Dans la culture bretonne, traditionnellement, les hommes sont à la musique et les femmes à la danse. Mais Vonig Fraval, directrice de l'association Bodadeg ar Sonerion, qui regroupe les badagoù de Bretagne et d'ailleurs, est catégorique : les choses évoluent.

vonigfraval

Aujourd'hui, si les cercles sont à la recherche de danseurs pour équilibrer un peu leurs troupes, les badagoù, eux, comptent de plus en plus de femmes.

Arrivées seulement depuis une quarantaine d'années dans un milieu très masculin, elles atteignent désormais 25% des effectifs et n'ont pas dit leur dernier mot.

 L'association Bodadeg ar Sonerion, basée à Ploemeur à quelques kilomètres de Lorient, est la fédération nationale des bagadoù et sonneurs de couples. Elle regroupe les formations musicales des cinq départements bretons (inclus la Loire-Atlantique) et une trentaine d'autres réparties sur tout le territoire français et même hors de nos frontières. Vonig Fraval, directrice depuis deux ans et première femme à occuper ce poste, recense environ 130 bagadoù, tous amateurs en dehors bien sûr du très célèbre bagad de Lann-Bihoué. Des amateurs éclairés, parmi lesquels on compte une quarantaine de professeurs de musique et d'instruments traditionnels bretons.

Un musicien sur quatre est une musicienne

Il faut attendre les années 70 pour que les femmes prennent leur place dans les formations traditionnelles bretonnes, et souvent, par réaction, en constituant des bagadoù non mixtes comme ceux de Redon (nos photos) ou Douarnenez. Puis au début des années 80, ces groupes féminins étant en déclin, les musiciennes rejoignent les hommes dans des formations mixtes.

redon1956Elles représentent actuellement une moyenne d'un quart des membres ; « il y a des groupes où on peut compter les femmes – reconnaît Vonig Fraval – parfois sur cinquante musiciens, il n'y en a que quatre ! Mais les jeunes générations font mieux dans certains groupes, il y a plus de filles que de garçons. »

Pour Irène Tricaud, présidente de la fédération départementale du Morbihan, aujourd'hui encore « rien n'est facile, mais les mecs sont un peu plus ouverts ! »

Jacques Corbin, du bagad Kemper se souvient de l'arrivée de la première fille, une musicienne de quinze ans en 1990. Elle avait été cooptée par son professeur de bombarde de l'école de musique municipale grâce à sa parfaite maîtrise de l'instrument. « La première réaction du président et du bureau de l'époque a été de refuser – raconte-t-il – la mixité n'étant pas dans les habitudes des bagadoù à cette époque. » Les arguments avancés (elle sera seule, ça va créer des histoires, etc.) n'ont pas longtemps résisté à une « analyse objective ». « La compétence musicale l'a emportée sur la notion de sexe – dit-il encore – on préférait la voir dans nos rangs plutôt que dans ceux d'un bagad concurrent. » Aujourd'hui le bagad Kemper se compose de trois groupes et comptent 39 femmes sur 173 musiciens au total. Il pourrait certes, y en avoir davantage mais la ville s'enorgueillit de sept formations et la concurrence nous dit-on est « vive en matière de recrutement ! »

Plus difficile pour les femmes de dégager du temps

Chaque année, à l'occasion du premier week-end du festival Interceltique de Lorient, la fédération nationale propose la finale de son championnat annuel auquel participent près d'une centaine de bagadoù. C'est d'ailleurs de ce championnat qu'a émergé l'idée d'un festival devenu désormais un rendez-vous incontournable chaque été avec plus de 700 000 visiteurs du monde entier enregistrés en 2013 début août à Lorient.

Or, qui dit championnat dit nombreuses répétitions, selon Vonig Fraval. Et là, l'affaire semble se compliquer pour les femmes. « Aujourd'hui, on voit de plus en plus de filles dans les écoles, si elles persévèrent, dans dix ou vingt ans, il y aura des bagadoù beaucoup plus féminins, mais consacrer du temps chaque semaine, respecter les horaires de répétitions, arriver à dégager du temps, etc. c'est parfois difficile pour elles » explique la jeune femme qui avoue avoir elle-même quitter son bagad depuis son entrée dans la vie active et l'arrivée de ses enfants. « Dans l'élite, les répétitions sont intenses – confirme Irène Tricaud – et c'est difficile pour les femmes de se libérer. Moi, quand j'étais plus jeune, je n'aurais pas pu ! »

redon1972Première femme présidente de sa fédération, Irène Tricaud, élue depuis seulement quelques mois, a commencé par s'entourer de deux autres femmes. « Il faut faire avancer la parité dans ce monde de machos » témoigne-t-elle. A 62 ans, elle a aujourd'hui choisi d'arrêter la grosse caisse, devenue trop lourde à porter dans les défilés, pour se consacrer à la vie associative. Mais elle raconte avoir « réalisé un rêve de môme » en commençant, sur le tard, et en « autodidacte » la pratique de l'accordéon diatonique.

« La musique, c'est la joie de vivre – dit-elle – J'étais l'aînée de cinq enfants et à l'époque, on ne pouvait pas choisir des activités comme les enfants d'aujourd'hui ! Et puis après j'étais cadre commercial, je me déplaçais beaucoup... Ce n'est que suite à un licenciement et pour surmonter plusieurs deuils que je me suis lancée. J'étais toujours contente d'aller aux répétitions ; ça permet aux passionné-es de se faire plaisir !»

Du côté des instruments, pas de sexisme. Les femmes semblent aussi à l'aise à la cornemuse ou à la bombarde qu'à la caisse claire. Un seul impératif pour Irène Tricaud : « Il faut – dit-elle – des nanas avec du tempérament... et beaucoup de souffle ! »

Geneviève ROY

Les photos "empruntées" au site du bagad de Redon représentent le bagad féminin à sa création en 1956 puis en 1972

Les rendez-vous de l'été :

Du 21 au 27 juillet : Festival de Cornouaille

Du 1er au 10 août : Festival Interceltique de Lorient

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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