Voilà quelques semaines, une annonce a fait beaucoup de bruit dans le milieu très peu féminisé de la mer. Bientôt les femmes seront autorisées à embarquer à bord des sous-marins nucléaires français, dernier bastion exclusivement masculin de la marine.

A l'occasion de la Biennale de l'égalité femmes-hommes de la région Bretagne, à Lorient en mai dernier, une table ronde présentait quelques témoignages de ces « femmes qui montent à bord ».

Que se soit pour la marine marchande, la pêche ou encore le transport de personnes, elles ne doivent manquer ni de volonté ni d'imagination pour faire de la mer leur domaine.

 

 

visuelbiennaleEn 2014, la Bretagne reste bien la première région maritime de France avec environ 100 000 emplois dans les divers métiers de la mer. On compte environ 70 métiers différents soit à bord soit sur terre même si l'on constate que le nombre de marins et le nombre de personnes vivant des ressources de la mer tend à diminuer. Les femmes ne représentent encore que 10% des marins embarqués mais on les trouve à 60% dans les métiers de la transformation du poisson (préparation, conditionnement, vente, etc.). Si la mixité est encore difficile, il faut se souvenir qu'il n'y a finalement que cinquante ans que la mer s'est ouverte aux femmes.

Interdites de pêche depuis Colbert

La pionnière s'appelait Sonia de Borodesky de Louteau. C'est en effet grâce à elle qu'une ordonnance signée par Colbert en 1681 est levée en 1960 ; elle interdisait aux femmes de monter à bord des bateaux de pêche, de commerce et de guerre. La jeune femme bien décidée à devenir marin pêcheur est la première femme à intégrer l'école nationale supérieure de la marine, sort diplômée en 1963 et embarque à bord d'un chalutier. Elle vient d'ouvrir les portes à toutes les femmes. Et même si le chiffre de 10% peut nous sembler faible aujourd'hui, il révèle tout de même une belle évolution qui s'est étendue à tous les domaines. Depuis 2012, une femme est même devenue colonel de la gendarmerie maritime.

Valérie Buissière du Centre Européen de Formation Continue Maritime de Concarneau observe que contrairement aux hommes qui intègrent le CEFCM dans le cadre de reconversions professionnelles, les femmes y viennent plutôt pour prolonger un projet. Infirmière souhaitant accompagnée des personnes en situation de handicap, guides touristiques ou reporters désirant tourner des vidéos, monitrices de voile voulant faire des convoyages professionnels... les motivations sont très diverses pour celles qui viennent se former au centre. Mais si elles représentent entre 25 et 35% des effectifs selon les formations qui permettent de travailler à bord comme matelot ou de commander des petites unités, elles sont beaucoup moins nombreuses aux machines (4%) et totalement absentes pour la pêche au large.

Elles veulent valoriser leur environnement

MariePierreLeMarchandPour Marie-Pierre Le Marchand, l'objectif était avant tout d'être autonome. Passer le brevet de capitaine, c'était pour elle l'assurance de pouvoir développer les différentes activités dont elle rêvait. Et surtout de poser ses valises. « Mes valises à l'époque je les faisais à Concarneau – raconte l'ancienne cadre des télécoms – et un matin elles n'ont pas voulu décoller pour Casablanca au Maroc où je devais animer une équipe commerciale de 600 personnes. Je me suis dit : ma vie, maintenant, c'est ici que je veux la faire avec mon mari et mes enfants ! » Quatre ans plus tard, la jeune femme se partage l'été entre le ravitaillement des plaisanciers le matin du côté de l'archipel des Glénan et l'après-midi les promenades des touristes ou le transport d'équipes ou de décors de sociétés de tournage de films. « Chaque jour je transforme mon activité – explique-t-elle – je suis heureuse de pouvoir travailler de cette façon à quelques kilomètres de ma maison. » Et quand l'hiver est là, l'ancienne élève de Sciences-Po retrouve le chemin du CEFCM et forme à son tour les futurs capitaines au droit et à la réglementation maritimes.

La fréquentation de ces hommes de la mer a fait naître en elle une nouvelle idée bientôt concrétisée : transformer et commercialiser leur poisson chaque semaine dans un circuit court sous forme de poissons frais prêts à cuire, parce que dit-elle « nous adorons tous le poisson mais nous n'avons pas le temps de le découper ni de le préparer ! »

C'est aussi pour valoriser ces métiers de la mer qu'elle connaît depuis son enfance que Brigitte Métayer, fille et sœur de mytiliculteurs, s'est battue pour conserver sa petite boutique de coquillages à Pénestin. Une passion pour la mer qui l'a conduite en 2003 à fonder l'association mer et nature. Depuis elle organise des visites guidées des parcs conchylicoles pour « éduquer et sensibiliser le public à l'environnement et à l'élevage des coquillages ». Un combat parfois difficile dans un milieu quasi exclusivement masculin qui ne semble guère se préoccuper de la qualité des eaux notamment. Celle qui essaie de « faire bouger les choses » regrette de n'avoir pas plus de soutien de la part de ses collègues ; « je les sens un peu bloqués, les mytiliculteurs dans notre coin – dit-elle – ils ne m'ont jamais laissée rentrer dans leur syndicat ! »

 

maritime

Brigitte Métayer (à gauche sur la photo) et Luc Percelay (à droite)
entourent l'animatrice de la table ronde

 

De bonnes conditions matérielles pour accueillir les filles

Souhaitons que Marine – la bien nommée – trouve un peu plus d'oreilles attentives autour d'elle dans la carrière à laquelle elle se destine. A 18 ans, elle est élève de première en filière bac pro conduite et gestion des entreprises maritimes, option marin du commerce, au lycée maritime d'Etel. Pour les métiers de la mer passent par une « révélation ». En stage de découverte de quelques jours alors qu'elle prépare un bac littéraire, Marine a un réel coup de cœur pour le métier de marin et décide de ne plus quitter Etel. Sa force de persuasion est telle qu'elle parvient à finir sa seconde sur place et intègre une classe de première à la rentrée 2013. Depuis, elle a déjà montré de quoi elle est capable au cours de deux stages à bord. Une première notamment pour l'équipage d'un caboteur transporteur de fret habitué à recevoir des stagiaires d'un autre genre. « Ils n'avaient jamais eu de stagiaire fille – témoigne-t-elle – Pour moi, c'était facile, je suis habituée au lycée à être entourée de garçons, on s'est arrangés. L'officier m'a donné sa cabine et j'étais interdite de vaisselle. Les marins refusaient que je m'en approche car selon eux cela n'aurait pas été respectueux des femmes. Pour décharger le bateau il n'y avait pas de problèmes, mais faire la vaisselle, je ne pouvais pas ! »

Une anecdote qui fait sourire Luc Percelay, proviseur du lycée maritime d'Etel, fier des résultats de son établissement. « Nous comptons -se réjouit-il - un nombre de filles sensiblement pour élevé que les autres établissements similaires même si elles ne sont que 10% » Et la raison en est simple : les conditions matérielles d'accueil des élèves et surtout un internat pour les filles. Mais aussi une politique de recrutement des personnels. « Il y a trente ans – dit encore le proviseur – il y avait une seule femme au lycée d'Etel, à la cuisine. Aujourd'hui les personnels enseignants sont majoritairement des femmes. Le fait que se soit des femmes, anciens officiers de la marine marchande, qui dispensent les cours à des élèves majoritairement masculins, a changé l'image des métiers de la mer. Les jeunes gens ont en face eux des femmes qui leur enseignent la navigation, ça bouleverse un peu les stéréotypes ! »

Geneviève ROY

Lire aussi : le témoignage de Sandrine Derrien-Courtel, docteure en écologie à la station de biologie marine du MNHN de Concarneau

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.