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Sabine Argaut n'a qu'une passion : la musique ! Enthousiaste et pétillante, c'est avec le même air espiègle qu'elle dirige le chœur Vibrations et qu'elle répond à nos questions.

Rennaise depuis une petite dizaine d'années, elle avoue avoir trouvé en s'installant en Bretagne le terroir qui lui manquait.

Un amour réciproque puisque c'est dans sa région d'adoption qu'elle peut aujourd'hui faire reconnaître ses multiples talents au service de la musique.

 

 

Ça peut étonner celles et ceux qui ont souffert en classe de solfège, mais la formation musicale (on appelle ça comme ça désormais) a dès son plus jeune âge passionné Sabine Argaut. D'abord instrumentiste, elle sait très tôt qu'elle n'enseignera ni le piano ni la flûte. « J'ai su très vite que je voulais devenir musicienne professionnelle – raconte-t-elle – mais mon envie principale c'était de transmettre et de travailler avec des groupes. » L'enseignement s'impose donc à elle qui dès l'âge de quinze ans décide de devenir professeur de formation musicale.

« J'avais vingt ans quand j'ai eu mon premier poste d'enseignante » se souvient Sabine Argaut. Mais elle ne s'en tient finalement pas aux doubles croches. Très vite, elle négocie avec le directeur de la petite école de musique où elle enseigne, la possibilité de créer une chorale d'adultes ; quelques femmes sont alors sur liste d'attente et personne ne veut les prendre en charge. « J'étais tout à fait convaincue que la direction était quelque chose d'inné et que j'allais savoir faire ! »

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 L'importance du collectif

Belle insouciance de la jeunesse qui fait ses preuves puisque trois ans plus tard, la chorale compte trente-cinq choristes. Il faudra toutefois encore attendre quelques années avant que Sabine se décide à suivre une formation. « Au bout de sept ou huit ans - reconnaît-elle avec le sourire – j'ai commencé à me dire que je pourrais faire mieux et j'ai pris des cours de chant ; puis, plus j'avançais dans le chant plus je prenais conscience de ce qu'il me restait à apprendre. Et au bout de dix ans, j'ai décidé de passer un diplôme en direction de chœur. » Elle enchaîne alors les stages avec de grands chefs de chœurs de tous horizons, notamment le suédois Gunnar Ericsson qui lui fait découvrir l'improvisation.

La carrière de Sabine prend un nouveau tournant puisqu'elle se consacre quasi exclusivement désormais à l'enseignement du chant choral. Sa priorité reste la même : aucun cours individuel, toujours du collectif ! « Je suis convaincue – dit-elle – qu'il y a quelque chose de plus qui naît du collectif ! »

 

« En Bretagne j'ai découvert ce qu'est un terroir,
la force d'une tradition »

 

Les yeux de Sabine Argaut brillent quand elle raconte une de ses dernières batailles pour monter, au conservatoire de Vannes où elle enseigne actuellement, une chorale d'adultes débutants. « Ça m'énervait – explique-t-elle – qu'on refuse l'entrée au conservatoire à des adultes qui n'avaient jamais chanté ! La mission première d'un conservatoire est bien d'enseigner la musique ; alors si on refuse les gens sous prétexte qu'ils ne connaissent pas déjà la musique, c'est incohérent ! Donc, ce chœur existe maintenant depuis cinq ans ; on ne veut que des débutants et au bout de trois ans, on les fait passer dans un autre chœur plus expérimenté. » Entre-temps, ils auront appris toutes les bases notamment l'écoute, les techniques vocales, etc. dans un groupe volontairement restreint à une vingtaine de personnes.

sabine2Intarissable quand il s'agit de musique, Sabine Argaut est plus réservée sur sa vie privée. Sauf quand elle évoque son arrivée en Bretagne. « Mon mari est breton – raconte-t-elle – Moi, j'ai toujours habité en région parisienne et je n'avais aucune attache nulle part. En arrivant en Bretagne j'ai découvert ce que pouvait être un terroir, la force d'une tradition, et j'ai accroché à fond ! Je me suis mise à faire de la danse bretonne, du chant breton ; je me suis créé ici des racines que je n'avais pas ailleurs et maintenant pour rien au monde je ne voudrais repartir ! »

Pourtant, elle se souvient aussi d'avoir insisté pour s'installer « à Rennes, en centre-ville » craignant de perdre beaucoup notamment au niveau culturel. « Et puis – reconnaît-elle amusée – j'ai découvert tout un tas de choses que je ne soupçonnais pas notamment le bonheur de vivre en province et de ne pas passer trois quart d'heure en voiture le samedi soir pour aller dîner chez des copains ! » Et de conclure : « j'ai adoré, quoi ! »

Une notoriété en marche

Si elle s'est éloignée aussi de son réseau professionnel, elle comprend très vite qu'ici la concurrence est moins rude. Bientôt, le téléphone sonne et les propositions de travail affluent. « A Paris, j'étais un peu connue dans le milieu, mais on était des dizaines comme moi ! Ici, j'ai très vite été identifiée comme une personne référente ; je craignais de tomber dans un désert professionnel alors qu'au contraire j'ai tout de suite fait des choses que je ne pouvais pas faire à Paris ! »

Pour que son bonheur soit complet, il ne lui manque plus qu'un chœur bien à elle. Elle crée donc le chœur Vibrations et met toute son exigence professionnelle pour le développer. En 2013, elle l'entraîne dans l'aventure du concours de Tours, LE concours de chant choral reconnu en France. Choix du répertoire, répétitions, mise en scène, enregistrement d'un CD, etc. « un énorme boulot pour tout le monde » résume-t-elle mais surtout une grande et belle aventure d'où les choristes de Vibrations reviennent avec trois prix et une notoriété désormais en marche. Avec aussi des projets qui n'en finissent plus : un concert à Molène, une tournée en Allemagne, une collaboration avec le chœur de femmes EVA de Nantes, des concerts de Noël tout au long du mois de décembre...

« Le projet artistique du chœur Vibrations est de travailler en croisement avec d'autres formes d'art » explique Sabine Argaut qui cite les expériences déjà passées avec les arts plastiques, la littérature ou la danse notamment au printemps dernier quand le spectacle « sacrées bonnes femmes » a fait se rejoindre le chant, la danse et le travail de Christine Barbedet.

 

« Ils sont là à 100%,
leurs regards convergent vers moi »

 

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Esthète, Sabine est elle-même très attachée à l'organisation dans l'espace de ses concerts. « Je prends toujours beaucoup de temps pour adapter le programme du concert à l'espace dans lequel on va chanter – dit-elle – ce qui demande un gros travail pour les chanteurs parce qu'un jour on est statiques, un autre jour on chante en marchant, parfois dans le noir, etc. On ne peut donc pas avoir des pupitres de partitions et les choristes sont obligés d'apprendre toutes les pièces par cœur. »

Un effort qui pour elle trouve sa récompense dans la relation qui naît ainsi entre la cheffe de chœur et ses chanteurs. « Quand il n'y a plus l'écran de la partition entre nous, tout se fait dans l'instantané ; ils sont là à 100%, leurs regards convergent vers moi et le moindre petit mouvement du petit doigt a tout de suite un impact sur le son » explique encore Sabine Argaut avec un enthousiasme qui semble ne jamais s'émousser.

Une passion, la musique ? Oui, elle le reconnaît, elle n'a de temps pour rien d'autre. Depuis quelques mois, avec son mari, elle a accueilli deux enfants du bout du monde qui pourraient la contraindre à quelques réajustements dans son organisation. Elle s'y prépare mais sait déjà qu'elle arrivera à tout concilier. « On va trouver un juste équilibre – promet-elle – l'investissement associatif est quelque chose qui me tient trop à cœur et Vibrations, pour moi, c'est vital ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Chaque année Sabine Argaut concocte pour Vibrations un programme sur mesure autour d'un thème, d'une époque, selon ses envies. L'année dernière sous le titre « femme sacrée, sacrées femmes » elle avait choisi de mettre en valeur des femmes compositrices assez méconnues de différentes époques mais aussi de célébrer les 500 ans de la mort d'Anne de Bretagne ou encore de revisiter quelques pièces en hommage à la Vierge Marie ; elles sont nombreuses dans le répertoire classique. C'est une partie de ce spectacle qu'elle met en scène les 4 et 5 octobre en collaboration avec le chœur de femmes EVA de Nantes. Samedi soir concert à Nantes et dimanche après-midi à Rennes à l'église Jeanne d'Arc.

Photos : n°2-©Guy Ropers ; n°4-©Vibrations

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