Ses fondatrices lui ont donné pour mission de « regarder dans le rétroviseur pour mieux comprendre les droits des femmes aujourd'hui ».

L'association Histoire du Féminisme à Rennes , née du travail de recherches sur les luttes pour la contraception et le droit à l'avortement dans les années 65/85, poursuit son travail sur cette période mais fourmille de nouveaux projets.

 

HFR

 

Rencontre avec deux membres du bureau, Justine Caurant et Ghislaine Mesnage.

 

Histoire du Féminisme à Rennes vient de proposer à ses adhérent-e-s son Assemblée Générale annuelle. L'occasion de faire le bilan sur l'année passée bien sûr, mais aussi de relancer la participation des un-e-s et des autres sur les nouveaux projets.

« Notre mission est double – explique Justine Caurant, co-présidente de l'association – poursuivre les recherches afin d'explorer les luttes locales en faveur des droits des femmes et transmettre au grand public le fruit de nos recherches notamment par des visites guidées et des interventions en milieu scolaire. » Pour la jeune femme il est important de dire que les droits des femmes ont été durement conquis mais « ne sont pas tombés comme ça du ciel et ne sont surtout pas le fruit d'une espèce d'évolution naturelle ».

Tout ce que les femmes ont pu obtenir elles le doivent à leurs mobilisations. « Il y a eu des gens ici et ailleurs qui se sont bougés et nous sommes aujourd'hui légitimes pour appeler à la vigilance parce qu'on voit bien aussi que tout peut être remis en question et détricoté ! »

Ne pas se limiter aux années 70

Si les membres de HFR se mobilisent à leur tour sur les questions d'actualité (le droit à l'IVG, la lutte contre les violences) elles le font individuellement le plus souvent. L'association n'a pas cette priorité d'être dans l'action immédiate mais bien d'analyser et de porter un regard apaisé sur des luttes passées. Et les sujets ne manquent pas. D'autant plus que l'association a choisi de ne pas se limiter à une seule époque, même « s'il reste encore beaucoup à faire et à dire sur les années 70 ».

souscriptionPour les six membres actives du bureau et la quarantaine d'adhérent-e-s la « frustration » peut même être au rendez-vous à l'heure des choix. « On ne peut pas tout faire » se désole Ghislaine Mesnage, co-trésorière qui rappelle notamment les grandes grèves où se mobilisèrent beaucoup de femmes non seulement à Rennes (la SPLI, Mammouth) mais aussi du côté de Fougères par exemple.

Et comme l'histoire ne s'arrête jamais ce sont aussi les grandes figures féminines que HFR voudrait mettre à l'honneur, ces « femmes – dit encore Ghislaine Mesnage – qui ont marqué la vie rennaise et qui sont aujourd'hui méconnues ». L'association en a retenu plusieurs sur lesquelles des projets se construisent. Dès le mois de mars, elle proposera une soirée sur Colette Cosnier, décédée voilà un an. Ecrivaine, universitaire, féministe bien sûr, l'ancienne professeure de Rennes 2 était aussi adhérente d'Histoire du Féminisme de Rennes et auteure de la préface du livre de Lydie Porée et Patricia Godard.

Célébrer et mettre en valeur

Les textes de Colette Cosnier qui seront lus par une comédienne, Camille Kerdellant, le 8 mars prochain aux Champs Libres, parlent essentiellement de l'éducation des petites filles au 19ème siècle. Justine Caurant évoque leur sélection en compagnie d'André Hélard, époux de l'auteure. « On était un peu chamboulées – dit-elle – certains passages sont assez bouleversants notamment ceux qui parlent des petites filles et des femmes emprisonnées dans leurs petites vies et qui rêvent juste d'accéder au savoir et à la liberté. » Une émotion qu'elle espère provoquer aussi à l'occasion de ce retour sur le parcours de Colette Cosnier. En attendant de voir Rennes lui attribuer une rue ; « mais pas une impasse, hein ! » insiste-t-elle.

En relisant les textes de Colette Cosnier, les membres de HFR ont eu l'envie de faire découvrir une autre femme qui marqua la ville : Louise Bodin, féministe, pacifiste, communiste du début du 20ème siècle. Sur ses traces, l'association aimerait proposer une visite guidée, une formule déjà testée qui plaît beaucoup au public. En 2017, peut-être... Le travail de recherche est en cours et on annonce l'arrivée aux archives départementales de nouvelles ressources qu'il va falloir consulter. Encore une belle aventure en prévision.

isabelalarosePour HFR, c'est surtout l'année 2018 qui devrait être chargée. Ce sera l'occasion de célébrer les cinquante ans de la mort de Clotilde Vautier. Morte à Rennes en 1968 des suites d'un avortement clandestin et devenue une sorte de symbole, elle fait partie intégrante des interventions de HFR sur les questions de contraception et d'avortement, mais au-delà de ce destin tragique, c'est aussi son talent de peintre que l'association souhaiterait cette fois-ci mettre en valeur en organisant une exposition. Un projet qui fait rêver mais qui ne pourra aboutir que si le lieu d'exposition idéal est trouvé. Là aussi, les recherches sont en cours.

Montrer l'impact du collectif sur l'individuel

2018 toujours marquera aussi les quarante ans de la grande grève de la SPLI sur laquelle HFR a commencé à travailler. L'an dernier à trois reprises un montage de diapositives numérisées a été projeté donnant lieu à des échanges sur cet événement. L'association souhaiterait aller plus loin avec la participation espérée des actrices de l'époque, les anciennes ouvrières alors mobilisées. « Certaines ne se sont pas revues depuis – analysent Justine Caurant et Ghislaine Mesnage – et ont pris des chemins parfois très différents. Ça peut être difficile pour elles de voir des personnes extérieures venir coller une analyse sur ce qu'elles ont vécu. Nous sommes très attentives à ne pas donner l'impression de nous approprier une histoire qui est la leur. »

D'autant plus que ces femmes ne se disaient pas féministes à l'époque. Ghislaine Mesnage, elle-même au cœur de la grève de Mammouth, se souvient : « on n'employait pas ce terme qui nous semblait trop intellectuel, pourtant on posait des revendications effectivement féministes. » Aujourd'hui, l'association croit en l'importance de montrer l'impact que de telles luttes collectives ont pu avoir sur l'émancipation des ouvrières.

Les femmes ont une Histoire avec un grand H. Et il reste encore beaucoup à en dire. « On nous dit souvent – s'amuse Justine Caurant – que nous avons un boulevard devant nous ! » A Rennes et ailleurs, pense-t-elle, rêvant qu'à Brest, Saint-Brieuc ou ailleurs, d'autres s'emparent de l'idée et que puissent s'épanouir dans toute la Bretagne des « Histoire du Féminisme de... »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Lydie Porée et Patricia Godard, auteures du livre « Les femmes s'en vont en lutte » poursuivent leurs publications dans diverses revues et leurs interventions dans des colloques. Lydie Porée parlera du féminisme rennais à l'Université Rennes 2 le mardi 7 février à 18h 30 (amphi A3)

Le 8 mars à 18h 30 aux Champs Libres « Je suis féministe, parcours d'une femme » témoignage et lectures de l'œuvre de Colette Cosnier.

Samedi 11 mars à 15h – visite du Rennes féministe des années 1970 (traduction en langue des signes) – réservation obligatoire à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

martha

 

Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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