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Le correcteur d'orthographe d'un ordinateur ne connaît pas le féminin de baroudeur. Amélie Bazin et Clémence Gautier se définissent pourtant, elles, comme « deux baroudeuses ». Et sitôt que les deux bretonnes, étudiantes en tourisme, entendent parler du 4L Trophy, elles s'enthousiasment : « on s'est dit : ça c'est pour nous ! ».

Dans quelques jours, elles prendront le départ à Biarritz pour un raid à travers l'Espagne puis le désert marocain au milieu de quelque 1400 équipages d'étudiant-e-s ; arrivée prévue le 25 février à Marrakech !

 

Elles ont acheté leur 4L il y a huit mois. Depuis, tandis que Amélie terminait un stage en Corse, Clémence s'est employée à apprivoiser la voiture. « Ils ont choisi la 4L au départ parce que ça coûtait vraiment pas cher » explique la jeune femme qui se souvient avec émotion de ses grands-parents la voyant débarquer au volant du véhicule emblématique du raid depuis sa création en 1996. « Ils avaient le sourire jusqu'aux oreilles de savoir que j'allais conduire une voiture qu'ils avaient toujours eu à l'époque ».

Même si le premier défi pour Clémence a été la conduite justement : vitesses au tableau de bord, pas d'assistance de direction ni de freinage, seulement quatre rapports de vitesse... « C'était un peu compliqué, la première fois. Avec mon cousin, on a fait toute les petites routes de campagne » s'amuse-t-elle aujourd'hui. Car l'aventure de Clémence, si elle a connu quelques réticences au début, est devenue une histoire de famille. Et le dimanche, c'est avec « Tonton » que la jeune femme apprend la mécanique.

« Ce n'est pas juste on prend une voiture et on va dans le désert »

« Sur le raid, il y a une assistance, bien entendu, qui s'occupe des voitures, la nuit – expliquent les deux étudiantes – mais c'est quand même mieux de savoir se débrouiller surtout en tant que femmes... » Une chance, la 4L, parce qu'elle est dépourvue d'électronique, est simple à réparer. « On a démonté le tableau de bord ; chaque fil correspond à un truc, c'est pas compliqué » résume Clémence qui ajoute : « il faut savoir toucher à tout ; on n'a pas forcément besoin d'un homme pour nous aider ! »

Voyager ensemble, Clémence et Amélie en rêvaient depuis leurs études en BTS Tourisme à Rennes. Elles définissent leur projet comme une « aventure complète » qui va mettre « un point final aux études avant de se lancer vraiment dans la vie active. » Une opportunité aussi de rajouter quelques compétences à leurs CV. Pour participer au 4L Trophy, elles ont dû non seulement apprendre la mécanique mais aussi créer leur association, trouver des sponsors et notamment démarcher des entreprises (ce qui leur paraît le plus difficile), gérer un budget d'environ 10 000 € ou encore collecter des fournitures scolaires qu'elles remettront dans quelques semaines aux enfants du désert marocain.

4L2« Ce n'est pas juste on prend une voiture et on va dans le désert » insiste Amélie. A l'arrière elles transportent trois cartons de fournitures scolaires et trois sacs de vêtements pour l'association Enfants du Désert. Et elles parlent déjà avec exaltation des rencontres qu'elles vont faire, de la journée passée avec les enfants et « s'il leur reste un peu d'argent personnel » des visites qu'elles aimeraient faire au retour en Espagne. « Officiellement le raid dure dix jours (du 15 au 25 février) – plaisantent-elles – mais pour nous il devrait durer quinze à vingt jours ! » Si la 4L le veut bien, car elles n'oublient pas que « c'est elle la patronne ! »

« On a vu à leurs visages que c'était une belle expérience »

Des petits problèmes, elles savent – espèrent un peu – qu'elles en auront parce que « ça fait partie du truc » ; ce qu'elles veulent c'est aller au bout de l'aventure et disent-elles avec philosophie « on arrivera quand on arrivera ». Ce n'est pas une course, peu importe le classement et il va falloir apprendre à rouler dans le sable. Elles comptent sur leur voiture qui réalisera sa troisième escapade marocaine.

« Elle a déjà 170 000 kilomètres au compteur et on en a encore 6000 à parcourir » dit Amélie qui se réjouit d'avoir acquis la voiture d'un ancien équipage de l'an dernier constitué lui aussi de deux jeunes femmes. La 4L des Breizhilliennes est devenue la 4L Breizh. « Elle était rayée blanc et bleu, façon marinière – s'amusent les deux jeunes femmes – un petit côté breton qu'on est très fières de porter aussi ! »

Amélie habite Guichen ; Clémence est de Janzé. Les deux villages, avec leurs écoles et leurs commerces notamment, sont derrière les jeunes femmes. Entre Biarritz et Marrakech elles vont conduire trois heures par jour chacune et ont prévu de la musique pour les jours de fatigue où elles n'auront pas envie de (se) parler. Elles savent déjà que les bivouacs ne seront pas toujours confortables ; « l'année dernière ils ont eu jusqu'à moins dix degrés la nuit dans le désert ». Tant qu'elles auront du réseau elles donneront des nouvelles car disent-elles « on ne part pas qu'à deux ; il y a tout le monde derrière ! »

Ce qu'elles ont retenu de leurs échanges avec Hélène et Marina qui les ont précédé c'est juste : « si on pouvait le refaire, on le referait ! ». « On a vu à leurs visages que c'était une belle expérience » disent Amélie et Clémence qui désormais comptent les jours, les heures, avant le 15 février. « Je veux être sur la ligne de départ – s'impatiente Clémence – quitter ma petite routine ; partir, quoi ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Consulter le site du 4L Trophy et celui de l'association Enfants du Désert

Suivre le raid de Clémence et Amélie sur leur page facebook.

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

"540 000 € pris dans la poche des femmes"

Uteruse

 

Derrière le nom de « collectif l'Utéruse » une petite dizaine de jeunes femmes lutte à Rennes contre les dépassements d'honoraires pratiqués par un laboratoire dans les analyses de frottis réalisées notamment pour le dépistage du cancer du col de l'utérus. Une augmentation de 7,60 € décidée brutalement voilà un an sans revalorisation du remboursement de la sécurité sociale.

Le 1er février, le collectif a décidé de célébrer le premier anniversaire avec un gâteau et quelques cotillons devant l'entrée du laboratoire. Une façon pour ces femmes de relancer un peu la communication autour de leur combat ; une occasion pour nous de les revoir, neuf mois après notre première rencontre.

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