« Pourquoi les garçons peuvent-ils se mettre en jogging au lycée et pourquoi pas nous ? » s'interroge Héloïse, élève du lycée Marcelin Berthelot de Questembert (56).

A partir de cette remarque, c'est toute sa classe de 1ère ES, accompagnée par Benjamin Vautrin, professeur de sciences économiques et sociales, qui décide de prendre le problème en main.

Résultat : une enquête menée au sein de l'établissement, la rédaction d'un article et la participation au concours organisé par le CLEMI et plusieurs médias sur les stéréotypes sexistes.

Sur les huit prix décernés par ce jury de poids, trois ont été attribués à des élèves Bretons dont le premier prix dans la catégorie lycée pour Héloïse et sa classe !

 

dessinconcours

 

 Pour la quatrième année, le CLEMI (centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information) organisait avec TV5 Monde, le magazine Causette et le site les Nouvelles News, un concours pour les scolaires destiné à déconstruire les stéréotypes sexistes. Sur les 117 participant-e-s, huit classes et/ou élèves seul-e-s ou en groupe viennent d'être récompensé-e-s soit pour leurs articles soit pour leurs dessins de presse.

Pour la région Bretagne (au sens large), saluons le premier prix dessin, catégorie collège attribué à Nora Senhaji-Rhazi en classe de 5ème au collège Victor Hugo de Nantes pour "c'est ça être une fille?" [dessin en début d'article - ndlr] et la mention spéciale catégorie lycée obtenue par Théo Morineau, Samuel Durin et Baptiste Scancar en classe de seconde au lycée Jean Guéhenno de Fougères pour leur article sur le sexisme dans la BD.

« Une notion abordée en cours dans le programme »

Du côté de Questembert, c'est toute une classe de 1ère ES qui se réjouit de ce prix tombé au meilleur moment : en pleine semaine contre le sexisme organisée au sein de l'établissement. « Du coup – s'amuse le prof, Benjamin Vautrin – on a fait une intervention au lycée pour faire prendre conscience aux élèves qu'il y a des sexistes parmi nous puisque c'est grâce à eux qu'on a pu faire l'article ! »

QuestembertQuand il parle de sa classe, Benjamin Vautrin a tendance à dire « elles au pluriel ». En effet, il s'agit « d'une configuration un peu particulière avec sur vingt-quatre élèves, seulement deux garçons. » « Les élèves étaient déjà sensibilisé-e-s – insiste l'enseignant – puisque c'est une notion qu'on aborde en cours dans le cadre du programme de SES. » Informé du concours du CLEMI, il décide donc de leur proposer de participer. Après un « remue-méninge » collectif, il faut choisir le sujet ; « tout le monde a vraiment apporté des idées ; on avait de la matière pour une dizaine d'articles. »

Néanmoins, c'est la réflexion d'Héloïse qui est retenue. « Un jour, je suis venue en jogging au lycée – a-t-elle expliqué à ses camarades – et je me suis pris des remarques toute la journée ; je ne trouve pas ça normal. Pourquoi les garçons peuvent-ils se mettre en jogging au lycée et pas nous ? » A partir de là, les élèves ont imaginé une enquête sociologique de terrain. A tour de rôle, chaque jour deux filles ont accepté de jouer les « cobayes » en venant aux cours en jogging et ont testé les réactions qu'elles produisaient tandis que les autres élèves essayaient également de noter les remarques faites, souvent dans leur dos. Et les garçons se sont aussi prêtés au jeu, enfilant eux-mêmes leurs joggings pour constater que ça ne suscitait aucun commentaire.

« T'as oublié d'enlever ton pyjama ? »

« T'es en jogging, toi ? C'est pour les mecs ! » Dure loi que celle du code vestimentaire notamment à l'âge adolescent ! Et principalement, bien sûr, quand on est une fille ! C'est la conclusion des élèves après deux semaines d'enquête de terrain. Et c'est le cœur de l'article « Filles en jogging, à quoi ça rime ? » écrit par trois d'entre elles, Esther, Lisa et Leïla, et dans lequel elles ne manquent pas de constater que souvent les filles ont été plus dures dans leurs réflexions que les garçons.

Manonjogging« Les garçons avaient tendance à se moquer ouvertement, souvent sur un ton humoristique – résume le professeur – les filles le faisaient de manière plus détournée et plus jugeante. » Ce que l'enseignant explique à ses élèves avec une notion de sociologie pour « faire le lien avec le cours ». C'est dit-il « ce qu'on appelle le contrôle social. Plus on est proche de quelqu'un, plus on lui ressemble, plus on va être sévère dans le jugement parce que cette personne nous renvoie une image de nous-mêmes. »

Au « t'as oublié d'enlever ton pyjama » direct des garçons, s'oppose l'aparté des filles : « c'est quoi cette mode ? » L'article relève tout de même des critiques masculines moins subtiles du genre : « aucune meuf peut se mettre en jogging sauf des moches ! »

« Boxer les stéréotypes hors du ring »

L'article primé sera publié dans un prochain numéro du magazine Causette et est déjà en ligne sur les différents sites des médias participants et du CLEMI. Grâce à la semaine contre le sexisme organisée au lycée de Questembert par une professeure d'espagnol et le conseil de la vie lycéenne, les autres élèves en ont également entendu parler.

Pourtant, la plupart des élèves de 1ère ES pensent que « ça ne changera rien ». Et Benjamin Vautrin lui-même leur confirme que « ça prend du temps de changer les mentalités » mais rappelle tout de même aux filles que si elles sont victimes de clichés, il leur arrive aussi d'en produire.

Louise, elle, veut croire que « ça va changer » parce que dit-elle : « c'est un article qui a été fait par des élèves, qu'on a le même âge et qu'on est dans le même lycée donc, que ça doit faire réagir. » Quant à Héloïse, elle continue à penser que les filles doivent « venir comme elles veulent, en robe, en pantalon ou en jogging » et « qu'elles ne sont pas obligées d'être coquettes ! » « Il faut vaincre ça ! » dit-elle avec conviction.

Comme le dit la conclusion de l'article des lycéen-ne-s : « Il faut être armée d'une bonne dose de courage pour boxer les stéréotypes hors du ring quand on veut être une fille qui s'assume ! » Héloïse est sans doute de celles-là !

Geneviève ROY

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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