Vous croyez connaître des femmes artistes parce que vous pouvez nommer quelques chanteuses, quelques danseuses, quelques comédiennes. Mais quand, comme Céline Le Corre, vous vous retrouvez un jour à devoir faire une liste, les choses se compliquent. Et malgré son attention déjà ancienne aux questions d'égalité la Bretagne ne semble pas plus en avance que les autres régions de France. Bientôt, un collectif HF prendra la vraie mesure du problème.

Cline Le Corre

 

 

Céline Le Corre est sensible à toutes les questions concernant les femmes et elle avoue même avoir fait partie d'associations féministes quand elle était étudiante au début des années 90. Pourtant ce n'est qu'à l'occasion de la préparation d'un worshop en 2012 qu'elle prend connaissance du rapport de Reine Prat publié par le ministère de la Culture en 2009. Et pour elle c'est un choc.
Elle découvre, chiffres à l'appui, que les femmes sont largement sous-représentées dans le monde l'art et de la culture. Elles sont moins nombreuses que les hommes à tous les niveaux mais encore moins bien sûr dès qu'il s'agit d'avoir des responsabilités, d'assurer une mise en scène, de diriger un orchestre ou de choisir la programmation d'une salle de spectacle.
Autant de données qui la conforte dans son projet de workshop avec l'artiste américaine Lydia Lunch, un temps d'atelier et d'échange par et pour les femmes qui aura lieu en octobre 2012 à Rennes aux Ateliers du Vent.

Des auditions derrière un paravent

L'histoire aurait pu s'achever ainsi, sauf que devenue pleinement consciente des inégalités criantes entre hommes et femmes dans le monde la culture, Céline Le Corre, elle-même en charge depuis 17 ans de la production et de la gestion des Ateliers du Vent, décide de s'engager avec quelques autres femmes : Marine Bachelot (notre portrait de la semaine), Isabelle Pineau (responsable de l'association Questions d'égalité), Carole Lardoux (directrice du centre culturel de Cesson-Sévigné) et Sarah Karkilow (chargée de mission pour le spectacle vivant en Bretagne). Depuis elles travaillent à la création d'une association du réseau HF en Bretagne.

« Dans le milieu de l'art, on a l'impression d'être éclairé, d'être en avance sur tout - témoigne Céline Le Corre – les personnes en responsabilité disent ne pas regarder l'artiste mais seulement l'excellence artistique pourtant on voit que les subventions accordées aux projets portés par des femmes sont moins importantes que celles accordées aux hommes. Je pense qu'on est moins porté à faire confiance à une femme. C'est peut-être de l'ordre de l'inconscient mais il y a aussi des histoires de cooptation, des choses qui se font entre pairs et même si ça s'écrit p-a-i-r ça reste du côté masculin ! » Elle cite d'ailleurs l'expérience assez parlante de ces conservatoires de musique qui ont décidé voilà quelques années de faire passer les auditions derrière un paravent. Aussitôt, plus de femmes ont été recrutées dans les orchestres ! Question d'excellence artistique, vraiment ?

Rendre visible les inégalités

L'association HF Bretagne devrait donc voir le jour officiellement début novembre 2013. Son premier travail sera de mettre en place un diagnostic pour faire l'état des lieux de la région. « Difficile de dire dès maintenant ce que proposera ensuite l'association – reconnaît Céline – mais l'axe à privilégier sera d'informer, de faire des conférences, de rendre visibles les inégalités. Ensuite, il faudra prendre rendez-vous avec les programmateurs ou les directeurs pour les interroger sur leurs pratiques et essayer de faire avancer l'idée de saisons égalitaires comme l'ont déjà fait certaines autres régions. »

Car les femmes aux postes de décision, ça pourrait vraiment faire changer les choses. « A partir du moment où les pièces sont écrites par des hommes, que les films sont réalisés par des hommes, il se trouve que la plupart des rôles sont des personnages d'hommes. Finalement le nombre de rôles pour les femmes sont très peu importants, et pour les femmes de plus de 50 ans encore moins ! Il y a beaucoup de comédiennes au chômage » s'indigne la jeune femme.
Aux Ateliers du Vent, les choses sont en marche. « On a beau être alternatif, c'est ici comme ailleurs – déplore Céline – mais la vertu du workshop de 2012 c'est qu'on a pu en discuter de façon informelle et faire circuler les chiffres. Depuis on fait attention dans notre programmation à être autant que possible égalitaire. »

 

Geneviève ROY

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