Il y a quelques semaines, on apprenait qu'une simple analyse ADN réalisée par les services de police de Rennes à l'automne 2012, suite à une plainte pour viol, aurait permis d'arrêter un violeur en série déjà fiché et ainsi de préserver plusieurs jeunes femmes agressées entre septembre et novembre derniers. Une affaire qui remet en lumière la façon souvent déplorable dont sont traitées les affaires - et surtout les victimes - de viol.

Fin 2011, deux journalistes rennaises, Audrey Guiller et Nolwenn Weiler, avaient publié aux éditions du Cherche Midi, "Le viol un crime presque ordinaire" une enquête documentée - et une page facebook - pour analyser comment et pourquoi le viol  en France, où 75 000 victimes sont dénombrées chaque année, a toujours du mal à être considéré comme un crime. A l'époque, Nolwenn Weiler nous avait accordé un entretien*.

Le viol, un crime presque ordinaire - éditions Cherche Midi


 

"L'idée nous est venue suite au témoignage d'une amie qui avait été victime ; on s'est alors dit qu'on était sûrement pétries de beaucoup de préjugés. On a voulu réagir avec ce qu'on savait faire, c'est-à-dire notre métier de journaliste et on est allées voir ce qui se passait après." C'est ainsi que Nolwenn Weiler présente son livre co-écrit avec Audrey Guiller.

Leur amie avait été victime d'un viol – comme 75 000 femmes chaque année en France – et les deux journalistes rennaises ont commencé une longue enquête faite de témoignages de victimes mais surtout de rencontres avec tous ceux qui leur viennent en aide " au-delà de l'émotion."

L'objectif pour les deux jeunes femmes : voir comment on « gère » le viol en France que se soit au niveau de la prise en charge des victimes, de la prise en charge des agresseurs, de l'aide financière et juridique apportée aux femmes ou de la façon dont on en parle dans les médias. L'ouvrage, très documenté est une "compilation d'analyses de personnes compétentes" parmi lesquelles Emmanuelle Piet et Marie-France Casalis du Collectif féministe contre le viol. C'est aussi un constat plutôt sombre : un suivi aléatoire, parfois coûteux voire maltraitant, des coupables rarement condamnés et surtout une lourde chape de silence.

Un livre qui libère la parole

Ce travail de fourmi de plusieurs années leur a aussi réservé son lot de surprises. « Beaucoup de femmes de notre entourage sont venues nous parler - témoignent-elles – et nous avons expérimenté vraiment ce qui pour nous n'étaient encore que des chiffres : une femme sur six en France est victime de violences sexuelles. » Autre surprise, et pas des moindres, des hommes venus leur dire qu'ils prenaient conscience de s'être un jour rendu coupable de rapports non consentis. Des moments difficiles à vivre mais qui ont montré l'importance de libérer la parole.

Nolwenn Weiler et Audrey Guiller posent en outre la seule vraie question : qu'est-ce qui dans notre société permet au viol de perdurer ? Certes, les passages à l'acte ont de nombreuses causes, mais une société inégalitaire, dans laquelle l'homme est considéré comme un sujet sexuel alors que la femme est vue comme un objet sexuel dont le consentement n'est que secondaire est un "bon terreau". Et il est frappant de constater qu'en matière de viols, c'est aux jeunes filles qu'on fait des recommandations comme si l'acte dépendait d'elles seules. « Toutes les sensibilisations du type "évitez d'être violées" auprès des femmes ne seront jamais aussi efficaces que les messages "évitez de violer" auprès des hommes » écrivent N. Weiler et A. Guiller.

« Le viol n'est pas un attribut de la masculinité pas plus que le foot » insistent les deux auteures qui font remarquer que d'ailleurs 80% des hommes ne seront jamais des violeurs. Et que les hommes ont tout intérêt à lutter aux côtés des femmes contre ce crime qui nuit aux relations hommes/femmes.

Geneviève ROY

* Entretien publié en sur le site Egalité Infos  (novembre 2011)

 

Sur Rue 89, Nolwenn Weiler explique pourquoi l'immense majorité des viols ne terminent jamais aux assises

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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