Aujourd'hui les femmes représentent moins d'un tiers des entrepreneur-e-s dans le secteur de l'économie sociale et solidaire (ESS) alors qu'elles constituent les deux tiers des effectifs salariés.

Forts de ce constat l'association EMPOW-HER et le Mouvement des Entrepreneurs Sociaux (MOUVES) ont décidé de favoriser une plus grande présence des femmes dans l'ESS.

En alliant leurs compétences et en s'associant à des structures d'accompagnement en région - Entreprendre au Féminin pour la Bretagne - ils créent Caravelle un programme à destination des porteuses de projets.

Trois régions sont concernées par le recrutement de la première promotion ouvert jusqu'au 9 juillet.

 

caravelle

 

Choisir l'ESS, c'est vouloir participer au changement de l'économie et plus largement de la société. C'est aussi rejoindre un secteur en pleine expansion ; depuis une quinzaine d'années, l'emploi y a progressé de 24% contre 4,5% pour le secteur privé hors ESS. Pourtant, comme ailleurs, les femmes peinent à y trouver leur place. En plus des freins habituels, une enquête de EMPOW-HER a révélé « qu'elles souffrent d'un fort sentiment de manque de légitimité » dans ce secteur.

Le programme Caravelle a trois objectifs : révéler le leadership des femmes à travers des temps de développement personnel ; créer une communauté dans un secteur d'activité où l'importance des réseaux n'est plus à démontrer ; et motiver plus de femmes à se lancer dans cette aventure en montrant des modèles positifs. « On a pris le pari – expliquent les animatrices du projet lors d'une rencontre de présentation à Rennes – de s'intéresser d'abord à la posture entrepreneuriale et au leadership car c'est pour nous la clef de la réussite d'un projet. » Qu'importe donc le projet lui-même ou son état d'avancement ; toutes les initiatives sont les bienvenues. Et il reste encore quelques semaines pour s'inscrire.

« J'ai quitté le salariat pour développer un projet socialement utile »

Au total, sur les trois régions concernées – la Bretagne, la Nouvelle Aquitaine et l'Ile de France - ce sont donc 25 femmes qui constitueront dès la rentrée la première promotion de Caravelle. A travers un programme individualisé sous forme d'un mentorat mais aussi de séminaires de travail collectifs ou encore de rencontres mensuelles thématiques en région, elles auront six mois pour faire avancer leur envie de création.

marinabouchet« On peut créer même si le modèle économique n'est pas complètement arrêté » ; par son témoignage, Marina Bouchet, co-fondatrice de Rosalie Life a voulu rassurer les futures entrepreneures présentes. « Il y a deux ans – a-t-elle expliqué – j'ai quitté le monde du salariat pour entreprendre et développer un projet qui soit socialement utile mais aussi ambitieux. J'avais envie de me frotter aux banquiers, de lever des fonds, d'avoir une équipe ; je n'ai jamais imaginer entreprendre seule ! »

Aujourd'hui, sa société – co-fondée à Brest avec Cécile Huchet – développe une application web de partage de services ou de savoirs et de projets collaboratifs. Bien qu'intergénérationnelle, l'entreprise vise en particulier les seniors. « Le projet est né de l'accompagnement de mes propres parents vieillissants – témoigne Marina Bouchet – Je suis convaincue que c'est en partageant qu'on vivra mieux, en meilleure santé ; si on veut bien vieillir, il faut être bien entouré-e-s ! »

« C'est important d'avoir un équipier à la maison »

Comme Laure Haezebrouck, créatrice de l'espace de coworking rennais, le Loft, qui hébergeait la rencontre, Marina Bouchet ne cache rien des difficultés d'une femme qui veut devenir cheffe d'entreprise. « Après les banques, mon deuxième frein a été ma vie de famille » explique la première, mère de deux jeunes enfants.

« Pour entreprendre – dit la seconde en écho – il faut savoir s'entourer aussi bien professionnellement que personnellement. Mon couple est égalitaire et je pense que c'est vraiment important d'avoir un équipier à la maison ! » Pour elle, la question de l'égalité au sein du couple n'est pas suffisamment abordée par les porteuses de projets ; « pourtant, c'est primordial pour que les mentalités évoluent ».

fondatriceloftQuand on est porteuse d'un projet entrepreneurial, « on doute tout le temps » confie encore Marina Bouchet. Le projet Caravelle entend justement répondre à cette question en permettant aux femmes de former une communauté. « Les réseaux sont un levier de réussite » selon les concepteurs.

« Le pari est gagnant ; je réussi à en vivre » dit la créatrice du Loft. « On a un an d'existence et on est désormais quatre » renchérit la directrice de Rosalie Life. Des modèles positifs comme souhaite en montrer le projet Caravelle qui peuvent permettre à d'autres femmes de se rêver un avenir d'entrepreneures !

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 9 juillet ; plus d'infos sur le site de Caravelle ou sur celui d'Entreprendre Au Féminin Bretagne

Photos : n°1 : Soirée de présentation à Rennes au Loft le 7 juin ; n°2 : Marina Bouchet ; n°3 : Laure Haezebrouck

Powered by CoalaWeb

 

On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.