aujourd'hui avec des pièces qu'elle écrit et met en scène, elle a permis à tout un public non seulement de se poser des questions sur la place de la femme dans la société mais aussi de s'interroger sur sa propre place. « Dans le débat qui suit les spectacles – raconte la jeune femme – on voit des hommes qui prennent la parole pour dire : « j'ai pris conscience que je suis à tous points de vue du côté des dominants mais qu'est-ce que je peux faire maintenant ? » Moi, je ne suis pas là pour apporter des solutions mais pour susciter les discussions. »

Ainsi en 2009 pour son spectacle déambulatoire « Histoire de femmes et de lessives » qui retrace l'histoire d'une institution de rééducation pour jeunes filles, elle a libéré la parole des anciennes pensionnaires, celles qu'elle a rencontrées pour écrire la pièce mais aussi les autres venues nombreuses aux représentations.

Au fil des autres spectacles – « La femme, ce continent noir » en 2010, « A la racine » en 2011 ou encore « La place du chien » en 2012 – Marine continue à s'attaquer au patriarcat, « ennemi du féminisme » et aux violences de toute sorte qui découlent pour elle d'un même système de domination. Elle revendique de pouvoir le faire parfois avec humour comme lorsqu'elle imagine l'improbable rencontre de Jésus, Angela Davis, Shérazade, Eve et Freud.

Au sein du collectif rennais Lumière d'Août, elle a su apporter une nouvelle façon d'envisager la création. «Le féminisme devient – dit-elle – un matériau commun de réflexion même si ce n'est pas sans heurt. Chacun doit faire son cheminement à son rythme, parfois les discussions partent en vrille. Mais les choses les plus radicales, quand elles sont intégrées dans un spectacle, ça passe mieux. »

Autre expérience en marge des spectacles, Marine a prêté son concours à un travail réalisé par une compagnie de danse – Danse à tous les étages – auprès de femmes éloignées du monde du travail. Leurs fragilités psychologiques, leurs relations difficiles avec des conjoints parfois violents ont été réinvesties dans un spectacle qui a conduit certaines à des actes décisifs dans leur vie personnelle.

« Le théâtre militant – conclut Marine Bachelot – a aussi cette fonction de se réchauffer, de trouver ensemble une nouvelle énergie ». Une utilité sociale en quelque sorte que la jeune femme revendique pleinement, heureuse dit-elle « de se sentir utile » dans ce combat.

 

Geneviève ROY

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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