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« Ce qui m'anime – dit-elle – c'est d'allumer des envies, des lumières, des curiosités autour du livre. » Le livre, les livres, c'est en effet tout l'univers d'Anaïs Billaud.

Chaque matin, la jeune femme prend le train à Saint-Brieuc pour se rendre travailler à Rennes et retour le soir. A chaque voyage, c'est cinquante minutes que cette Bretonne d'adoption peut consacrer à la lecture.

Comme si elle était déjà un peu dans son bureau de directrice artistique du Festival Rue des Livres. Cet événement annuel, avant d'être un lieu de littérature « avec un grand L » est, pour elle, « une fête du livre ! »

 

A entendre l'enthousiasme d'Anaïs Billaud pour l'objet livre, on comprend vite qu'elle est parfaitement à sa place dans sa fonction professionnelle. « Le livre, c'est plein de choses à la fois – dit-elle – c'est une porte ouverte pour découvrir le monde, mais c'est aussi un baume. C'est important parfois de retrouver dans un livre quelque chose qui nous est réellement arrivé. Mais le plus important, c'est d'abord le plaisir de la lecture ; lire, c'est tout simplement passer un bon moment ! »

Un parcours bien tracé

La jeune femme le reconnaît, elle ne possède pas de tablette et n'envisage pas prochainement de « passer le cap ». Pourtant, à titre professionnel, elle s'intéresse vivement aux apports des nouvelles technologies au monde du livre et de l'édition. « On aimerait faire une place au support numérique dans le Festival, on y pense - avoue-t-elle – ça pourrait être un moyen pour amener à la lecture des enfants qui en sont un peu éloignés par exemple. Il y a une dimension ludique, interactive. Ce qui compte ce n'est pas vraiment le support mais plutôt l'accompagnement. En tout cas, je ne crie pas du tout à la mort du livre ; je pense qu'il y a une complémentarité. » Un peu comme le balai et l'aspirateur, s'amuse-t-elle.

affiche2015Des femmes en responsabilité dans le monde de la culture, ce n'est pas si fréquent. Pour Anaïs, « ça s'est fait assez spontanément ». Après des études en Histoire de l'Art et un Master en édition, elle intègre les éditions Apogée à Rennes. Un poste polyvalent dans une maison de taille réduite qui lui permet du cumuler les expériences : relecture, correction, mise en page, lien avec les auteurs mais aussi avec les libraires et les journalistes. Une bonne formation pour ce qui l'attend.

Parallèlement, elle s'engage bénévolement dans le domaine de l'événementiel. Le Festival Rue des Livres arrive dit-elle « à point nommé dans [son] parcours. » Ce qui lui semble intéressant « c'est la créativité dont il faut faire preuve pour inventer à chaque édition quelque chose d'original qui correspond aux attentes du public tout en le surprenant. »

Un festival convivial marqué par son histoire

Cet événement qui a vu le jour modestement à la Maison de Quartier de Maurepas a vite suscité l'engouement du public rennais. Aujourd'hui, Anaïs partage sa passion avec les deux autres salariées mais surtout les nombreux et nombreuses bénévoles qui permette la préparation et la réalisation du Festival Rue des Livres. « On a à cœur – dit-elle – que les habitants du quartier continuent à être présents. Maurepas, c'est un ancrage auquel on tient ! Ça donne une dimension conviviale et chaleureuse au festival et les auteurs nous en parlent toujours ; ils apprécient. Ce n'est pas un événement formaté. »

billaud2Pour la « littérature avec un grand L » Anaïs pense que d'autres lieux de l'agglomération sont mieux adaptés, comme les Champs Libres par exemple. Ce qu'elle veut défendre c'est « une fête du livre » ouverte très largement y compris aux détenus des deux centres pénitentiaires de Rennes mais aussi aux écoles du quartier de Maurepas où chaque année quelque mille élèves d'une douzaine d'établissements peuvent dialoguer avec de écrivain-e-s. Sans oublier l'accessibilité aux personnes sourdes ou mal et non-voyantes. « C'est un peu notre ADN » estime Anaïs.

Un univers de femmes ou presque

L'équipe de salariées du festival est à « 100% féminine » et ce n'est pas un choix. Mais, analyse la jeune directrice artistique « en littérature, les femmes ne sont pas seulement du côté des lecteurs. Le monde de l'édition est largement féminisé même si comme pour beaucoup d'autres domaines, les postes les plus importants sont occupés par des hommes. »

Les questions féministes, Anaïs reconnaît s'y intéresser de plus en plus. « Le fait d'être arrivée à ce poste où beaucoup de mes interlocuteurs sont quand même plutôt des hommes, et plutôt âgés aussi, me fait réfléchir » dit-elle. Avec elle, l'équipe du festival est vigilante à une bonne répartition des auteurs et auteures invité-e-s et se pose même la question de la « féminisation de certains mots ».

Elle dit ne pas avoir « d'engagement à proprement parlé » mais s'insurge quand elle voit des rayons séparés pour les filles et les garçons dans les librairies. « Ça me chagrine toujours un peu – dit-elle sobrement – parce que non seulement on oriente les petites filles mais ça veut aussi dire que les garçons qui pourraient s'intéresser à certaines choses sont forcément regarder de travers. »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : le prochain Festival Rue des Livres se déroulera à Rennes les 12 et 13 mars prochain avec pour thème « Histoire(s) d'en rire ». Un concours de nouvelles est organisé en amont.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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