Un jour voilà quarante ans, elle s'est posée la question sur un trottoir : « qu'est-ce qu'elles deviennent ces jeunes femmes prostituées ? » Et Marie-Renée Jamet a choisi une réponse toute simple : être à leurs côtés. Depuis, elle milite pour le Mouvement du Nid et est devenue LA figure du Nid 56 à Lorient.

Marie-Renée Jamet

 

C'est sans doute parce qu'elle a passé la plus grande partie de sa vie à s'occuper des autres que Marie-Renée Jamet est tellement réticente à parler d'elle-même ! Pourtant dans les milieux féministes de Bretagne, c'est une personnalité qui compte.

Si elle est aujourd'hui déléguée départementale du Mouvement du Nid pour le Morbihan, son engagement auprès des personnes prostituées n'est pas nouveau.

« J'ai commencé à militer très jeune » explique t-elle. Après un passage à la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) et un engagement syndical, Marie-Renée, jeune infirmière participe en 1971 à la création de la section du mouvement du Nid à Tours.

C'est pour elle une grande découverte, celle de personnes en souffrance, qu'elle fait un peu par hasard lors d'une de ses tournées d'infirmière à domicile. Elle est alertée par les dépenses fastueuses que semble faire une famille pourtant très pauvre. Les voisins lui révèlent qu'il y a deux filles dans cette famille et qu'ils les voient sortir tard le soir.

Marie-Renée entame alors une petite enquête qui la conduit directement sur les lieux de prostitution. Très rapidement, elle est convaincue qu'il faut venir en aide à ces jeunes femmes. Alors, elle téléphone au mouvement du Nid qui vient de se restructurer à Paris. La réponse est claire : regroupez quelques ami-es et fondez votre section locale. Voilà qui est fait.

L'important : être là

Depuis plus de quarante ans donc, Marie-Renée Jamet se dévoue au service des personnes prostituées et plus largement au service de la prévention.

Pour elle le cœur de l'action c'est simplement « être là ». Dans les nombreuses rencontres qu'elle a vécues durant toutes ces années, c'est pour elle l'essentiel : « On est présent avec les personnes pour accueillir ce qu'elles veulent bien nous confier, vivre avec elles la dureté de la prostitution, l'exploitation qu'elles vivent, leurs angoisses, leur détresse. »
Un action de plus en plus difficile à vivre aujourd'hui depuis la loi Sarkozy de 2003 qui sanctionne le « racolage passif ».

« La loi de 2003 a voulu nettoyer les trottoirs – commente Marie-Renée Jamet – mais elle n'a pas réglé les problèmes, bien au contraire. On sait que la prostitution existe toujours mais maintenant elle est cachée. Il y a des bars à hôtesses, des petites annonces, Internet, etc. Chez nous à Lorient, on ne voit plus les personnes. Pour moi, c'est une souffrance de ne plus les rencontrer. Plus personne n'est là pour leur dire : si vous avez besoin, on peut vous aider. »

Alors, avec son association, elle se consacre à la prévention. Les deux publics de prédilection sont les jeunes – collégiens ou lycéens – et les travailleurs sociaux.

Chaque année scolaire, le Nid 56  rencontre environ 2000 jeunes dans les différents établissements scolaires du Morbihan pour les inviter à réfléchir sur leurs relations entre filles et garçons. « Ce qui est en cause dans la prostitution - explique la vieille militante - c'est une relation de domination de l'homme sur la femme, ou en tout cas sur le plus faible car il existe aujourd'hui 30% de prostitution masculine. Donc, on commence comme ça avec les jeunes parce que c'est ce qu'ils vivent aujourd'hui dans leurs relations qui va préparer leurs relations de couples de demain et leur position d'hommes et de femmes dans la société de demain ».

Une France qui avance

Au cœur d'un univers pourtant sombre, Marie-Renée trouve une occasion d'être optimiste : le travail commun réalisé ces dernières années par un collectif d'une quarantaine d'associations. « Ca, ça va dans le bon sens ! » se réjouit-elle. Elle évoque la « grande réunion à l'Assemblée nationale en février 2010 » suivie de la mise en place d'une commission de travail, dirigée par Danielle Bousquet, députée des Côtes d'Armor voisines, et Guy Geoffroy, le document de travail qui en est sorti et la Convention Abolition 2012. Des signaux forts pour elle qui montrent que la question est aujourd'hui prise au sérieux.

En attendant que les propositions de loi aboutissent, Marie-Renée Jamet continue son travail de fourmi à Lorient et ailleurs

Geneviève ROY

Retrouvez une interview vidéo de Marie-Renée Jamet sur le site Histoires Ordinaires

Pour aller plus loin sur ce thème : Le plus vieux "métier" du monde ? de Claudine Legardinier - éditions Les points sur les i - 2012 - 12 €

 

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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