Emiliebrisavoine

Pour l'édition 2016 de Documentaires au Féminin, l'association rennaise Comptoir du Doc a choisi non seulement des documentaires parlant de femmes, mais aussi une programmation entièrement féminine avec les œuvres de cinq réalisatrices.

C'est par une séance scolaire qu'a débuté cette 13ème édition avec le film d'Emilie Brisavoine, « Pauline s'arrache », l'histoire de relations conflictuelles entre une adolescente et ses parents.

Dans la salle, plusieurs groupes de lycéen-ne-s ont semblé plutôt surpris par le ton du film ; après la projection, la réalisatrice leur a expliqué qu'elle avait eu « envie de faire un film qui soit comme la vie. »

« Rien ne me prédestinait à faire un film » raconte Emilie Brisavoine à l'issue de la projection de « Pauline s'arrache » devant une salle de lycéen-ne-s. Un public qu'elle connaît bien puisque la jeune femme est professeure d'arts appliqués en lycée professionnel. Son truc, c'est donc plutôt le design jusqu'à ce jour où un ami cinéaste lui prête sa caméra. Elle se prend au jeu et commence à filmer ce qui l'entoure, sa famille. Et plus précisément sa jeune demi-sœur alors âgée de quinze ans.

Un film sur les blessures d'enfance

« J'aimais beaucoup filmer Pauline – se souvient la réalisatrice – et elle, ça l'amusait. Et puis, au fur et à mesure, elle s'est approprié la caméra comme un outil cathartique. C'est devenu une sorte de parenthèse dans sa vie où elle pouvait souffler et dire ce qu'elle pensait sans être jugée. »

Sur l'écran, en effet, l'adolescente filmée entre quinze et dix-sept ans, se montre sans fard dans ses relations conflictuelles avec sa mère, sa sœur, son petit copain et plus encore son père. Les jeunes spectateurs-trices s'étonnent du vocabulaire employé et de la violence qui se dégage de ce documentaire. « On n'a pas l'habitude de voir ça » dira l'un d'eux.

affichepaulineEmilie Brisavoine a déjà montré son film à une centaine de salles et assuré autant de débats. Les réactions ne l'étonnent pas ; elle s'explique. « C'est une famille où la violence est très expressive – dit-elle – mais il me semble que l'espace familial est toujours un espace violent. » Et si la famille qu'elle montre, la sienne, est composée de « gens qui s'insultent, se gueulent dessus » elle dit ne pas connaître « de famille sans disputes ni rapports de domination ». « Ils s'expriment de manière vulgaire – ajoute-t-elle – parce qu'ils sont submergés émotionnellement par leur passé, par leur enfance. C'est un film sur les blessures d'enfance. »

Un film qui touche tout le monde

Il est vrai qu'au fil des quatre-vingts et quelques minutes du documentaire, après la surprise devant cette famille atypique et ce qu'Emilie Brisavoine appelle son « sens du mélodrame » peut venir une sorte d'empathie pour des personnes – des personnages ? - dont on découvre peu à peu les blessures. « On dépasse les premières impressions d'agressivité pour aller vers quelque chose de sensible – analyse l'animatrice du débat – on atteint l'humain et l'émotion. »

Enfin en paix avec son père et consciente du rôle qu'on lui attribue au sein de cette famille, Pauline, à la fin du documentaire apparaît comme une jeune femme prête à acquérir sa liberté. « Elle a halluciné en voyant le film monté – explique la réalisatrice – parce que c'est sa vie mais ce n'est pas vraiment sa vie. Leur vie réelle est plus riche, plus complexe et plus ambivalente aussi que l'histoire que j'ai voulu raconter. »

« Pauline s'arrache » est un documentaire monté comme un conte de fée, une astuce de réalisation qui a permis à Emilie Brisavoine de prendre « de la distance avec une histoire très autobiographique » et un moyen pour faire « un film qui touche tout le monde ». Finalement, un film « comme la vie avec des moments sombres et d'autres magnifiques, des moments drôles et d'autres banals à mourir ! »

Geneviève ROY

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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