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Son univers est peuplé de petites poules qui veulent voir la neige ou de petits poux savants...

Avant, Michelle Van Hooland se confrontait à la dure réalité des enfants maltraités ou des femmes victimes de violences conjugales.

Depuis qu'elle s'est reconvertie dans les contes – ceux qu'elle écrit, ceux qu'elle illustre, ceux qu'elle raconte – elle avoue qu'elle « s'amuse ! »

Pour la docteure en psychologie et en sciences du langage, le travail est différent mais il est toujours question de construction de soi.

 

 

D'abord, Michelle Van Hooland a été docteure en sciences du langage et formatrice pour adultes. Puis au contact des adolescents en foyers d'accueil, elle a souhaité retourner sur les bancs de la fac pour faire un doctorat de psychologie.

Devenir auteur de sa propre vie

A ce moment-là, son travail c'était la résilience. Pour permettre aux adolescents ou aux adultes, anciens enfants maltraités, de reconstruire leur vie, Michelle Van Hooland a inventé une méthode. A partir des récits de leur vie, elle leur a proposé d'écrire des contes. Une manière, dit-elle, « de prendre de la distance, de devenir auteurs de leur propre vécu et de se construire une autre identité. » Un travail qui l'amenait aux quatre coins de la Bretagne jusqu'au jour où, fatiguée de tant de déplacements, elle souhaita ouvrir son propre cabinet à Rennes.

C'est alors essentiellement avec des femmes victimes de violences conjugales qu'elle travaille. Une expérience difficile. « J'avais eu beaucoup de plaisir à faire des contes de résilience avec les adolescents – se souvient-elle aujourd'hui – mais là, j'ai atteint mon seuil de tolérance par rapport à la maltraitance, aux violences, et j'ai dit : j'arrête ! »

Cendrillon et Blanche-Neige en maison de retraite

vanhooland2Premier travail de reconversion : les contes détournés. Formation universitaire oblige, Michelle Van Hooland commence toujours par se documenter. La voilà, donc, qui relit tous les classiques : Grimm, Perrault, Andersen, et découvre un genre nouveau. Des auteur-es s'emparent d'histoires traditionnelles comme Cendrillon ou Blanche-Neige pour les réécrire à leurs façons. L'idée séduit Michelle qui s'essaie à cet exercice. « J'ai trouvé ça exaltant – reconnaît-elle - et du coup, je me suis fait plaisir. »

Le Petit Poucet devient le Petit Pou Sait, la Belle au Bois Dormant se transforme en Beau au Bois Dormant (un cerf) et Cendrillon s'appelle désormais Cent Grillons et prend les traits d'un enfant jardinier ! « Je peux garder le titre, ou un personnage ; je peux changer l'époque ou jouer sur le titre en termes de sons – explique l'auteure – ou alors imaginer la suite des aventures. J'ai par exemple écrit l'histoire de Blanche-Neige, Cendrillon et la Belle au Bois Dormant se chamaillant dans l'EPAHD où elles sont pensionnaires ! »

Sans nul doute, Michelle prend beaucoup de plaisir à écrire mais aussi à conter ses histoires aux tout petits. « Je viens des sciences du langage, mais aussi de la psychologie – rappelle-t-elle – L'humour est pour moi quelque chose d'important que je veux transmettre ; si j'ai eu envie de revenir vers les enfants, c'est parce que je souhaite intervenir sur leurs schémas cognitifs, c'est-à-dire sur la façon dont ils se représentent le monde mais aussi sur l'écoute, le langage, la mémoire. »

Ecrire, conter, dessiner et participer au lien social

Le monde de Michelle, elle l'invente au gré de ses histoires en composant pour chaque conte un décor coloré, plein de peluches et de ballons que les enfants, à l'issue du spectacle, peuvent s'approprier, toucher, découvrir. Depuis quelques mois, son public de prédilection ce sont les plus petits, les 0/3 ans que les assistantes maternelles accompagnent une fois par mois à la Maison du Ronceray à Rennes, notamment. Et pour eux, Michelle invente sans arrêt. Sa dernière trouvaille : les sons qui viennent donner du relief aux mots. « Il y a quelque chose que je découvre et que je suis en train de mettre en place – raconte-t-elle – c'est l'association conte et musique. J'ai acheté un appeau qui est censé faire « coucou » mais pour l'instant, je n'arrive pas à faire sortir le son ; je vais m'entraîner ! » Quelques jours plus tard, le résultat est là ; et ce que préfèrent les enfants, c'est la trompette !

vanhooland3Ses répétitions à domicile réjouissent son mari, partenaire involontaire. « Je me suis rendue compte que les enfants, quel que soit leur âge, aiment les petites formules chantées entre les contes. - dit-elle - Avec ceux du Ronceray, j'ai décidé d'intégrer toujours la même chanson qui dit « pour être de bonne humeur, heureux à toute heure, commence par un sourire, laisse venir ton rire ! » Et du coup, mon mari aussi la chante quand il sent qu'il commence à s'énerver ! »

Pour Michelle, son activité de conteuse c'est aussi « participer au lien social, à l'éducation, à l'accès aux livres des plus petits. » D'ailleurs, elle a aussi fondé sa propre maison d'édition, le Petit Bulot, qui lui permet de transformer ses mots en albums. Et dans la foulée, la voilà qui devient illustratrice ! Elle qui croyait depuis l'école qu'elle ne savait pas dessiner ! « Je me surprend et je suis super contente – s'enthousiasme-t-elle – parce que moi, ce que j'aime, c'est apprendre ! » Alors chaque jour, livres de modèles en main, elle apprend à dessiner les personnages de ses histoires. « J'ai appris les formes : ronds, carrés, triangles – dit-elle avec humilité – et en ce moment j'apprends les arrondis ! » Et dans un rire de conclure : « Il y a du travail, hein ! »

Geneviève ROY

 

Pour aller plus loin :

Un ouvrage écrit par Michelle Van Hooland sur la résilience : La Parole Emergente, approche psycho-sociolinguistique de la résilience - éditions l'Harmattan (2002)

Un ouvrage coécrit avec une femme victime de violences conjugales, qui mêle récit de vie et contes de résilience : Avec le temps – de Swan David et Michelle Van Hooland – éditions l'Harmattan (2013)

Les contes détournés – éditions l'Harmattan (2014)

Le site de Michelle Van Hooland

Michelle Van Hooland conte ses histoires une fois par mois à la Maison du Ronceray, 110 rue de la Poterie à Rennes, le mercredi matin de 10h30 à 11h ; elle intervient aussi dans les écoles ou toutes autres structures sur demande.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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