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Elles pourraient en parler pendant des heures. Associées depuis près de vingt ans au sein de la compagnie KF, Camille Kerdellant et Rozen Fournier jouent dans quelques jours leur nouvelle création à Hédé : les Amantes.

Ce roman de l'Autrichienne Elfriede Jelinek, qu'elles ont souhaité réécrire pour le théâtre, parle de deux jeunes filles qui prennent leur destin en main. Des personnages qui leur ressemblent peu mais qu'elles ont eu envie d'incarner.

D'ailleurs c'est bien pour cela qu'elles ont créé leur compagnie : n'avoir personne pour leur dire « ça se fait » ou « ça ne se fait pas », mais se « donner la permission » de jouer les rôles dont elles ont envie !

 

La compagnie KF, créée en 1998, est pour ses deux fondatrices une sorte de « laboratoire artistique ». Dans quelques jours, elles seront sur scène deux jeunes filles qui sortent de l'adolescence ; lorsqu'elles jouent Ma Famille, une pièce qu'elles ont déjà interprétée plus de quatre-vingts fois, elles excellent dans des rôles masculins. « Le théâtre permet tout - estime Camille Kerdellant qui se réjouit avec sa comparse de bousculer tous les codes – on avait envie de jouer des personnages masculins ; aucun metteur en scène ne nous l'aurait proposé ! »

« On pourrait même peut-être jouer des chats ou des chiens » ajoute malicieusement Rozen Fournier qui poursuit : « créer notre propre compagnie, c'est une chance qu'on s'est donnée. Personne ne peut venir nous dire « ça se fait » ou « ça ne se fait pas » ; on ne se pose même pas la question, on le fait ! »

 

« Les femmes sont les premières

à s'en prendre plein la gueule »

 

Pour incarner Paula et Brigitte, « jeunes filles aux joues rouges » imaginées par l'autrice Elfriede Jelinek, il leur a suffi de « raviver la mémoire ». « On porte les adolescentes que nous avons été l'une et l'autre - dit encore Camille Kerdellant – Quand on a découvert le texte, on a su tout de suite qui allait jouer Brigitte et qui allait jouer Paula. »

Pas pour les mêmes raisons semble-t-il. Si Rozen Fournier a d'emblée été « touchée » voire « troublée » par son personnage de jeune fille tout droit sortie d'un roman feuilleton et assure se « reconnaître dans sa part de rêve », Camille Kerdellant se défend de ressembler à Brigitte. « Elle est a priori pas très sympathique – dit-elle en riant – mais c'est sa violence et sa brutalité qui m'ont donné envie de la porter ! »

KFcompagnie2Les deux artistes insistent sur le fait que leurs personnages « ne sont pas des modèles féminins ». Et c'est précisément cette manière dont Elfriede Jelinek « les bouscule à l'excès pour les forcer à réagir » qui intéresse les deux femmes. « Sa façon d'écrire a réveillé plein de choses en moi – explique Camille Kerdellant – les femmes sont les premières à s'en prendre plein la gueule ! »

 

« La féministe du duo, c'est Camille ! »

 

Les histoires de femmes, elles connaissent bien. Et elles aiment ça ! « On s'est très vite cultivées et nourries l'une l'autre de cette préoccupation » estime Rozen Fournier. La première pièce qui les a réunies parlait du « plaisir de la femme dans sa relation à l'homme ». Camille était sur scène et Rozen la dirigeait.

Elles ne se connaissaient pas encore mais c'était déjà le début d'une amitié et d'une fidélité artistique qui leur permet près de vingt ans plus tard de poursuivre ce travail commun avec enthousiasme.

Présentant la compagnie KF, elles ne s'y trompent pas. « On l'appelle compagnie mais c'est une association de deux personnes ». Tantôt c'est l'une qui apporte le texte, tantôt c'est l'autre ; parfois l'une est sur scène et l'autre pas ; cette fois-ci elles y seront toutes les deux et ont fait appel à une troisième femme, leur amie Marine Bachelot-Nguyen avec qui elles ont adapté le roman.

« La féministe du duo, c'est Camille ! » s'amuse Rozen Fournier qui estime par ailleurs que son amie est une femme « engagée et engageante ». « Les femmes, on ne s'en éloigne jamais » répond en écho Camille Kerdellant qui depuis de nombreuses années le prouve notamment par sa présence auprès des cafés librairies de Bretagne qui chaque été mettent à l'honneur des écrivaines ou encore en mars dernier lors de sa brillante interprétation des textes de Colette Cosnier à l'invitation de l'association Histoire du Féminisme de Rennes.

 

« Le temps s'accélère

et les cœurs battent plus vite »

 

KFcompagnie3« Il y a encore plein d'histoires de femmes qui m'attendent ! Je suis toujours en recherche, à guetter tout ce qui se fait, tout ce qui s'écrit sur le sujet et par des femmes - dit encore Camille Kerdellant – Porter une écriture féminine est pour moi un engagement, comme jouer des rôles féminins très forts ! S'il y a besoin d'une voix pour porter la parole des femmes, je serai celle-là ; c'est de mon devoir et c'est mon choix ! » Une des raisons sans doute aussi pour lesquelles elle milite au sein du mouvement HF Bretagne.

Quand la compagnie KF fait une pause entre deux créations, Camille et Rozen font leur chemin de comédiennes et/ou de metteures en scène chacune de son côté. « Ça nous convient plutôt bien – disent-elles – c'est une nourriture supplémentaire, des choses qui s'additionnent et s'enrichissent. » A quelques jours de la première représentation des Amantes, elles se disent « animées seulement par ça » et refusent de penser « à tout autre chose ».

« Ce spectacle va être une histoire assez dense à porter. Un spectacle n'est pas fini quand la mise en scène est terminée. Il ne fait que commencer ; tout reste à faire. Et il n'y a plus de place pour autre chose - résume Camille Kerdellant, la passion au fond du regard - C'est un temps précieux ; le temps s'accélère et les cœurs battent plus vite »

Geneviève ROY

Pour en savoir plus : Les Amantes d'après le roman de Elfriede Jelinek adaptation théâtrale de Marine Bachelot-Nguyen et la compagnie KF - mise en scène de Gaëlle Héraut - au théâtre de Hédé les 7, 8 et 9 décembre

Photos du spectacle : Mathilde Elu

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Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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