« Je n'avais jamais mesuré que la chasse aux sorcières avait concerné toute la société » ni qu'il y avait eu autant de « victimes indirectes » reconnaissait Mona Chollet voilà quelques semaines lors d'une présentation de son livre Sorcières, la puissance invaincue des femmes à Rennes à la librairie La Nuit des Temps.

Si l'autrice a beaucoup appris en écrivant ce livre, les lectrices et les lecteurs en apprendront tout autant. Non seulement sur l'histoire de ces femmes, victimes d'une société fortement machiste, mais aussi sur les conséquences qui ont façonné les sociétés suivantes et notamment la place réservée aux femmes.

Les sorcières du 21ème siècle ne sont plus accusées de pacte avec le diable, mais elles existent toujours – de plus en plus ? - et se caractérisent par leur capacité à tenir tête aux diktats de la société. Autant dire qu'on en trouve beaucoup dans les rangs des féministes...

 

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Mona Chollet parle de toutes les femmes en s'intéressant aux sorcières. Celles d'hier mais aussi celles d'aujourd'hui. Celles qui finalement, au fil des siècles, se sont construites en réaction à ces moments de l'Histoire où les femmes étaient accusées de tous les maux.

« C'est à cette époque – explique l'autrice – qu'a été remodelé le comportement féminin et que les mères ont commencé à dire à leurs filles : "tiens-toi à carreau !" ; quand vous vous sentiez en permanence sous la menace d'une dénonciation, il fallait apprendre à ne pas déranger, ne pas se faire remarquer. » « Se montrer dociles, soumises, discrètes » écrit-elle.

Dans son ouvrage elle le résume ainsi : « toute tête féminine qui dépassait pouvait susciter des vocations de chasseurs de sorcières » ou encore « avoir un corps de femme pouvait suffire à faire de vous une suspecte ».

Une « figure positive » qui « tient debout toute seule »

Chiffres à l'appui, Mona Chollet défend l'idée que la misogynie était bien au cœur des chasses aux sorcières d'antan et que « des lignées féminines entières furent alors éliminées » ; elles représentaient 80% des accusées et 85% des condamnées quand les institutions qui les jugeaient étaient, elles, entièrement masculines.

Ce travail de recherche mené, l'autrice est catégorique : « la sorcière est définitivement devenue pour moi - dit-elle – une figure positive ». Pourtant dominées socialement, car femmes du peuple, les victimes des persécutions possédaient ce que beaucoup d'hommes n'avaient pas : le savoir - et donc le pouvoir - de soigner voire de guérir à une époque où les médecins étaient plus proches de « charlatans » que d'hommes de sciences.

Sorcires2« Et si le diable, c'était l'autonomie ? » interroge Mona Chollet dans son livre. Désormais, on ne parle plus de bûchers, mais écrit-elle on subit toujours « le pouvoir patriarcal qui exclut, qui cogne et qui mutile pour maintenir les réfractaires dans leur positions d'éternelles subalternes ».

Pour elle, la sorcière est une « femme qui tient debout toute seule ». Et les sorcières d'aujourd'hui sont celles qui montrent des « velléités d'indépendance ». Mona Chollet cite en particulier celles qui font le choix du célibat ou qui refusent la maternité, celles qui affichent la maîtrise de leur corps et de leur sexe ou encore, dans une société qui renvoie sans cesse les femmes à leur apparence physique, celles qui assument de vieillir.

« Un idéal vers lequel tendre » avec « une immense volupté »

« Une femme sûre d'elle-même qui affirme ses opinions, ses désirs et ses refus, passe très vite pour une harpie, une mégère » écrit-elle encore affirmant non sans humour : « la seule chose qui existe de plus idiot qu'une femme, c'est une femme âgée ». Parmi les insultes sexistes très en vogue, on ne peut ignorer le classique « vieille sorcière » !

« La sorcière surgit au crépuscule, alors que tout semble perdu. Elle est celle qui parvient à trouver des réserves d'espoir au cœur du désespoir. (...) [Elle] incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel tendre. » Une telle description ne peut qu'encourager à suivre « la voie des sorcières ». Mona Chollet, elle-même, qui se présente volontiers comme une féministe « courant poule mouillée » prétend qu'elle écrit « des livres comme celui-là pour [se] donner du courage ».

Une invitation pour chacune à devenir – ou à rester – une sorcière, à assumer ses choix, ses désirs et ses cheveux blancs. « Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n'avez pas réussi à brûler » disait un vieux slogan féministe. Mona Chollet en écho propose de cultiver cette « immense volupté à laisser notre pensée et notre imagination suivre les chemins sur lesquels nous entraînent les chuchotements des sorcières ».

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : lire le livre de Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes aux éditions La Découverte - Zones

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