Passionnée de photographie, Sonia Naudy s'est spécialisée dans le milieu carcéral.

Elle est une des premières photographes à avoir eu accès aux prisons pour femmes en Afghanistan, où elle est allée à la rencontre des détenues.

Leurs portraits et leurs histoires sont exposées jusqu'au 4 novembre à Saint-Brieuc, dans le cadre du festival Photoreporter.

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Aujourd'hui professeure des écoles et maman, Sonia Naudy était autodidacte en photographie, lorsqu'elle a suivi son compagnon reporter de guerre en Afghanistan, pour la première fois en 2010. Le but de sa démarche était alors d'alimenter sa thèse en anthropologie et en sémiologie, en étudiant le quotidien des détenues Afghanes : ce projet s'est mué en photographie professionnelle à temps plein.

Originaire de la région de Toulouse, elle vit actuellement dans le Var. « Je trouvais que c'était un sujet super important, dont personne ne parlait, il fallait en faire quelque chose. En plus quand on rencontre ces femmes, qui vous racontent leur vie, on a envie d'en témoigner » nous explique-t-elle au téléphone.

En 2012, elle répond à l'appel à projet du festival Photoreporter, qui la sélectionne et l'invite à présenter ses photographies. Grâce au financement du festival, elle retourne en Afghanistan finir le reportage. C'est la version complète qui est actuellement exposée au Carré Rosengart.

La prison afghane, liberté apparente

naudySur le terrain, si Sonia Naudy (photo ci-contre) a dû se plier à certaines coutumes comme le port du voile, elle considère qu'être une femme occidentale a plutôt été un avantage pour accéder aux prisons ; « ce qui m'a beaucoup surprise quand je suis entrée pour la première fois dans la prison de Kaboul, c'est la liberté qu'avaient ces femmes ». Ce que donnent à voir les photos de Sonia Naudy, c'est ce paradoxe : les détenues sont entre femmes, et n'ont pas les interdits imposés par les hommes. Elles ne sont donc pas voilées, portent des manches courtes, chose qu'on ne voit jamais en Afghanistan. Elles ont aussi une certaine liberté de parole... Mais leurs témoignages rappellent à la réalité. « Le plus dur, ce sont les histoires » confie Sonia Naudy.

Passer du temps aux côtés de ces femmes, les écouter, permet de mieux comprendre comment fonctionne la société Afghane. 70% des détenues sont condamnées pour des crimes dits « moraux », et la majorité d'entre elles est très jeune (13 ans pour la plus jeune fille). En Afghanistan, les femmes peuvent être emprisonnées pour adultère, pour avoir conçu un enfant hors mariage, ou même parce qu'elles ont bu de l'alcool. Les femmes victimes de viol sont condamnées pour avoir eu un rapport sexuel hors mariage, même s'il n'était pas consenti. Beaucoup de jeunes filles se retrouvent donc en prison avec leurs enfants, ce qui explique la présence d'une garderie improvisée, gérée par les détenues. Lorsqu'ils ont six ans, ces enfants conçus hors-mariage sont transférés dans des orphelinats, puisque non-reconnus par les familles.

Parce que les proches des détenues se considèrent souvent comme déshonorés, ils les abandonnent. Rares sont les familles solidaires qui reconnaissent l'innocence des femmes emprisonnées, à l'image d'un homme à Hérat, « qui se rendait toutes les semaines en prison avec ses dix enfants pour visiter son épouse ». Mais Sonia Naudy précise qu'en général « il n'y a pas vraiment de vie après la prison », d'autant qu'en sortir coûte extrêmement cher et nécessite un garant, souvent incarné par des ONG.

L'appareil photo utilisé comme filtre

naudy2Sonia Naudy, qui souhaite montrer la réalité en racontant l'histoire de ces femmes, comprend l'impuissance que l'on peut éprouver face à ses clichés, et ne peut proposer d'autre « solution » pour apporter son aide que le recours aux ONG, avec qui elle a d'ailleurs travaillé. Elle confie avoir utilisé son appareil photo comme un filtre, afin de prendre du recul sur ce qu'elle observait. Si ses photos sont utiles pour témoigner de ce que vivent ces détenues, leur auteure déplore néanmoins qu'elles n'aient aucun impact direct sur leur quotidien...

La photographe insiste sur l'importance selon elle, d'essayer de se détacher de notre jugement occidental face à ses photos. Elle appelle à ne pas plaquer un regard sur la société afghane sans essayer d'en comprendre le contexte de guerre, la culture qui peut sembler archaïque. « J'ai voulu témoigner de tranches de vie, pas donner des leçons. En tant qu'ancienne anthropologue ce n'est pas moi qui vais juger si c'est mieux ici ou là-bas, d'autant que dans les prisons françaises, on retrouve les mêmes histoires, les mêmes drames de vie... » dit-elle encore.

Loin de clichés sensationnalistes et choquants, l'exposition se veut être le reflet des détenues, telles que Sonia Naudy les a rencontrées.

Lise FROGER

Pour aller plus loin : le festival Photoreporter se déroule en baie de Saint-Brieuc jusqu'au 4 novembre

Crédits photos : Sonia Naudy (photos 1et 3)

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