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Etudiante en sociologie, Camille Guerrier a profité de son service civique à Questions d'Egalité pour s'interroger sur le harcèlement en milieu festif.

Aujourd'hui, elle fait le constat qu'il est nécessaire d'en parler davantage ; elle a d'ailleurs mis au point une curieuse machine destinée à diffuser des témoignages pour « libérer la parole ».

A quelques semaines de quitter ses fonctions, elle laisse derrière elle de nouveaux projets pour l'association rennaise et notamment celui de mettre en place des formations pour les organisateurs de festivals.

 

Pour Camille Guerrier, « la fête contribue à l'épanouissement et à la socialisation des individu-e-s » et « le fait qu'on se sente bien dans cet espace est important ». Forte de sa propre expérience d'étudiante rennaise habituée aux lieux de fêtes et notamment aux festivals et aux concerts, elle a choisi de mettre à profit ses six mois de service civique au sein de l'association Questions d'Egalité pour se pencher sur une vraie question, qui parfois empêche les filles de faire la fête sereinement : le harcèlement.

Le milieu festif, explique Camille, est un lieu de séduction, de rencontres, parce que « c'est un moment de relâchement ». Or, qu'on soit homme ou femme, on ne va pas draguer, ni être dragué-e de la même façon. L'héritage, pour elle, d'une société « historiquement patriarcale ». Dans cet espace neutre, entre le privé et le public, les femmes et notamment les plus jeunes, ne se sentent pas toujours en sécurité. Beaucoup reconnaissent éviter certains endroits ou adapter leurs comportements quand elles s'y rendent. Des caractéristiques qu'on retrouve quand on aborde la question du harcèlement de rue ; d'ailleurs Camille n'hésite pas à utiliser voire à recommander les outils proposés par l'association Stop Harcèlement de Rue.

Pour les hommes, le harcèlement, c'est les autres

« D'un point de vue médiatique, en France, on parle très peu des agressions et des viols en milieu festif » commente Camille qui a eu du mal à trouver des chiffres sur le sujet. De leur côté, les organisateurs d'événements ne prennent pas du tout en compte ce problème. Si des actions de prévention sont fréquentes sur les différentes addictions (alcool, drogues, etc.) ou les maladies sexuellement transmissibles, rien n'existe sur le harcèlement. On distribue des préservatifs mais aucun conseil de bons comportements !

machine1Sentant qu'il existait un besoin mais aucune réponse appropriée, Camille a créé la « machine farfelue à sons sur les comportements relous en soirée. » Depuis, elle se balade de concerts en festivals pour déposer sa machine dans « un endroit calme » et inviter les participant-e-s à prendre quelques minutes pour s'approcher de ses drôles de tuyaux.

« J'ai fait un montage avec des témoignages et des textes dans lesquels j'explique à quoi servent ces témoignages » détaille la jeune femme. Son souhait : « dépasser le : ça n'arrive qu'aux autres, ou le : c'est seulement les mecs bizarres qui agressent ou sont désagréables » ! En fait, pense-t-elle « c'est un problème qui touche tout le monde » : des femmes réalisent qu'elles ont été victimes et des hommes se rendent compte qu'ils ont été témoins voire eux-mêmes un peu trop insistants parfois. De plus en plus de femmes, estime l'étudiante, s'expriment sur les violences qu'elles ont pu subir, en milieu festif ou ailleurs. « Par contre – dit-elle - du côté des agresseurs, c'est toujours les autres ! »

« Cette machine ne se veut pas culpabilisante – dit pourtant Camille – mais elle permet de libérer la parole. A partir du moment où on a le tuyau, on rentre dans une sphère d'intimité avec une personne qui nous raconte un truc super personnel la concernant ». Camille n'est jamais très loin de sa machine, mais elle ne s'impose pas. « Je ne veux pas avoir une posture intrusive ; ce n'est pas toujours facile de venir discuter juste après avoir entendu des choses aussi intimes ».

Un manque de réactions lié à la culture du viol

machine2Fin mai, Camille terminera son service civique et quittera sans doute Rennes. Où qu'elle aille pour ses études, elle compte bien emporter sa drôle de machine et lui faire poursuivre sa tournée des festivals. Sensible aux violences faites aux femmes à son arrivée à Questions d'Egalité, elle reconnaît avoir désormais « envie de semer [ses] petites graines ».

Elle envisage de construire une deuxième machine pour permettre à l'association rennaise de prolonger son projet. Mais elle laisse aussi derrière elle la perspective de nouvelles formations qui devraient voir le jour à l'automne prochain. « Les organismes qui forment les organisateurs d'événements m'ont clairement dit qu'ils n'étaient pas formés sur les questions d'égalité femmes/hommes et qu'ils ne savaient pas comment les aborder » explique la jeune femme.

Et Camille voit plus loin. Elle rêve maintenant d'une sorte de label décerné aux bars et autres lieux de soirées festives qui s'engageraient à veiller au respect des femmes et des minorités de genres. Quand on est témoins d'une scène de harcèlement, « les réponses ou les non actions sont liées à ce qu'on appelle la culture du viol – insiste-t-elle – ce serait intéressant d'avoir des outils pour apprendre à repérer les situations d'oppression, les remarques sexistes, les agressions, et de savoir agir en conséquence. »

Geneviève ROY

Sur le même sujet, lire aussi les actions mises en place par des étudiant-e-s de l'IEP de Rennes.

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