Lydie

Elle avoue ne pas avoir de « modèles » en matière de féminisme sans doute parce qu'elle reste profondément attachée au collectif. Peut-être aussi parce que « des féministes célèbres il n'y en a pas tant que ça ! »

Ces femmes qui l'inspirent et dont Lydie Porée réclame un certain « héritage » sont plutôt celles des années 70, ces militantes dont elle a étudié « les parcours de vie en dehors des sentiers battus » notamment pour son livre Les femmes s'en vont en lutte.

Et puis, ça tombe bien puisqu'elle reconnaît apprécier de « côtoyer des femmes plus âgées ». Mais attention, elle reste consciente que ces celles-ci « ont placé la barre très haut ».

 

A quelques jours de ses quarante ans, c'est plus de vingt ans de militantisme que revendique Lydie Porée. Toujours dans des associations, notamment Mixcité puis Histoire du Féminisme de Rennes et aujourd'hui le Planning Familial qu'elle préside au niveau départemental.

Au titre de la région, elle représente le Planning au CESER Bretagne depuis quelques mois et y voit un « bon signal pour l'association mais aussi pour les populations » et entend y porter une « parole féministe sur les questions de santé sexuelle ». Enfin, elle vient de prendre des responsabilités au conseil d'administration national auquel elle compte se consacrer à la fin de son mandat en Ille-et-Vilaine dans quelques mois.

« C'est de plus en plus compliqué d'avoir des certitudes »

On l'aura compris, l'engagement associatif de Lydie Porée est essentiellement centré aujourd'hui sur le Planning Familial dont il faut rappeler insiste-t-elle que c'est une association. Mais ses convictions féministes remontent « à [son] enfance » et sont encore aujourd'hui en mouvement. « C'est une réflexion en évolution – explique-t-elle – je me suis beaucoup située, et je me situe encore aujourd'hui dans l'héritage des luttes féministes des années 70 mais depuis mes premiers engagements dans les années 1999/2000, se sont beaucoup développées les études de genre et le concept d'intersectionnalité ; ça a changé ma façon de voir les choses. »

Celle qui avait eu l'impression « de recevoir un modèle d'émancipation de la part des générations précédentes » avoue désormais : « le monde change et je trouve que c'est de plus en plus compliqué d'avoir des certitudes. Je pense qu'il n'y a pas un seul modèle d'émancipation mais qu'il y en a plusieurs ; que l'émancipation ne se décrète pas mais que c'est un combat permanent, personnel et collectif. »

PlanningEt Lydie continue à « détricoter » les grandes questions féministes. La libre disposition de son corps ? « Je ne pense pas la même chose aujourd'hui qu'il y a vingt ans ! » Le partage des tâches domestiques ? « Ce n'est pas parce qu'on est féministe que c'est simple quand on se retrouve à l'épreuve du réel ! » Réflexion ; action aussi. La jeune femme se reconnaît dans toutes les formes de lutte. Dans la rue, comme dans les institutions. Ce n'est sans doute pas un hasard si pour le 8 mars, le Planning était à la fois à la manifestation avec les collectifs et syndicats, dans la programmation de Rennes Métropole (voir ci-dessous) mais aussi signataire du communiqué inter associatif « Sans fleurs ni couronnes ».

« J'essaie de laisser une place aux jeunes pour ne pas les étouffer »

Invitée à débattre avec des féministes d'autres générations, Lydie Porée s'enthousiasme déjà de cet échange dont l'idée la séduit même si elle ne se reconnaît pas comme « représentative ». Elle ne pense pas être très différente des plus âgées ni des plus jeunes (à part peut-être du côté du militantisme virtuel sur les réseaux sociaux!) mais souligne un changement pour elle important.

« Quand j'ai commencé à militer – dit-elle – nous avions vingt ans et nos aînées en avaient plus de quarante. Entre les deux, il y avait eu une rupture. Aujourd'hui, cette rupture n'existe plus. J'ai toujours connu des féministes plus jeunes que moi. On vit une période qui n'est pas du tout chouette en termes de conquête mais par contre très sympa en termes d'énergies ! »

Et elle qui se dit « très attachée à la transmission » ne perd pas une occasion d'échanger avec des plus jeunes. « On a beaucoup reçu de nos aînées – analyse-t-elle – on a aussi dû beaucoup se battre pour trouver une place ; elles avaient une aura parfois un peu écrasante ! Aujourd'hui les jeunes n'ont pas forcément besoin de notre expérience mais je suis très vigilante à leur laisser de l'espace pour ne pas les étouffer ! » Au Planning, notamment, Lydie se félicite d'une bonne répartition des tranches d'âges !

Ce qui change aussi, pense-t-elle, c'est la médiatisation des luttes féministes. « On voit qu'on dérange ! » se réjouit-elle gardant assez de lucidité pour savoir que si les questions féministes semblent incontournables pour les politiques il peut aussi parfois s'agir juste de « postures » sans une véritable reconnaissance de la légitimité des combats. Et puis, surtout, comme pour tout mouvement d'émancipation il y a les réactions, souvent violentes.

Aujourd'hui, grâce à #metoo notamment les questions des violences sexuelles sont à l'ordre du jour de nombreux débats et Lydie Porée espère y voir le « terreau de quelque chose qui va durer ». Avant, dit-elle les violences faisaient partie du « pack fille, ça semblait une fatalité » ; aujourd'hui, « l'impunité sera moins facile ».

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : jeudi 15 mars - Egalité femmes/hommes : les combats d'hier et les engagements d'aujourd'hui ; trois femmes, trois générations, trois regards à 18h 30 au CRIJ, cours des Alliés

Le Planning aux rendez-vous

« Au Planning, on marche sur deux pieds » dit la présidente, Lydie Porée, qui rappelle l'importance d'être à la fois « sur le terrain, à l'écoute des besoins des personnes » mais aussi de faire « tout un travail institutionnel » notamment avec la ville, le département ou la région.

Présent dans la programmation des journées du mois de mars à Rennes, le Planning Familial 35 proposait samedi 10 mars un Barcamp. Une première destinée à renouveler les propositions et à s'adapter à un public toujours très jeune.

Une série d'ateliers permettaient donc d'aborder toutes les pratiques de contraception féminines et masculines. Comment fabriquer un slip chauffant, poser un préservatif (masculin ou féminin) à l'aveugle, s'interroger sur la pilule et la prise de poids mais aussi s'emparer des réseaux sociaux, chaque espace du Planning avait été réquisitionné pour alterner les temps d'échange, de jeux ou de quizz et les travaux pratiques.

S'informer, se former, échanger, on était bien dans l'esprit du 8 mars. Et dans celui du Planning qui met au centre de toutes ses actions l'éducation populaire et l'échange des savoirs. « Le féminisme n'est pas que politique, chacun-e peut s'impliquer et devenir acteur/actrice ! » rappelait l'un des bénévoles présents. Une idée qui devrait aussi faire son chemin les 8, 9 et 10 juin prochain pour trois journées d'université populaire qui se dérouleront à Rennes

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