« L'homophobie et la transphobie se manifestent de façon plus violente face à une société globalement plus ouverte »

SOSHomophobie

Trois questions à Véronique Madre, co-déléguée de SOS Homophobie Bretagne

D'où viennent les chiffres du rapport de SOS Homophobie présenté chaque année ?

Notre rapport est le seul baromètre sur les LGBTphobies en France avec depuis l'an dernier quelques chiffres officiels fournis par le ministère de l'Intérieur concernant le nombre de plaintes déposées pour infractions à caractère homophobe. Le rapport de SOS Homophobie est fait à partir des témoignages reçus sur la ligne d'écoute téléphonique et le chat en ligne, des courriers que l'on reçoit, du formulaire en ligne qui permet aussi de témoigner que l'on soit témoin ou victime d'actes LGBTphobes, mais aussi des témoignages qu'on recueille sur nos stands lors de certains événements. Ces chiffres sont complétés par le travail des différents groupes et commissions de l'association qui font une analyse précise des actes qui les concernent c'est-à-dire la lesbophobie, la transphobie, la biphobie, etc.

Quels éléments importants peut-on retenir du rapport 2018 notamment pour la Bretagne ?

On a reçu cette année 4,8% de témoignages en plus, soit 1650 témoignages pour 2017 sur toute la France. La parole se libère portée par la vague de #metoo. Il y a des chiffres assez inquiétants notamment la hausse du nombre d'agressions physiques ; je pense que ce chiffre reflète une réelle augmentation des actes et pas seulement plus de signalements. On a eu 139 cas d'agressions physiques en France en 2017, c'est 15% de plus que l'année précédente.
On note aussi une augmentation des cas dans le milieu scolaire ; ça a augmenté de 38%. Et on le constate aussi en Bretagne où un témoignage sur cinq concerne un jeune de moins de 18 ans. 20%, c'est quand même beaucoup d'adolescents qui nous appellent ou de parents et d'enseignant-e-s qui viennent nous parler d'une victime adolescente !
En Bretagne, les témoignages ont presque doublé ; on a 62 témoignages en 2017 contre 32 en 2016 donc c'est assez inquiétant. C'est en Ille-et-Vilaine qu'on a le plus de témoignages avec 36 cette année, 11 dans les Côtes d'Armor, 9 dans le Finistère et 6 dans le Morbihan.
L'Ille-et-Vilaine fait partie des onze départements de France où les témoignages reçus par SOS Homophobie sont les plus nombreux. Et quand on regarde les chiffres donnés par le ministère de l'Intérieur, en octobre dernier, on constate aussi pour l'Ille-et-Vilaine un nombre de plaintes important.
Ce qui nous inquiète aussi c'est le nombre important d'agressions physiques qui représentent 20% des cas ; c'est plus élevé que la moyenne nationale (14%).

Comment ces constats influencent-ils vos actions ?

Ce rapport permet d'éclairer, de mettre en évidence des problématiques actuelles. L'homophobie et les LGBTphobies de manière générale ont évolué ces dernières années ; ça ne se manifeste plus de la même façon qu'à l'époque de notre premier rapport il y a 22 ans, on en parle plus dans les médias notamment. Les gens acceptent peut-être plus facilement l'homosexualité ou la transidentité de façon globale mais je pense qu'il y a encore des réticences, des personnes vraiment homophobes ou transphobes et que leur homophobie ou transphobie va se manifester de façon plus violente face à une société qui est globalement un peu plus ouverte. Pour le premier trimestre 2018, par exemple, on enregistre beaucoup d'agressions très violentes, des insultes, des menaces de mort...
Concernant le milieu scolaire, SOS Homophobie propose des interventions à la demande des établissements et ce serait intéressant de pouvoir intervenir dans les établissements où sont signalés des actes homophobes. Là où nous sommes allés jusqu'à présent, nous avons plutôt rencontré des jeunes bienveillants avec notamment des élèves ayant fit leur coming-out et qui étaient bien accepté-e-s dans leurs classes. L'an dernier, on a également organisé un temps d'échanges avec des infirmier-ère-s scolaires d'Ille-et-Vilaine pour présenter l'association et voir avec eux et avec elles comment faire pour accueillir, aider, accompagner les élèves qui seraient en souffrance ou qui auraient besoin d'aide.
Aujourd'hui, notre peur concerne les débats sur la PMA. Lors de toutes les rencontres qui ont eu lieu dans le cadre des états généraux de la bioéthique, les associations ont fait le même constat : les débats ont été complètement parasités par les mouvements anti, comme la Manif Pour Tous, et les propos LGBTphobes ont été nombreux. Notre peur lors du vote, on espère, de la loi c'est une nouvelle libération de la parole homophobe et transphobe comme en 2013 avec la loi sur le mariage pour tous.

Propos recueillis par Geneviève ROY

Pour en savoir plus : lire le rapport complet sur le site de l'association

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