Son père travaille à la Poste, sa mère est aide-soignante et sa grand-mère l'aurait bien vue poursuivre de longues études et « travailler dans un bureau comme les autres dans la famille ». Pourtant, dès la sortie du collège, Alexandra Legendre était bien décidée à devenir électricienne. Mais pas si facile de faire son trou quand on est une femme, alors, elle a choisi de créer son propre emploi.

 

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Alexandra vient d'avoir 23 ans et dirige déjà depuis deux ans et demi sa propre entreprise d'électricité. Pour l'instant, elle travaille seule mais espère bien un jour pouvoir embaucher des ouvriers. Ou des ouvrières. « Si j'en trouve, bien sûr, je prendrai des femmes -dit-elle -mais je ne vois pas pourquoi je ferais de différences ; hommes ou femmes, peu importe ! »

Pourtant, quand il s'est agi pour elle de trouver du travail, diplômes en poche, certains ont su faire cette différence. Alexandra s'est alors décidée à créer son entreprise « à force de voir les portes se fermer ! »

« Je me suis fait charrier, forcément »

« On ne voulait pas de moi, tout simplement – témoigne-t-elle sans agressivité – On ne me le disait pas clairement, mais on me le faisait comprendre ! » Alors qu'elle vient de passer quatre années chez un patron où elle a préparé en apprentissage son BEP puis son Bac Pro, elle doit encore se heurter à certaines réflexions mettant en doute non pas ses compétences mais ses capacités physiques. « Est-ce que vous auriez assez de force – lui demandait-on par exemple – pour porter une perceuse et faire des trous dans un mur toute la journée ? » « C'est exactement ce que j'avais fait pendant quatre ans ! » s'énerve la jeune femme.

Car, si Alexandra semble une personne plutôt calme et réservée, il lui arrive de s'énerver. Comme ce jour par exemple où en classe de physique au collège, lors d'un exercice d'électricité, un garçon risque le doute suivant : tu es une fille, tu n'y arriveras pas. Il n'en faut pas plus pour qu'Alexandra réponde : « je suis entièrement capable de le faire, tu vas voir ! » Non seulement, elle réussit l'exercice, mais sa vocation est née.

Avec ses professeurs et ses parents, elle mûrit l'idée et décide à la sortie de son année de 3ème d'entrer en apprentissage. Elle se retrouve au CAF de Saint-Grégoire, spécialisé dans les métiers du bâtiment, seule fille dans sa classe. « De toute façon -commente-t-elle aujourd'hui – je me suis toujours mieux entendu avec les garçons qu'avec les filles. Je me suis fait charrier, forcément mais ils savaient où étaient les limites et ils ne les franchissaient pas ! » Elle apprend très vite qu'il faut « commencer par s'imposer ».

« Au téléphone, on me prend pour la secrétaire »

alexandra2Du côté de ses amies, son choix étonne. « Au début, elles trouvaient ça bizarre, mais elles ont compris. Par contre, c'est vrai qu'elles ne font pas du tout la même chose que moi. Aujourd'hui, elles sont plutôt dans la vente ou les ressources humaines, des choses comme ça ! »

Si les parents d'Alexandra soutiennent leur fille dès le début, la grand-mère et la tante de la jeune femme ont plus de mal à accepter ce choix. « Pour elles, ce n'était pas concevable – se souvient-elle – J'aurais dû passer un Bac général et faire de longues études pour travailler dans un bureau comme la plupart des gens de la famille. Je crois qu'elles n'ont toujours pas accepté mais maintenant, quand je les vois, on parle d'autre chose ! »

Convaincre la famille, les amis ; s'imposer en classe ; Alexandra a appris tout ça. Ce qu'elle apprend maintenant, c'est à s'imposer face aux clients. « Quand je suis au téléphone – raconte-t-elle – on me prend généralement pour la secrétaire. » Alors bien sûr, quand la jeune femme débarque pour un dépannage, c'est la surprise. « Ils me disent que c'est à cause de mon âge, qu'ils me trouvent très jeune – dit-elle sans être dupe – Mais finalement, ça se passe bien. » Et si on lui fait plutôt appel pour des dépannages, des petits services, notamment auprès des personnes âgées, elle sait aussi que c'est comme ça qu'on tisse des liens et qu'arrivent ensuite les chantiers plus importants.

« Je ne me blesse pas plus qu'un autre »

« Il y a quelque chose que je ne supporte pas, c'est l'inégalité » dit encore Alexandra qui ne voit pas « pourquoi les femmes seraient reléguées aux tâches ménagères ou à s'occuper des enfants. » C'est vrai que son modèle familial lui a appris dès l'enfance que les choses pouvaient être différentes. « Maman est aide-soignante et papa travaille à la Poste. Il terminait chaque jour à seize heures et c'est lui qui venait nous chercher à l'école, qui s'occupait de nous le soir et qui nous faisait à manger. C'est peut-être parce que j'ai grandi dans ce contexte que la différence m'horripile. Mais même parmi les gens de ma génération, certains garçons sont encore très machos ! Il faut faire bouger les choses ; c'est à nous de dire que ce n'est pas parce qu'on est des femmes qu'on a moins de capacités ! »

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Alexandra en est convaincue et le prouve chaque jour dans son travail. Pourtant, elle se heurte encore à certaines limites. Pas de son fait. « Les outils sont plus légers qu'autrefois et les pinces existent en plusieurs tailles ; il suffit de choisir celle qui est adaptée à sa main ou à la force de son poignet. Je ne me blesse pas plus qu'un autre – reconnaît-elle – et la seule fois où j'ai senti mes limites, c'était le radiateur qui était trop lourd. Même un homme n'aurait pas réussi à le porter tout seul ! »

Là où les choses se compliquent pour la jeune femme plutôt petite et menue, c'est au moment d'enfiler sa tenue de travail. « Les bleus sont tous très grands – dit-elle dans un rire – et quand on trouve sa taille, il faut quand même mettre une ceinture. Mais le plus dur, ce sont les chaussures de sécurité ; pour trouver une pointure 36/37, c'est très compliqué ! »

Geneviève ROY

 

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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