Lorentxa3Lorentxa Guimon aurait dû quitter la prison des femmes de Rennes le 17 décembre 2015. Et personne n'en aurait entendu parler.

Prisonnière politique basque, elle a purgé une peine suffisante pour avoir droit à la libération conditionnelle qui lui a été octroyée. Mais, comme il le fait systématiquement pour ce type de détenu-e-s, le Parquet a fait appel ; et la nouvelle décision est en attente jusqu'au 25 février.

Or, la jeune femme souffre d'une maladie très grave et malgré les recommandations du tribunal, elle n'a pas accès aux soins nécessaires.

Une forte mobilisation de soutien se met en place et une manifestation aura lieu à Rennes le 20 février. Pour Gaël Roblin, du comité de soutien breton, la mobilisation devrait ce jour-là être massive. Il attend plusieurs cars de militant-e-s basques mais insiste aussi sur l'élargissement du soutien qui dépasse les milieux politiques traditionnels. « Le courant de sympathie potentiel est très fort » analyse-t-il soulignant que « l'aspect humanitaire de cette situation parle à beaucoup de gens.»

Depuis 2012, l'organisation basque ETA a déposé les armes et a entamé un processus de paix unilatéral invitant ceux et celles qui défendent l'indépendance ou l'autonomie du Pays Basque à s'investir dans le champ politique. En échange, au Nord (en France) comme au Sud (en Espagne) on en attend des avancées démocratiques. Le message envoyé par la Justice française qui refuse à Lorentxa Guimon sa libération conditionnelle ne peut qu'être très mal perçu. « S'ils veulent en faire un symbole, ils vont y arriver » estime Gaël Roblin du comité de soutien breton qui rappelle la capacité de mobilisation des Basques et notamment des autres prisonniers et prisonnières politiques.

 

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A Rennes, un comité de soutien a rapidement trouvé des appuis

parmi les élu-e-s mais aussi la population

 

Pas d'autre condamnation, pas de récidive à craindre

Dans les rang d'ETA, Lorentxa Guimon ne fait pas figure d'exception. L'organisation se définit comme féministe et les femmes y sont nombreuses y compris dans les instances décisionnelles. La jeune femme, âgée aujourd'hui de 44 ans, est citoyenne française et n'a aucune autre peine de prison à effectuer en Espagne. Condamnée à vingt ans de prison en 2003, elle est aujourd'hui libérable puisqu'elle a fait plus de la moitié de sa peine. En outre, elle a une famille (mère, frère, sœur) vivant près d'Anglet et une fille de treize ans scolarisée dans un collège du Pays Basque Nord. Par ailleurs, son organisation ayant déposé les armes depuis plusieurs années, la suspicion de récidive ne semble pas recevable. Elle souffre de la maladie de Crohn, grave atteinte du système digestif, maladie incurable et qui nécessite un suivi médical intensif peu compatible avec la détention.

Autant d'éléments qui laissent pantois devant la décision du parquet de faire appel de la mise en liberté conditionnelle. « C'est une forme d'acharnement politique – juge Gaël Roblin – Le temps des armes, pour elle, est révolu. Et son organisation ne va pas la faire évader puisqu'elle a déposé les armes ! Sa remise en liberté ne serait pas une concession idéologique insurmontable pour la Justice française ! »

 

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Le Pays Basque mobilisé pour tous ses prisonniers et prisonnières

est un soutien important pour Lorentxa Guimon(manifestation du 9 janvier dernier)

 

Pour cause d'état d'urgence

Si Lorentxa Guimon a été jugée apte à quitter sa détention, ce n'est pas seulement parce que la loi l'y autorise. C'est d'abord son état de santé qui a tranché. Le tribunal a en effet jugé qu'il y avait urgence à la soumettre à des soins hospitaliers. « Etre malade en milieu carcéral, c'est compliqué et de notoriété publique la situation des femmes est encore plus difficile – explique Gaël Roblin – Cette maladie est très dure pour tous les malades. La différence pour Lorentxa c'est que la nuit, elle est enfermée dans sa cellule et qu'elle ne peut pas ouvrir la porte pour se rendre à l'infirmerie ! »

Quant aux soins de jour à l'hôpital de Rennes ? Sa position de DPS – détenue particulièrement signalée – fait qu'elle ne peut quitter l'enceinte de la prison sans une escorte composée des hommes du RAID ou du GIPN. Actuellement, ils ne peuvent tout simplement pas l'accompagner parce qu'ils sont surchargés ! Pour cause d'état d'urgence en France, Lorentxa Guimon, gravement malade, ne peut avoir accès aux soins que l'administration pénitentiaire se doit de lui procurer. « Et s'il y a un cas aussi délirant, il doit y avoir beaucoup d'autres détenu-e-s bien moins connu-e-s et pour lesquel- le-s personne ne se mobilise » s'indigne Gaël Roblin.

Pour le militant breton cette situation est dommageable non seulement pour Lorentxa et ses proches mais pour toute la société Basque qui avait fait le pari de la paix. Alors, comme les autres membres du comité de soutien, il compte sur « le courant de sympathie potentiel très fort » que dégage la prisonnière basque.

Une cause qui émeut largement

Fin janvier au Pays Basque défilaient 9000 personnes dans les rues de Bayonne et 70 000 dans celles de Bilbao en soutien à tous les prisonniers et prisonnières politiques des deux côtés des Pyrénées. L'occasion de mettre dans la lumière la situation de Lorentxa. Au même moment, à Rennes, plusieurs organisations (la Gauche Indépendantiste, Alternative Libertaire, Sud Etudiant-e-s, les Jeunes Ecologistes) commençaient à alerter les médias et à recueillir des signatures d'élu-e-s municipaux ou régionaux (UDB, Front de Gauche, EELV, NPA, PS) Une mobilisation très large qui dépasse les clivages habituels.

La situation de trêve au Pays Basque rend plus facile les prises de position de personnes qui n'auraient pas souhaité en d'autres temps être liées d'une façon ou d'une autre à ETA. A Saint-Jean de Luz, le personnel enseignant et non enseignant du collège a appelé à manifester pour soutenir la mère de leur élève. Et même les copines de collège de l'adolescente se sont mobilisées. Depuis quelques jours, différents courriers sont parvenus aux membres du gouvernement, notamment Christiane Taubira ou Manuel Valls. A Rennes, les syndicats hospitaliers ne cachent pas leur indignation.

Confiant, Gaël Roblin pense que la cause est « gagnable » et qu'on peut espérer « une issue heureuse ». « Heureuse, mais complètement normale » rappelle-t-il. Car, il aurait suffi simplement d'appliquer la loi pour que Lorentxa Guimon quitte la prison des femmes de Rennes le 17 décembre et passe Noël en famille. Et personne n'en aurait entendu parler !

Geneviève ROY

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