J'avais ce sentiment d'être dans un cimetière.
Et certains commentaires de quelques passants étaient tout simplement terribles, surtout que la plupart venaient de jeunes de 12-15 ans.
J'ai pris quelques tenues en photo, des robes de soirée, des tenues simples, des tenues de travail, un short aussi.
D'autres tenues me faisaient penser à des cachettes pour le corps de la femme. Cacher son corps, cacher ses bleus.

122tenues
Durant mon travail d'observation, un homme que je ne connaissais absolument pas, est arrivé derrière moi par surprise, m'a pris par les épaules violemment et a crié "BOUH". Je suis restée de marbre, lui lançant un regard noir qui l'a dissuadé de faire autre chose. Il a quand même dit " ah ça n'a pas marché".
Qu'est ce qui n'a pas marché ? De me faire sursauter comme une folle, de me faire crier de peur devant tout le monde, sur une place bondée de passants ? Parce que c'est amusant ? Pour prouver que les filles sont de vraies criardes, et je ne sais plus. Je ne comprends pas. Je ne veux pas comprendre. Juste constater que certains se permettent de venir emmerder une femme parce qu'elle est seule, assise sur un banc, avec son carnet en train de regarder la foule. Mais parce que techniquement, je travaillais, j'observais, je prenais des notes ; je TRAVAILLAIS.
Fatigue soudain. Lassitude aussi, je ressens de nouveau un grand vide. Il y a tant de choses à faire.
Je suis restée presque deux heures et demie au milieu de ce cimetière, au milieu de ces fantômes. Beaucoup critiquent le féminisme, parlent de renversement de pouvoir, d'orientation sexuelle, d'un mouvement anti-hommes et j'en passe. STOP. Parce que, une fois au milieu de ces robes, comment ne pas être féministe ?
Le féminisme commence par là. Par une colère qui naît d'une injustice.
Et je vous invite les hommes à modifier votre regard. Parce que vous aussi vous êtes concernés. Parce que vous aussi vous pouvez vous retrouver de l'autre côté du miroir. En tant que témoins mais aussi en tant que victimes.
Alors, agissons.
TOUS.

Louise Pillais

Powered by CoalaWeb

 

On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

Dans la même rubrique, retrouvez également : Céline Boizard ou l'entrepreneuriat comme "une aventure humaine passionnante" ; Anne Lecourt admise dans la cour des grandes.