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 Le jour où elle a tenu un livre entre ses mains pour la première fois, Mérédith Le Dez a su qu'elle en ferait sa vie.

« Je suis allée là où mon cœur me portait – dit-elle aujourd'hui – la littérature, les livres, la pensée, la réflexion... »

Tour à tour enseignante, éditrice, organisatrice de salon littéraire et bien sûr, et surtout, écrivaine, elle se consacre désormais à une seule écriture, la sienne, qu'elle décline en prose et en vers dans sa maison des Côtes d'Armor, le berceau de sa famille paternelle où elle a repris racine à l'âge adulte.

 

Enfant, Mérédith Le Dez venait en Bretagne à toutes les vacances scolaires. Ses grands-parents paternels, originaires du Finistère, vivaient dans les Côtes d'Armor. « J'ai des origines bretonnes par mon père et polonaises par ma mère » dit celle qui reconnaît que la Bretagne est « constitutive de [son] histoire ». Pourtant, c'est loin d'ici, dans l'Est de la France qu'elle naît, qu'elle grandit et qu'elle entame sa vie d'adulte, toute tournée vers les études et la littérature.

A 21 ans, CAPES de lettres modernes en poche, elle est devant une classe de lycéen-ne-s. Et pendant dix ans elle va enseigner la littérature, à Nancy d'abord puis en Bretagne, où elle s'installe en 1996. Une passion pour les mots née dès la petite enfance quand elle découvre la lecture, d'abord par imitation de sa grande sœur de cinq ans son aînée qui apprend à lire à l'école, puis dans la bibliothèque de ses parents.

Et de la lecture à l'écriture il n'y a qu'un pas qu'elle franchit rapidement ; « dès que j'ai su poser un mot - dit-elle encore dans un rire - j'ai eu envie d'écrire une phrase et puis, ça ne m'a plus quittée ». Côté poésie, sa « sensibilité » remonte à l'âge de ses huit ans quand elle découvre « Les Colchiques » d'Apollinaire. Un vers éveille sa curiosité [« le pré est vénéneux mais joli en automne » ndlr] et elle comprend que « la langue est un formidable terrain de jeu ».

« J'en avais assez d'essuyer des remarques méprisantes »

Si Mérédith Le Dez se définit comme « poète et écrivain » elle tient à préciser qu'elle est « féministe ». Ce n'est pas par le choix des mots, qu'elle l'exprime, ni dans un engagement militant, mais dans sa façon d'être au quotidien. Enseignante, elle eut à cœur de tenir « un discours très net à [ses] élèves » à qui elle fait découvrir Marguerite Duras, mais aussi Louise Labé ou Christine de Pisan. Ce qu'elle revendique c'est d'être « respectée en tant qu'individu à égalité de quelque autre individu que se soit » !

meredith2Mérédith se dit « très attachée à l'éducation et à la culture ». Un moment tentée par la politique, avec des « idées ancrées très à gauche », elle comprend vite que ce monde « sans nuances » n'est pas fait pour elle. C'est dans son travail qu'elle met en œuvre ses « convictions bien affirmées » jusqu'à ce soir de novembre 2006 où alors qu'elle prépare ses cours à près de minuit, un dimanche soir, elle entend le discours d'une candidate à la présidentielle sur l'implication insuffisante des enseignant-e-s qui ne travailleraient que 17 h par semaine ! Voilà de quoi la mettre en colère « contre les politiques éducatives, le délabrement de l'enseignement  et des services publics, et le mépris des ministres successifs pour le corps enseignant ».

« Il m'arrive – dit-elle – de prendre des décisions radicales ». Ce jour-là elle décide de quitter l'Education Nationale et présente sa démission dès le lendemain matin. « Je travaillais cinquante-cinq heures par semaine, j'en avais assez d'essuyer des remarques méprisantes » se souvient-elle.

« En tant que femme, je devais travailler pour ne pas dépendre de qui que ce soit »

Son mari, professeur de philosophie, la soutient. « Il a toujours souhaité que je consacre ma vie à l'écriture » raconte Mérédith qui elle, souhaite s'assumer financièrement. « Un travail qui ne rémunère pas pose forcément la question de l'indépendance – dit-elle encore – en tant que femme j'estimais que je devais travailler pour ne pas dépendre de qui que ce soit ».

Quelques années plus tôt, un congé sans solde lui avait permis de reprendre des études et d'obtenir un Master Métiers du Livre et de l'Edition à Lorient ; elle crée alors sa propre maison d'édition et se penche pendant six ans sur les textes des autres. Ses propres écrits sont publiés par d'autres éditeurs, un premier recueil de poèmes en 2008 puis un premier roman en 2015 (voir bibliographie ci-dessous). Durant quelques années, elle met sa propre écriture entre parenthèses et s'investit dans du bénévolat associatif et culturel. « Quand on est tellement en contact avec les livres des autres – analyse-t-elle – on est habités par les mots des autres ; on n'a pas l'espace suffisant et nécessaire pour ses propres écrits. »

Aujourd'hui, Mérédith a décidé d'ajouter un nouveau chapitre à sa vie. Depuis quelque temps, elle a fait le choix de se désengager progressivement de ses responsabilités notamment dans l'organisation des Escales de Binic. « J'ai besoin – dit-elle – de m'occuper un peu de moi, de souffler et de me remettre à écrire. »

« Je m'amuse beaucoup à donner l'illusion de la réalité »

« J'ai des temps de maturation très longs – dit encore l'auteure – en ce moment je suis dans une phase où je n'écris pas mais ça travaille quand même ! » Sans aucune note - « j'ai plein de carnets chez moi qui restent désespérément vides ! » - elle se mettra un soir à son clavier d'ordinateur, quand le « travail de filtre » aura opéré dans sa tête. Et si des idées ont finalement été oubliées, c'est qu'elles n'étaient pas si importantes. « J'écris principalement la nuit, par périodes frénétiques et très brèves – décrit-elle – le premier jet est toujours fluide, après je retravaille ; chaque phrase est passée à la moulinette. »

coeurmendiantCe qui l'inspire ? Les lieux où elle vit, où elle passe, le « monde actuel avec ses violences extérieures mais aussi celles qu'on porte en soi », l'identité, le temps... « Il y a toujours un matériau autobiographique – dit-elle – on joue avec, on s'en éloigne... Moi, je m'amuse beaucoup à donner l'illusion de la réalité avec une partie qui est nourrie par la vie que j'ai vécue et une partie complètement fictive. »

A l'image de son dernier roman, Le Cœur mendiant, où elle revient sur les lieux de sa vie d'étudiante, à Nancy. Mérédith ne revendique pas d'appartenance à une région. Elle se dit « écrivain en Bretagne » plus que écrivain breton, même si elle sait qu'elle porte en elle le poids « d'une région avec une identité si forte » que dans les salons, on la présente systématiquement comme la « poète bretonne ». « On écrit quelque part, il faut un lieu – résume-t-elle pleine de sagesse – moi, j'écris chez moi... à Saint-Brieuc ! »

Geneviève ROY

Photos : n°1 – Karine Baudot – n°2 – Pascal Glais

Pour aller plus loin :

Quelques ouvrages de Mérédith Le Dez : Le Cœur mendiant – roman - La Part commune, 2018
Polska - récit - Folle Avoine, 2010
Paupières closes - poésie - avec les peintures d'Emmanuelle Boblet, Mazette, 2017
Cavalier seul – poésie - Mazette, 2016, Prix Vénus-Khoury-Ghata 2017,
Chanson de l'air tremblant, poème caraïbe – poésie - avec les gravures de Chantal Gouesbet, éditions La Lune Bleue, 2016
Quatre chevaux de hasard - poésie - Folle Avoine, 2015, Bourse de création du CNL 2012
Journal d'une guerre - poésie - Folle Avoine, 2013, Prix Yvan-Goll 2015
Les Eaux noires - poésie - Folle Avoine, 2008

 

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