Quand Cordélia vient à Rennes, si son énorme valise rouge est si lourde à porter ce n'est pas parce qu'elle contient ses effets personnels pour le week-end. C'est parce qu'il y a dedans des livres, beaucoup de livres. En fait, un seul livre mais en des dizaines d'exemplaires !

La jeune femme qui se présente dans un souffle comme « autrice-blogueuse-youtubeuse-vidéaste » répondait voilà quelques jours à l'invitation du CGLBT pour une présentation de son premier roman Mon amie Gabrielle préfacé par Selene Tonon, présidente de l'association rennaise.

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Il y a près de quatre ans, Cordélia a créé son blog « Mademoiselle Cordélia » avec un objectif : donner des conseils d'écriture aux écrivain-e-s en herbe, parce que dit-elle « moi, je n'en avais pas eu et j'aurais bien aimé. » Petit à petit la jeune femme se met aussi à parler des livres, des films et des séries qu'elle aime. Puis, pour mieux séparer les choses, elle lance voilà deux ans une chaîne Youtube pour présenter plus spécifiquement des livres à thématique LGBT. « C'est un sujet qui me concerne et qui m'intéresse – dit-elle – notamment d'un point de vue éducatif pour sensibiliser le jeune public ». Il est vrai qu'à l'époque Cordélia travaille pour le MAG Jeunes LGBT où elle est en charge de l'organisation des interventions en milieu scolaire et de la formation des intervenants.

« Suis-je vraiment différent ?

Est-ce qu'il regrette de m'avoir pour fils ? »*

Cordélia écrit depuis longtemps. Des nouvelles essentiellement, publiées dans des magazines ou dans un recueil. A propos de Mon amie Gabrielle, elle dit : « c'est le premier roman que je termine et que je trouve suffisamment OK pour être publié et montré à un public ». Peut-être aussi parce que cette thématique qui lui tient particulièrement à cœur la motive. « J'ai envie qu'il y ait plus de représentations de personnes transgenres ou bisexuelles » reconnaît-elle. Et comme elle estime que la littérature manque d'ouvrages avec « des personnages comme ça » et notamment la littérature jeunesse, elle se dit un jour : « puisque je trouve qu'il n'y en a pas assez, je vais en écrire un moi-même ! »

Ensuite il n'y a plus qu'à tirer le fil tissé lors d'une conversation avec son meilleur ami. « C'est un mec trans – dit Cordélia – et un jour il m'a dit quelque chose qui m'a beaucoup marquée. » Le jeune homme lui avoue que s'il a compris tardivement sa transidentité, alors qu'il avait plus de trente ans et déjà une vie de famille, c'est tout simplement parce que à l'adolescence, il ne savait pas que ça existait !

« Ça m'embête un peu que ce soit caché,

comme si je devais en avoir honte »

Avec Mon amie Gabrielle, Cordélia raconte quelques épisodes importants de la vie d'une personne transgenre. Une vie qui fait mal, qui fait peur, qui fait pleurer aussi, loin du pays des Bisounours en rose et en paillettes. Dans sa préface, Selene Tonon parle de cette « peur que l'on voudrait infondée mais que l'on sait justifiée ».

Cordelia2« Le personnage principal de mon roman est une femme transgenre, comme je ne le suis pas, j'avais envie que quelqu'un de concerné parle des problématiques trans en France » dit Cordélia qui décide de contacter la présidente du CGLBT de Rennes qu'elle connaît déjà via Internet. L'importance de la pédagogie, toujours, qu'on retrouve dans le roman notamment quand sont abordées les questions liées aux interventions chirurgicales ou à la difficile intégration dans le monde du travail, mais aussi quand Cordélia à la fin de son livre liste quelques associations de terrain.

Le roman de Cordélia ne cible pas un public particulier. L'auteure estime que « ces thématiques assez difficiles » ne le destinent pas aux moins de quinze ans. De toute façon, son public, celui qui la suit sur son blog et sa chaîne, a plutôt entre quinze et vingt-cinq ans. On peut toutefois le recommander aussi à celles et ceux qui auraient dans leur entourage des jeunes en recherche (parents, familles, enseignant-e-s) et tout naturellement à celles et ceux qui auraient besoin d'éléments de compréhension pour faire tomber les murs du jugement. « Si avant de rencontrer pour la première fois une personne trans on n'a jamais entendu parler de transidentité – estime Cordélia – il y a forcément un sentiment d'incompréhension. La fiction aide à faire passer des messages de tolérance. »

« Je suis restée la même à l'intérieur,

ma personnalité n'a pas changé.

(...) J'aimerais qu'elle soit fière de moi »

C'est aussi pour toucher le public le plus jeune - « qui dépend de ses parents » - que Cordélia a choisi le format numérique à prix libre sur son blog et se réjouit de totaliser en trois mois plus de 400 téléchargements. Quant à celles et ceux qui préféreraient la version papier, inutile de chercher en librairie. « Il est dans ma chambre en vrai » s'amuse l'auteure qui a opté pour une auto-édition largement soutenue par un financement participatif. La somme nécessaire a été atteinte en vingt-quatre heures et le surplus a permis à Cordélia d'imprimer 500 exemplaires (au lieu des 300 prévus) et d'envisager une possible réédition.

« Les cartons sont entreposés chez moi - dit-elle encore – les gens me contactent directement et les paquets, je les fais moi-même au fur et à mesure ! » En attendant, elle traîne sa lourde valise au fil des déplacements à travers la France pour aller à la rencontre de son public. Comme elle l'a fait dernièrement à Rennes, accueillie au CGLBT par Selene Tonon ; la ville compte une communauté LGBT très dynamique qui connaît déjà le travail de Cordélia sur le web et attendait avec impatience son premier roman. Des encouragements importants pour l'auteure qui sait qu'éditer ce type de livre en France n'est pas facile.

couv« Ce qui sort en ce moment sur ces thématiques-là – explique-t-elle – ce sont des best-seller étrangers que les éditeurs osent traduire parce que ça a déjà marché ailleurs ! » Des propos un peu nuancés par Selene dans sa préface qui, elle, se félicite de l'évolution de la société. « On constate – écrit-elle – que des séries télévisées, romans, bandes dessinées sur Internet, s'emparent de ces sujets de manière plus pertinente qu'autrefois. » Un optimisme qu'il ne faut pas bouder quand on sait l'importance des modèles pour la construction de tout-e individu-e mais aussi pour l'acceptation des différences. Ce que Cordélia résume en une phrase à propos de son roman : « je le vois comme un message d'existence ».

Geneviève ROY

* - Les phrases en italiques utilisées comme intertitres sont extraites du roman et illustrent les différentes phases de transition du personnage principal, Gabrielle, et son besoin de reconnaissance.

Pour aller plus loin : « Mon amie Gabrielle » de Cordélia – illustration de Monsieur Q – préface de Selene Tonon – 15 € ou en téléchargement à prix libre. Plus d'infos sur le blog de Mademoiselle Cordélia. Le livre peut aussi être emprunté à la bibliothèque du CGLBT de Rennes.

Et bien sûr : le blog Mademoiselle Cordélia et la chaîne Youtube

 


 

 Une auteure peut en cacher une autre

sophielabelle

 

Semaine culturelle au CGLBT. Quelques jours avant Cordélia, l'association recevait la Québécoise Sophie Labelle en vacances en Bretagne.

Ses nombreux-ses fans rennais-es ont pu découvrir en avant première mondiale sa dernière BD. En attendant son premier roman actuellement en cours d'écriture.

 

 

 

 

 

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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